Etudiants
Question de :
M. Taittinger Frantz
- RPR
M. Frantz Taittinger attire l'attention de M. le ministre de l'education nationale sur le bizutage. Concu initialement comme une tradition permettant l'accession a un groupe, et longtemps cantonne dans les grandes ecoles, classes preparatoires et aux facultes de medecine, le bizutage s'est etendu a de nombreux autres etablissements. Ce phenomene tend a se generaliser et les epreuves endurees par les « bizuts » sont de plus en plus violentes et humiliantes. Hormis les quelques accidents graves, et heureusement rares, le bizutage est majoritairement ressenti comme une epreuve difficile et est apprehende par de nombreux etudiants parmi lesquels certains restent traumatises. La Commission nationale des droits de l'homme a d'ailleurs denonce « les outrances auxquelles conduisent les pratiques du bizutage et les exces qui constituent des traitements degradants ». Nous savons que durant cette periode toute tentative de revolte ou de non-soumission est bannie. La sanction touchant le jeune refractaire est terrible : represailles, exclusion du groupe, isolement, mise a l'ecart systematique, etc. Suite a divers derapages, le ministre de l'education nationale avait ete amene, en 1992 et 1993, a faire certains rappels au reglement et la derniere circulaire sur le sujet, si elle ne sanctionnait pas la pratique du bizutage, visait a en reprimer les exces. Malgre tout, certaines pratiques sont toujours d'actualite dans de nombreux etablissements, ou elles sont souvent couvertes par le personnel de direction et le corps enseignant. Conscient des difficultes rencontrees lorsque l'on s'attaque a des traditions vieilles de dizaines d'annees et qui font partie du patrimoine de certaines ecoles, et si la justification de ce rite nous est expliquee par le fait de creer un sentiment d'appartenance a un groupe, il n'en demeure pas moins qu'aujourd'hui le bizutage reste un phenomene exhortant la loi du plus fort et la domination du plus faible. Il n'est pas acceptable qu'une coutume, si ancienne qu'elle soit, puisse primer sur les interdictions edictees par la loi. Il lui demande de bien vouloir lui indiquer quelles mesures il compte prendre a court terme afin d'eviter les derapages et les incidents lies a ces pratiques et quel est son sentiment sur une interdiction totale du bizutage.
Réponse publiée le 26 décembre 1994
La prevention et la repression des exces du bizutage restent une preoccupation constante du ministre de l'enseignement superieur et de la recherche. A l'occasion de la preparation de la rentree universitaire 1994-1995, de nouvelles recommandations ont ete adressees par circulaire aux chefs d'etablissement, afin que toutes les mesures necessaires soient prises pour prevenir les abus et pour faire evoluer le bizutage vers des pratiques acceptables par tous. La necessite de sanctionner les auteurs de pratiques condamnables a notamment ete rappelee aux chefs d'etablissement, de meme leur a-t-il ete demande de dispenser une information sur les possibilites de recours a l'action penale qui est ouverte aux victimes. Tradition ancienne, le bizutage reste un phenomene difficile a canaliser. Si la repression des abus s'avere indispensable, elle n'est pas en elle-meme suffisante compte tenu du caractere sociologique du phenomene de bizutage qui revet parfois des formes souterraines difficilement controlables. Aussi convient-il surtout de favoriser des mentalites et des comportements en mettant tout en oeuvre pour faire evoluer le bizutage vers de nouvelles formes d'integration des etudiants, qui privilegient la convivialite, l'ouverture sur les realites exterieures, l'enrichissement de chacun, et qui garantissent le respect de la personne. C'est pourquoi les chefs d'etablissement ont ete invites a prendre toutes initiatives allant dans ce sens en developpant le dialogue avec les eleves. Le bilan de la precedente rentree universitaire permet de tirer le constat d'une evolution positive. En effet, dans un certain nombre d'etablissements, le bizutage a ete interdit par la direction. Mais, le plus souvent, les pratiques traditionnelles de bizutage ont ete remplacees par de nouvelles modalites d'accueil prenant la forme de competitions sportives, de festivites organisees parfois avec le concours de partenaires exterieurs (municipalites, entreprises, etc.) ou encore d'actions a caractere ecologique ou humanitaire. Dans tous les cas, l'etablissement d'un dialogue constructif entre la direction et les associations d'etudiants et d'anciens eleves joue un role essentiel dans cette evolution.
Auteur : M. Taittinger Frantz
Type de question : Question écrite
Rubrique : Enseignement superieur
Ministère interrogé : éducation nationale
Ministère répondant : enseignement supérieur et recherche
Dates :
Question publiée le 26 septembre 1994
Réponse publiée le 26 décembre 1994