FICHE QUESTION
12ème législature
Question N° : 1617  de  M.   Dasseux Michel ( Socialiste - Dordogne ) QOSD
Ministère interrogé :  justice
Ministère attributaire :  justice
Question publiée au JO le :  30/05/2006  page :  5565
Réponse publiée au JO le :  31/05/2006  page :  3758
Rubrique :  système pénitentiaire
Tête d'analyse :  fonctionnement
Analyse :  effectifs de personnel. conditions de détention. Neuvic
Texte de la QUESTION : M. Michel Dasseux appelle l'attention de M. le garde des sceaux, ministre de la justice, sur les difficultés du personnel du centre de détention de Neuvic à remplir leurs missions. La surpopulation carcérale est de plus en plus importante dans cet établissement conçu pour accueillir 400 places dont seulement 380 utilisables alors que le centre de détention accueille aujourd'hui 394 détenus. Le changement des profils des détenus accentue également la pénibilité du travail. Les détenus relèvent de plus en plus de la psychiatrie. De plus, les agents sont soumis à des formations qu'ils doivent assurer sur leurs heures non travaillées et à un accroissement des heures supplémentaires. Cette situation locale, hélas ! tend à se reproduire sur l'ensemble des établissements pénitentiaires. Alors que le Gouvernement met en avant une politique sécuritaire, on ne peut que s'étonner d'un tel désintérêt à l'égard du personnel qui a en charge la garde mais surtout la réinsertion des détenus. Aussi, il lui demande d'entendre les revendications de ces agents et de répondre favorablement aux demandes d'embauches massives de personnel de surveillance, de création de nouvelles structures pénitentiaires afin de faire face aux profils particuliers des détenus et d'augmenter les primes de dimanches et de jours fériés travaillés.
Texte de la REPONSE :

