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DEBAT :
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BILAN DES ÉVÉNEMENTS AUX ANTILLES M.
le président. La parole est à M. Serge Letchimy, pour le groupe
socialiste, radical, citoyen et divers gauche. M. Serge
Letchimy. Ma question s'adresse au Premier ministre. Il est certes
trop tôt pour disposer d'une évaluation réelle des événements qui se sont
déroulés aux Antilles, mais ce serait, d'après moi, une erreur de réduire ces
mouvements sociaux aux seules revendications des plateformes syndicales. Il y a
derrière un problème de fond. Si le Gouvernement s'est attaché à répondre aux
enjeux sociaux, il nous appartient de ne pas sombrer dans le syndrome de la
recette à court terme et de bien prendre conscience que les événements ne
procédaient ni de caprices d'assistés ni d'un macoutisme larvé. Ainsi nous
devons réagir à certaines insinuations qui s'efforcent de présenter nos pays
comme des appendices coûteux que la République porterait à bout de bras et qui
n'apporteraient rien au patrimoine français. Je pourrais faire la démonstration
contraire, aux plans intellectuel, géopolitique ou écologique. En fait,
l'Hexagone nous connaît mal, et il faudrait y répandre l'idée qu'il n'y a pas
seulement, dans nos régions, des populations à assister, mais des entités
véritables, faites d'histoires, de cultures, de savoirs. Un exemple
incompréhensible, monsieur Borloo : comment expliquez-vous l'abandon du projet
d'inscrire les plantes médicinales dans la pharmacopée française, alors que cela
figurait dans le Grenelle I ? Les événements ont révélé un désir de
Martinique, un vouloir de Guadeloupe, une volonté de faire peuple et d'être
reconnus comme tels sans pour cela entrer dans une logique de rupture avec la
France. Ma question demande moins une réponse, qu'une prise de conscience
politique : Quand donc la France renouera-t-elle avec ce génie qui fut le sien
dans l'exigence de liberté, de dignité et de responsabilité offerte à tous les
peuples du monde ? Quand la France réussira-t-elle à conjuguer droit à l'égalité
et droit à la différence ? (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et
GDR.) M. le président. La parole est à M. Yves Jégo,
secrétaire d'État chargé de l'outre-mer. M. Yves Jégo,
secrétaire d'État chargé de l'outre-mer. Monsieur le député-maire de
Fort-de-France, vous avez raison de vouloir dépasser les aléas de l'actualité,
aussi difficile soit-elle. En effet, au-delà de la crise sociale et des
revendications, même fondées, qui la sous-tendaient, c'est à l'avenir du lien
entre les outremers et la République qu'il faut réfléchir. Il nous appartient
de convaincre nos compatriotes qui connaissent peu ou mal l'outremer que cette
partie importante de notre pays possède une véritable utilité stratégique,
qu'elle fait partie de notre histoire et de notre roman national, qu'elle est
porteuse d'espoirs et de perspectives. Concernant votre question précise sur
la pharmacopée, je vous rassure : Jean-Louis Borloo et moi-même avons à coeur de
ne pas abandonner cette perspective, tout en respectant le principe de
précaution. M. Pierre Gosnat. Il parle pour ne rien dire
! M. Yves Jégo, secrétaire d'État. Dans le cadre du
projet de loi de développement économique de l'outre-mer, qui viendra en
discussion dans quelque jours devant la représentation nationale, nous
souhaitons également faire évoluer le modèle économique de développement de
l'outremer, en l'appuyant sur ses atouts propres, ses productions locales, sa
capacité à développer de la croissance et pas seulement sur une économie de
transferts, certes nécessaire pour compenser les handicaps, mais insuffisante
face aux défis du XXIe siècle. Nos régions ultramarines sont une chance pour
notre pays et pour l'Europe, et je ne doute pas qu'ensemble, à l'occasion des
états généraux, nous parviendrons à convaincre ceux qui ont pu en avoir une
vision caricaturale, que l'outremer, c'est l'avenir de la France !
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe UMP.)
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