Question écrite n° 64742 :
journée nationale du souvenir des anciens combattants et victimes morts pour la France en Afrique du Nord

11e Législature

Question de : M. Claude Goasguen
Paris (14e circonscription) - Démocratie libérale et indépendants

M. Claude Goasguen souhaite connaître l'opinion de M. le secrétaire d'Etat à la défense, chargé des anciens combattants, sur la suggestion de certaines associations d'instituer une journée nationale en souvenir des victimes des combats d'Afrique du Nord à la date du 19 mars. La nécessité d'inscrire dans notre calendrier républicain une journée de recueillement et de mémoire n'échappe à personne et il est du devoir de chacun de se souvenir du prix payé par notre pays pendant ces années. Il attire son attention sur le choix du 19 mars, qui peut être sujet à réserves. Si cette date marque la signature des accords d'Evian, elle ne signifie en aucune façon la fin des combats en Afrique du Nord. Ainsi, comment oublier que seule l'armée française a cessé le feu le 19 mars 1962 et que le retour à la paix en Algérie n'est pas intervenu avant plusieurs mois, du fait de la sanglante lutte pour le pouvoir initiée par l'Armée de libération nationale de Ben Bella ? Comment oublier les morts et les blessés parmi nos concitoyens, « pieds-noirs » et harkis, à la suite du retrait de l'armée française ? Comment oublier que l'état de guerre post-19 mars a causé chez nos concitoyens au moins deux fois plus de pertes en vies humaines que la période de 1954 au 19 mars 1962 ? Enfin, comment oublier que le 19 mars est la date choisie par l'Algérie comme journée de célébration de la « victoire » sur la France ? Il lui demande s'il tiendra compte de ces faits pour choisir une date commémorative des victimes des combats en Afrique du Nord.

Réponse publiée le 27 août 2001

Aucune des dates proposées pour la commémoration de la fin de la guerre d'Algérie ne fait pour l'instant l'unanimité, qu'il s'agisse de la date officielle retenue pour le début du conflit (31 octobre 1954), de celle de la mise en oeuvre du cessez-le-feu, lendemain de la signature des accords d'Evian (19 mars 1962) ou encore de celle qui marque l'indépendance de l'Algérie (2 juillet 1962). Certes, le 19 mars marque bien la date officielle, fixée par les accords d'Evian, du cessez-le-feu en Algérie. Cependant, les nombreux événements tragiques survenus postérieurement à cette date, en raison d'une part, des exactions du FLN et de l'OAS après le 19 mars qui ont fait de nombreuses victimes et ont conduit près d'un million de nos concitoyens à quitter l'Algérie, leur histoire, leurs racines, leurs biens, leurs morts et d'autre part, des épreuves douloureuses subies par les Harkis, sont responsables de fortes divisions au sein du monde combattant, et plus largement, de la Nation. Tel n'est pas en effet le contexte de rassemblement, nécessaire à l'officialisation d'une date commémorative nationale, comme en témoignent l'adoption, à l'unanimité parlementaire, des journées du 11 Novembre, du souvenir de la déportation, du 8 mai et plus récemment encore, de la journée nationale, le 16 juillet, à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'Etat français et d'hommage aux « Justes » de France. Le Premier ministre qui s'est montré favorable à la poursuite de l'oeuvre de mémoire pour que les traumatismes puissent être surmontés dans l'unité nationale, observait qu'un progrès sensible avait été fait dans cette voie avec l'adoption par le Parlement, à l'unanimité, de la loi du 18 octobre 1999 qualifiant de guerre le conflit d'Algérie de 1954 à 1962. Il avait reconnu néanmoins que la commémoration d'une date officielle unique pour la guerre d'Algérie ne pouvait, en l'absence d'accord entre les associations du monde combattant, être opérée sans susciter des oppositions qui iraient à l'encontre du but poursuivi. Toutefois, si les conditions ne sont toujours pas réunies, le dossier continue d'évoluer. Des initiatives diverses ont ainsi été prises par la plupart des groupes politiques au Parlement. A l'heure actuelle, le secrétaire d'Etat, qui rappelle que le Gouvernement a décidé d'être présent non seulement le 16 octobre mais aussi le 19 mars, lorsque des cérémonies sont organisées dans les départements, entend travailler, non pas à diviser, mais à rechercher l'unanimité dans le respect de la souffrance liée aux évènements de l'après 19 mars et de la souveraineté nationale. Cependant, il est précisé qu'un mémorial national d'Afrique du Nord sera érigé à la mémoire de la totalité des soldats français ayant combattu pendant les conflits, sur lequel seront inscrits tous les noms des combattants de l'armée française morts pour la France y compris, ceux des Harkis, mémorial dont l'implantation sera réalisée Quai Branly, à Paris et dont l'inauguration est prévue en 2002.

Données clés

Auteur : M. Claude Goasguen

Type de question : Question écrite

Rubrique : Cérémonies publiques et fêtes légales

Ministère interrogé : anciens combattants

Ministère répondant : anciens combattants

Dates :
Question publiée le 30 juillet 2001
Réponse publiée le 27 août 2001

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