FICHE QUESTION
10ème législature
Question N° : 3983  de  M.   Schleret Jean-Marie ( Union pour la démocratie française et du Centre - Meurthe-et-Moselle ) QE
Ministère interrogé :  culture et francophonie
Ministère attributaire :  culture et francophonie
Question publiée au JO le :  19/07/1993  page :  2069
Réponse publiée au JO le :  15/11/1993  page :  4040
Rubrique :  Politique exterieure
Tête d'analyse :  Liban
Analyse :  Francophonie
Texte de la QUESTION : M. Jean-Marie Schleret attire l'attention de M. le ministre de la culture et de la francophonie sur l'importance que revet la presence et l'influence de la langue francaise au Liban et qui concerne une grande partie des Libanais de toutes communautes. S'il est vrai que ce pays ne vit plus le drame quotidien des obus et des francs-tireurs, les conditions d'existence restent extremement precaires. Au motif d'integrer plus nettement le Liban au monde arabe, des atteintes sont reellement portees a la culture francaise. Une partie importance de la population libanaise deplore, de son cote, un desengagement educatif et culturel de la France a son egard. Les etablissements d'enseignement franco-libanais ne sont plus qu'une portion congrue. Dans ce pays qui a toujours represente un haut lieu de francophonie, l'anglais est en train de prendre une place de plus en plus grande. Il lui demande quelles mesures il compte prendre pour reaffirmer la presence de la francophonie au Liban.
Texte de la REPONSE : Dans ce pays a forte tradition francophone, la presence de la France et l'influence de notre langue revetent aujourd'hui encore une importance capitale. Dans une conjoncture plus favorable, les services francais concernes s'emploient a mieux ancrer cette francophonie et diversifier nos operations de cooperation a court et a long termes dans le cadre de la reconstruction du pays. Durant la periode de guerre, notre action a essentiellement vise a permettre le fonctionnement des institutions d'enseignement ainsi que des systemes de sante. Avec l'amelioration de la situation, outre la cooperation scientifique et technique, la priorite est aujourd'hui donnee au developpement culturel francophone (echanges artistiques, secteur de la communication...) non seulement a Beyrouth mais progressivement dans tout le pays. Pour ce faire, l'enveloppe budgetaire accordee au Liban a ete doublee en 1992, le nombre d'experts et d'enseignants a donc progresse regulierement, et, en 1994, les moyens devraient etre encore accrus. Des lors que les combats majeurs ont cesse, l'etroitesse des liens et des echanges humains font que la langue francaise s'affirme chaque jour d'avantage. Aujourd'hui, dans le cadre des enseignements preelementaire, primaire et secondaire : 70 p. 100 des eleves recoivent un enseignement en francais (notre langue n'a pas le statut de langue etrangere mais de langue seconde dans toutes les disciplines) ; 20 p. 100 en anglais ; 10 p. 100 exclusivement en arabe, ou l'anglais et le francais sont enseignes comme langues etrangeres. Quelque 15 000 eleves sont scolarises dans les etablissements francais (cinq sont conventionnes et quatre homologues). Ils seront pres de 30 000 prochainement, puisque huit nouveaux etablissements ont deja recu l'agrement de l'inspection generale francaise, et plus de 45 000 eleves ulterieurement (une dizaine d'etablissements demandent leur assimilation). Les chiffres de reussite au baccalaureat francais sont aussi significatifs tant quantitativement que qualifitativement : avant la guerre, en 1970, il y avait 800 recus ; a la session 1993, ils sont plus de 1 400 recus, dont 174 avec une mention tres bien. Dans l'enseignement superieur la situation est semblable : sur environ 70 000 etudiants, seulement 15 a 18 p. 100 d'entre eux recoivent un enseignement en langue autre que le francais. A cote de l'universite americaine (5 000 etudiants), a l'universite libanaise (40 000 etudiants), a Saint-Joseph (6 000 etudiants), a Karlik (4 000 etudiants), presque l'integralite des cours sont dispenses en francais. Autre signe de cette francophonie partagee : le bureau de l'AUPELF-UREF pour le monde arabe vient d'etre implante a Beyrouth. Le Liban est par ailleurs extremement actif dans les instances de la francophonie multilaterale, dont il beneficie de certaines actions de cooperation. Dans le systeme educatif libanais, quatorze experts (au lieu de deux en 1991) developpent des actions de cooperation linguistique et educative (formation du personnel enseignant et d'encadrement, creation de bibliotheques et de centres de documentation...). Cette situation se confortera en 1994. Dans un environnement culturel en pleine evolution, le Liban a aussi retrouve sa place de numero un au Moyen-Orient et l'une des toutes premieres du monde en matiere de diffusion et de reexportation des films francais (deux films achetes en 1991, trente en 1992-1993). Pour ce qui concerne la television, la chaine MTV vient de signer dernierement un accord avec TF 1, et d'autres chaines (LBC, C 33...) diffusent regulierement des programmes en francais. Sur quelque 150 stations de radio, il est possible d'ecouter pres de la moitie des programmes (essentiellement des chansons) en francais vingt-quatre heures par jour. Certaines ont des programmes specifiques, comme Radio-Liban, qui accorde huit heures par jour de grande ecoute a la cellule francaise. D'autres sont presque exclusivement francophones (la Une, Radio Nostalgie, 88.3, Frequence France...). Dans le domaine de la presse et malgre quelques difficultes conjoncturelles, le tirage tant du quotidien (L'Orient le jour 15 000 exemplaires) que des hebdomadaires (La Revue du Liban, Magazine, Le Commerce du Levant ...), ou des trois magazines TV, ne cesse de s'accroitre. D'autres actions sont conduites : dans le domaine du livre et de l'ecrit (formation, coedition ...), dans les echanges artistiques (musique, theatre, arts plastiques ...), et la France sera de nouveau presente lors de la reouverture des festivals d'Anjar, de Byblos mais aussi de Baalbek. De meme, la reinstallation de nos prestigieux etablissements comme le Centre d'etudes et de recherches sur le Moyen-Orient contemporain ou l'Institut francais d'archeologie du Proche-Orient, la reouverturee ou l'extension (Tripoli, Saida, Zahle, l'Espace de lettres a Beyrouth), voire la creation (Deir El-Kamar, Jounieh) de centres culturels concourent a promouvoir et intensifier nos echanges culturels. Il est donc possible de dire aujourd'hui, malgre un nombre moins eleve d'experts et d'enseignants francais qu'avant la guerre, que la presence de la France est affirmee, notamment dans les medias, et que notre langue se trouve confortee dans le systeme educatif. Cette situation ne pourra que s'amplifier, puisqu'il est envisage de signer prochainement un accord de cooperation culturelle, scientifique et technique pour bien materialiser la volonte commune de renforcer et d'intensifier les relations entre les deux pays.
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