ENGAGEMENT SOLENNEL LORS DE
L'OBTENTION
DE LA NATIONALITÉ FRANÇAISE
M. le président. La parole
est à M. Richard Maillé, pour exposer sa question, n° 120, relative à
l'engagement solennel lors de l'obtention de la nationalité française.
M. Richard Mallié. Cette
question porte plus sur un problème de forme que de fond.
Comme vous le savez, monsieur le
ministre délégué aux libertés locales, puisque, tout comme moi, vous avez été
maire pendant de nombreuses années, les services de la mairie remettent une
lettre d'accueil signée du Président de la République ainsi que le décret de
naturalisation à celui ou celle qui acquiert la nationalité française, soit en
mairie, soit au niveau du tribunal d'instance. Cela se fait sans forme aucune,
ni formalisme.
Or je pense que
l'on pourrait peut-être organiser une cérémonie beaucoup plus officielle. Un
officier d'état civil remettrait à l'intéressé le decret et la lettre du
Président de la République. Il expliquerait à la personne qui va obtenir la
nationalité française qu'elle a des droits mais aussi des devoirs et qu'elle
doit avoir une connaissance des valeurs de la République française. Il lui
rappellerait ce que signifient les mots « liberté, égalité, fraternité ». Lors
de cette cérémonie, ce nouveau citoyen, dépositaire d'une parcelle de la
République, prendrait l'engagement solennel de ne pas décevoir la France, de
quelque manière que ce soit.
Ma
question sera simple, monsieur le ministre : comptez-vous prendre une mesure
dans ce sens ?
M. le président. La parole
est à M. le ministre délégué aux libertés locales.
M. Patrick Devedjian, ministre délégué aux libertés locales.
Monsieur le député Mallié, vous avez tout à fait raison, la question que vous
posez est judicieuse. Mais le dispositif existe déjà, même si, comme vous avez
raison de le souligner, il est malheureusement peu employé.
En effet, il est régi par une
circulaire du 26 février 1993 relative aux modalités de notification
de l'acquisition de la nationalité française. L'autorité qui doit notifier cette
acquisition est l'autorité publique toute naturelle, c'est-à-dire le préfet ou
le sous-préfet, pour les acquisitions par décret, et le juge d'instance pour les
acquisitions par déclaration.
La
remise du dossier, aux termes de cette circulaire, comprend notamment une lettre
d'accueil dans la citoyenneté française signée du Président de la République,
l'ampliation du décret de naturalisation dans lequel figurent le nom de
l'intéressé, ses nouveaux actes d'état civil et un livret d'information exposant
les droits et devoirs attachés à la qualité de citoyen français ainsi que les
institutions françaises. Cela a lieu, toujours selon la circulaire, dans le
cadre d'une cérémonie ou d'un entretien particulier que les préfets ou les juges
d'instance peuvent organiser, avec toute liberté d'initiative. Trop souvent, ils
s'en abstiennent. Mais il n'en est pas moins vrai que le dispositif existe à
l'heure actuelle. S'il n'est pas envisagé de le rendre obligatoire, on pourrait
songer à une campagne incitant les élus locaux à organiser cette cérémonie en
relation avec la préfecture ou le juge d'instance. Tous les documents et moyens
nécessaires existent, il suffirait d'un petit effort pour lui donner un peu de
lustre, un lustre dont elle est totalement dénuée aujourd'hui.
Une telle situation s'explique
peut-être par le nombre élevé des naturalisations : environ 100 000 par an.
Celles-ci pourraient d'ailleurs être traitées plus facilement par les élus
locaux que par les préfectures, dont le nombre est bien inférieur à celui des
mairies. Le Gouvernement, j'en conviens volontiers, pourrait prendre
l'initiative d'articuler une initiative qui viendrait de l'Association des
maires de France avec la mise à disposition des moyens des préfectures, dans le
but de donner un peu plus de solennité à un acte dont l'économie est pourtant
parfaitement instituée par la circulaire de 1993.
M. le président. La
parole est à M. Richard Mallié.
M. Richard Mallié. Je
remercie M. le ministre de sa réponse. Pendant les treize ans et demi
où j'ai été maire, j'ai remis, revêtu de l'écharpe tricolore, la copie du décret
de naturalisation aux nouveaux citoyens français, en leur expliquant ce qu'il
signifie. Cette pratique était dans le droit-fil de la circulaire dont vous avez
parlé, mais j'ignorais totalement son existence.
Ce que je vous propose, monsieur le
ministre, c'est peut-être de rappeler le contenu de la circulaire à l'ensemble
des maires de France, si, du moins vous ne souhaitez pas rendre obligatoire
cette cérémonie solennelle qui, à mes yeux, devrait l'être.