Collectivites locales : caisses
Question de :
M. Lefort Jean-Claude
- COM
M. Jean-Claude Lefort attire l'attention de M. le ministre delegue a l'amenagement du territoire et aux collectivites locales sur la majoration de la surcompensation instauree sur la Caisse nationale de retraite des agents des collectivites locales. Depuis 1985, des prelevements sont operes par l'Etat sur les reserves de la CNRACL pour compenser des regimes de retraites deficitaires. Cette operation, appelee surcompensation, s'ajoutant a une procedre de compensation instauree de longue date a eu pour consequence de majorer tres sensiblement les cotisations versees a la CNRACL par les collectivites locales, accroissant ainsi les charges des contribuables locaux. La loi de finances pour 1993 prevoit une nouvelle majoration de cette surcompensation d'environ 4 milliards de francs, ce qui porterait le prelevement de l'Etat sur la caisse a 15,8 milliards : 7,2 milliards au titre de la compensation et 8,6 milliards au titre de la surcompensation. De nombreuses voix s'elevent pour denoncer ce cycle infernal qui conduit la CNRACL au bord du gouffre financier, remettant ainsi en cause son existence meme. En consequence, il lui demande d'intervenir pour que le Gouvernement, qui exerce une tutelle directe sur la gestion de la caisse, annule pour 1993 ce nouveau transfert de charges et rembourse aux collectivites les sommes indument versees a ce titre et revienne a un niveau de cotisation employeur qui permette l'equilibre immediat de la caisse. Il insiste afin que sa question ne reste pas sans suite a l'image de celle qu'il a deposee le 14 septembre 1992.
Réponse publiée le 19 juillet 1993
L'etat des comptes de la CNRACL et la structure de ce regime, comparativement a la situation des autres regimes speciaux et compte tenu de la necessaire solidarite entre ceux-ci, qui est l'un des mecanismes essentiels de notre systeme de protection sociale, ont rendu possible un accroissement du montant des compensations payees par cette caisse en 1992 et 1993, sans un relevement des cotisations, le besoin de financement complementaire pour la CNRACL pouvant, dans l'immediat, etre assume, compte tenu du niveau de ses reserves. Il convient de rappeler que les mecanismes de compensation et de surcompensation ont ete mis en place pour remedier aux inegalites provenant des desequilibres demographiques et des disparites contributives entre les differents regimes de securite sociale. La loi no 74-1094 du 24 decembre 1974 a institue une compensation generalisee entre regimes de base de securite sociale au titre des risques : maladie-maternite, prestations familiales et vieillesse. La loi no 85-1403 du 30 decembre 1985 (loi de finances pour 1986) a institue une compensation supplementaire, dite « surcompensation », specifique aux regimes speciaux de retraite (Etat, collectivites territoriales, SNCF, RATP, EDF-GDF, marins, mineurs, ouvriers de l'Etat, etc.). Le legislateur avait ainsi manifeste sa volonte d'accroitre l'effort de solidarite entre les regimes de protection sociale deja mis en place par la loi de 1974 precitee, en instaurant des flux financiers qui compensent les disparites extremement importantes des rapports demographiques des regimes speciaux, c'est-a-dire du rapport, pour chacun d'eux, entre le nombre de cotisants et le nombre de pensionnes dont les retraites sont, par definition, payees par les contributions des actifs. Ainsi, il n'y a qu'un actif cotisant pour dix retraites mineurs (40 000 pour 400 000), moins d'un actif pour un retraite dans les regimes de la SNCF, des marins ou des ouvriers de l'Etat. Pour les fonctionnaires dans leur ensemble, il y a pres de 2,5 cotisants pour un retraite, ce nombre restant a pres de 3,5 pour la fonction publique territoriale et hospitaliere. Il est, dans ces conditions, apparu justifie que les regimes speciaux qui offrent a leurs beneficiaires des avantages souvent importants par rapport aux autres regimes de retraite (regime general, regimes complementaires), contribuent a prendre en charge globalement le cout du maintien de ces avantages, sans le faire supporter, a travers une prise en charge par le seul budget de l'Etat, par ceux qui n'en beneficiaient pas. Les besoins de financement des regimes speciaux deficitaires, accrus par la degradation de leur situation, ont conduit pour 1992 et 1993 a une majoration du taux de la surcompensation. Pour la CNRACL, dont les resultats excedentaires depuis 1989 ont permis de degager plus de 15 milliards de francs de reserves, cette majoration s'est traduite par le decret no 92-1226 du 11 decembre 1992, qui aboutit a une augmentation de la surcompensation d'environ 3,8 milliards de francs en 1993. Les mesures relatives a l'avenir de ce regime et qui seront indispensables a court terme seront examinees dans le contexte de l'evolution de l'ensemble des regimes de retraite en France.
Auteur : M. Lefort Jean-Claude
Type de question : Question écrite
Rubrique : Retraites : regimes autonomes et speciaux
Ministère interrogé : aménagement du territoire et collectivités locales
Ministère répondant : aménagement du territoire et collectivités locales
Dates :
Question publiée le 26 avril 1993
Réponse publiée le 19 juillet 1993