CONDITIONS DE TRAVAIL DU PERSONNEL PENITENTIAIRE AU CENTRE DE DETENTION
DE NEUVIC EN DORDOGNE

M. le président. La parole est à M. Michel Dasseux, pour exposer sa question, n° 1617, relative aux conditions de travail du personnel pénitentiaire au centre de détention de Neuvic en Dordogne.
M. Michel Dasseux. Madame la ministre déléguée aux affaires européennes, vous le savez, la situation des établissements pénitentiaires pose aujourd'hui problème du fait de l'explosion de la population carcérale. La France est notamment montrée du doigt pour les conditions de vie désastreuses et très souvent inhumaines imposées aux détenus. Ce phénomène de surpopulation et les problématiques d'encadrement qu'il engendre touchent désormais non seulement les très grands centres pénitentiaires, mais aussi des centres de dimension plus réduite et, si j'ose dire, plus humains.
Le centre de détention de Neuvic se voulait être de ceux-là. Il était initialement conçu pour accueillir des détenus de manière ponctuelle, en attente d'un transfert dans un autre établissement, ou des détenus en fin de peine ou encore de courte peine. Au départ, la durée maximale de détention à Neuvic était de trois ans. Aujourd'hui, elle peut atteindre dix à quinze ans. De petits délinquants y sont donc au contact de délinquants plus durs. Comme sur l'ensemble du territoire national, la situation se dégrade donc.
Les représentants du personnel et la direction du centre de Neuvic, que j'ai rencontrés à plusieurs reprises, m'ont exprimé leurs inquiétudes légitimes quant à l'évolution de leurs conditions de travail. Le malaise est réel, madame la ministre. Par deux fois, fin 2005 et début 2006, les agents de ce centre pénitentiaire ont tenu à manifester symboliquement leur mécontentement en interpellant élus et médias.
Neuvic est un établissement de 400 places ; 380 étaient utilisables en fin 2005, alors que l'on comptait 394 détenus. La durée de détention des détenus augmente et leur profil évolue. De plus en plus nombreux sont ceux qui relèvent de la psychiatrie.
Les agents dénoncent ainsi un manque de personnels pour répondre à cette évolution, mais aussi l'accroissement des heures supplémentaires. L'insuffisance des effectifs pose un problème d'organisation interne lors des extractions nocturnes des détenus. Les agents sont, en outre, contraints d'assurer leur formation durant leurs heures non travaillées, ce qui n'est pas sans conséquence sur leur vie familiale, notamment pour les enfants dont les pères sont souvent absents, mais aussi sur la possibilité de bénéficier d'un temps de récupération suffisant. Or ces deux éléments sont essentiels dans l'exercice d'un métier qui requiert un équilibre physique et psychique.
Je m'étonne que, jusqu'à présent, les agents des centres pénitentiaires n'aient pas été entendus et que le Gouvernement manifeste aussi peu d'intérêt à l'égard de ceux qui ont en charge la garde et la réinsertion des détenus. J'aurais pensé le contraire de la part d'un gouvernement qui met en avant les préoccupations de sécurité. Serait-ce seulement dans les médias, mais pas forcément dans les faits ?
Je demande en conséquence au Gouvernement d'entendre les revendications de ces agents. Allez-vous répondre favorablement à leur demande d'embauche réelle de personnels de surveillance et de création de nouvelles structures pénitentiaires afin qu'ils puissent faire face aux profils particuliers des détenus ? Allez-vous prendre en considération leur demande d'augmentation salariale, ce qui serait une juste compensation de leurs efforts professionnels, notamment en relevant le niveau de leurs primes de dimanches et de jours fériés et en leur accordant deux véritables jours de repos après la nuit travaillée ?
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée aux affaires européennes.
Mme Catherine Colonna, ministre déléguée aux affaires européennes. Monsieur le député, M. le garde des sceaux vous prie de bien vouloir l'excuser. Il m'a chargée de vous répondre et j'espère que mes propos vous donneront satisfaction.
Le décret du 14 avril 2006 a réformé le statut des personnels de surveillance. Désormais, la structuration des corps est alignée sur celle des corps de la police nationale. L'encadrement est renforcé et la formation continue est encouragée. Cette réforme, rendue nécessaire par l'évolution des missions des personnels de surveillance, vise à rendre les métiers pénitentiaires plus attractifs et, ainsi, à mieux répondre aux importants besoins de recrutement. Actuellement, 1 006 surveillants sont en scolarité et prendront leur poste en juin et juillet prochains. Par ailleurs, un concours de recrutement à hauteur de 1 110 postes est ouvert pour 2006. Ces agents seront affectés dans les établissements l'an prochain.
Il est exact que l'évolution des profils des détenus conduit à ériger la formation en priorité. Le temps qui lui est consacré est considéré comme un temps de service. Des formations spécialisées sont organisées par les directions régionales. Le service chargé de la réinsertion - service pénitentiaire d'insertion et de probation -, bénéficie de moyens accrus. Depuis 2000, la direction régionale des services pénitentiaires de Bordeaux dispose d'une équipe régionale d'intérim pour remplacer les personnels en formation.
L'effectif de référence du centre de détention de Neuvic, sur lequel vous appelez l'attention du Gouvernement, est de 134 agents : 113 surveillants, 16 premiers surveillants et 5 personnels du corps de commandement. Huit postes vacants de surveillant ont été pourvus lors de la réunion de la commission administrative paritaire de mai 2006 ; les agents prendront leurs fonctions en juillet 2006, ce qui permettra d'atteindre, dans cet établissement, un taux de couverture de 100 % des emplois.
M. le président. La parole est à M. Michel Dasseux.
M. Michel Dasseux. Je suis d'accord avec les chiffres que vous annoncez, madame la ministre, mais ils sont théoriques car la formation continue des agents s'effectue toujours durant leur temps de repos. Cela vient peut-être de la direction de ce centre, mais je ne peux me satisfaire d'une telle réponse.
Les remplacements ne sont prévus que sur le papier. Selon vous les emplois seraient pourvus et il faudrait attendre juillet. Nous sommes patients, car c'est demain, mais, pour l'instant, les agents ne sont pas affectés.
Je suis habitué, comme un grand nombre de mes collègues, à croire ce que je vois sur le terrain. Je renouvelle donc mes interrogations et vous demande de jeter un regard tout particulier sur la gestion de ce centre.
Mme la ministre déléguée aux affaires européennes. Je transmettrai votre demande au garde des sceaux.
M. le président. Je vais suspendre la séance quelques instants.

SOC 12 REP_PUB Aquitaine O