15ème législature

Question N° 292
de Mme Marietta Karamanli (Nouvelle Gauche - Sarthe )
Question orale sans débat
Ministère interrogé > Éducation nationale
Ministère attributaire > Éducation nationale

Rubrique > enseignement

Titre > Dénomination collège - Valeurs de la Républiq

Question publiée au JO le : 10/04/2018

Texte de la question

Mme Marietta Karamanli attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale sur la dénomination du collège Roger Vercel au Mans dans la Sarthe. Les enseignants, les parents d'élèves, la Fédération nationale de la résistance et de la déportation réclament le changement de nom de ce collège depuis 2012. Les parents d'élèves ont exprimé massivement à près de 90 % leur souhait de voir ce collège changer de nom. Comme elle, de nombreux élus se sont joints à cette demande. En effet, si l'on connaît Roger Vercel comme le lauréat du prix Goncourt 1934, on sait aussi qu'il a collaboré en tant qu'éditorialiste à un journal vichyste condamné à la Libération, où il a pris une position clairement antisémite en 1940. Il se félicitait alors de la prochaine élimination du Juif dans la vie littéraire française : « l'extermination du Juif, en tant que penseur et écrivain, réagira d'extraordinaire façon sur la littérature de demain ». Ces propos publics ne sont pas seulement condamnables, ils condamnent aussi son auteur à ne pas pouvoir incarner les valeurs qu'on attend de celui à qui le nom d'un établissement d'enseignement public est donné. Le choix du nom propre qui s'inscrit aux frontons des collèges est porteuse de sens et aussi de valeurs. Nommer un collège, c'est rendre hommage à une personnalité, à son œuvre, à ses actions. Même si cette modification appartient juridiquement au conseil départemental, le ministère de l'éducation nationale ne peut rester indifférent à cette situation. Le conseil municipal du Mans, qui en 1968 nomma ce collège Roger Vercel, a, il y a trois semaines, abrogé majoritairement cette décision. Cette délibération qui a probablement peu de valeur juridique, représente en revanche l'expression d'une opinion locale acquise. L'exécutif du conseil départemental s'oppose à cette décision pour plusieurs raisons telle « on ne refait pas l'histoire », ou « il appartient aux enseignants d'expliquer aux élèves que la France lors de l'occupation fut antisémite ». À ces arguments, il est répondu : « Mais l'histoire, c'est ce que nous en faisons, c'est une science humaine et vivante » et « Les enseignants font leur travail quand ils traitent de la France occupée ». Mais comment transmettre des valeurs laïques et républicaines quand les élèves du collège doivent porter le nom d'un homme qui ne partageait pas ces valeurs ? Comment parler du devoir de mémoire aux enfants si le département ne prend pas lui-même en charge ce devoir ? En cette période où la République cherche à être exemplaire, maintenir le nom d'un écrivain dont les idées exprimées sont détestables, n'est guère audible. Elle lui demande quelle est la position de l'État sur cette situation qui doit nous conduire à ne pas laisser croire que la Nation porteuse de valeurs ne les défend pas au quotidien et au profit des générations actuelles et nouvelles. La terrible actualité récente doit nous conduire à une vigilance accrue.

Texte de la réponse

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