Question au Gouvernement n° 3280 :
établissements

11e Législature

Question de : M. Lionnel Luca
Alpes-Maritimes (6e circonscription) - Rassemblement pour la République

Question posée en séance, et publiée le 31 janvier 2002

VIOLENCES EN MILIEU SCOLAIRE

M. le président. La parole est à M. Lionnel Luca, pour le groupe du Rassemblement pour la République.
M. Lionnel Luca. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'éducation nationale.
Hier, à Créteil, une élève de cinquième a jeté une bouteille explosive dans la cour d'un collège, sous prétexte que son frère, élève de troisième - qui lui a fourni l'arme -, avait été exclu.
Dans ma circonscription, il y a deux jours à peine, à Vence, ville qui n'a pas spécialement une réputation de violence, une collégienne a été entraînée dans un vestiaire par trois garçons de sa classe et y a subi une agression sexuelle.
Ces faits de violence sont désormais le lot quotidien de nos établissements scolaires, comme l'indique d'ailleurs un hebdomadaire d'actualité qui n'est pas sans valeur, avec le palmarès région par région.
Aujourd'hui, vous publiez des chiffres qui se veulent rassurants, comme si ce phénomène régressait, alors qu'il n'a jamais été aussi préoccupant. Simplement, vous avez changé le mode de calcul puisque, selon un mensuel de l'éducation qui paraîtra demain, désormais, le chef d'établissement doit choisir un seul signalement, même dans le cas de violences multiples. En fait, pour faire tomber la fièvre, vous changez le thermomètre ! (« Tout à fait ! » sur les bancs du groupe du Rassemblement pour la République.)
Un rapport de la direction centrale des renseignements généraux, rédigé avant Noël et que vous vous êtes bien gardé de publier, brosse un tableau alarmant de ce que vivent les enfants et les enseignants. En effet, les cours de récréation sont devenues une jungle où la loi du plus fort l'emporte (« C'est vrai ! » sur les bancs du groupe du Rassemblement pour la République, du groupe de l'Union pour la démocratie française-Alliance et du groupe Démocratie libérale et Indépendants. - Protestations sur les bancs du groupe socialiste, du groupe communiste et du groupe Radical, Citoyen et Vert), avec des jeux mélangeant agressions et humiliations, et allant parfois jusqu'à la mort : sniff, rondes, gardav', cannettes, jeu du foulard, dont le colloque de Sens, vendredi dernier, a montré les ravages. Sans parler de l'intrusion d'éléments extérieurs et des agressions d'enseignants jusque dans leur classe, parfois à l'arme blanche.
C'est dire si cette publication de statistiques, pour minimiser un phénomène qui touche désormais les établissements les plus calmes et des élèves de plus en plus jeunes, est particulièrement indécente. Au reste, un seul enfant serait-il menacé, frappé, violé, tué que cela serait déjà insupportable dans un lieu qui est celui du savoir et du civisme !
Votre ministère a repris quelques-unes des quarante-cinq propositions de la mission d'information de notre collègue Bruno Bourg-Broc sur le thème du respect, dont l'une requiert la collaboration de vedettes du sport et de la chanson ; mais c'est insuffisant.
M. le président. Monsieur Luca, posez votre question, s'il vous plaît !
M. Lionnel Luca Vous aviez déclaré en mars 2001, lors d'une conférence à l'UNESCO, que vous apparteniez « à une génération qui a contribué à remettre en question l'autorité ». Vous ajoutiez : « En nous débarrassant de l'autoritarisme, nous avons peut-être perdu aussi, sans le vouloir, cette belle notion d'autorité. »
M. Jean-Paul Charié. C'est juste !
M. Lionnel Luca. Quels que soient vos effets d'annonce, quels moyens véritables en surveillants, en conseillers principaux d'éducation et en assistantes sociales allez-vous donner à l'éducation pour permettre, comme vous le dites, le rétablissement de cette belle idée d'autorité ? Sans moyens véritables, malheureusement, il faudra encore parler de non-assistance à jeunesse en danger ! (Applaudissements sur les bancs du groupe du Rassemblement pour la République, du groupe de l'Union pour la démocratie française-Alliance et du groupe Démocratie libérale et Indépendants.)
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale. (Vives exclamations sur les bancs du groupe du Rassemblement pour la République, du groupe de l'Union pour la démocratie française-Alliance et du groupe Démocratie libérale et Indépendants.)
M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale. Hurlez donc, mais vous offrez ainsi aux jeunes qui écoutent nos débats un exemple détestable de ce qu'est la vie publique ! (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, du groupe communiste et du groupe Radical, Citoyen et Vert.)
Monsieur le député, en multipliant comme vous le faites les amalgames (Exclamations sur les bancs du groupe du Rassemblement pour la République, du groupe de l'Union pour la démocratie française-Alliance et du groupe Démocratie libérale et Indépendants), je ne pense pas que vous offriez l'exemple de la rigueur dont notre éducation a besoin. (« Très bien ! » sur les bancs du groupe socialiste.)
M. Jacques Myard. Pas vous, un soixante-huitard attardé !
M. le ministre de l'éducation nationale. Il va de soi que chacun de nous, ici, réprouve tout acte de violence ou d'agressivité. Mais, ne vous en déplaise, ...
M. Jean-Marie Demange. Il s'écoute parler !
M. le ministre de l'éducation nationale. ... le combat que nous menons, avec détermination et énergie (Protestations sur les bancs du groupe du Rassemblement pour la République, du groupe de l'Union pour la démocratie française-Alliance et du groupe Démocratie libérale et Indépendants), oui, avec énergie et détermination, pour éradiquer la violence, porte ses fruits. Et je ne vous reconnais pas le droit, même si chacun est libre de dire des bêtises (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, du groupe communiste et du groupe Radical, Citoyen et Vert. - Exclamations sur les bancs du groupe du Rassemblement pour la République, du groupe de l'Union pour la démocratie française-Alliance et du groupe Démocratie libérale et Indépendants) de mettre en doute l'honnêteté et l'intégrité - notions qui, je l'espère, vous sont chères - des fonctionnaires de l'Etat qui, depuis plusieurs mois, ont mis au point un nouveau logiciel destiné à « radiographier » les incidents, les incivilités et les actes de violence.
M. Georges Tron. N'importe quoi !
M. le ministre de l'éducation nationale. Ne vous en déplaise et n'en déplaise à tous ceux qui, comme vous, font de cette situation leur fonds de commerce électoral (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, du groupe communiste et du groupe Radical, Citoyen et Vert. - Vives protestations sur les bancs du groupe du Rassemblement pour la République, du groupe de l'Union pour la démocratie française-Alliance et du groupe Démocratie libérale et Indépendants), ...
M. Georges Tron. C'est lamentable !
M. le ministre de l'éducation nationale. ..., je l'annoncerai tout à l'heure en présence et sous l'autorité de M. le Premier ministre, et vous en serez fort marris et déçus, car vous préférez vous réjouir des difficultés que nous rencontrons plutôt que des progrès accomplis (Protestations sur les bancs du groupe du Rassemblement pour la République, du groupe de l'Union pour la démocratie française-Alliance et du groupe Démocratie libérale et Indépendants) : les actes d'incivilité, d'agressivité et de violence ont reculé dans de nombreux établissements de France. Et ce combat continuera, département par département. (Exclamations sur les mêmes bancs.)
Mme Sylvia Bassot. Menteur !
M. le ministre de l'éducation nationale. Un dernier point, si vous me le permettez, monsieur le président. (« Démission ! Démission ! » sur les bancs du groupe du Rassemblement pour la République, du groupe de l'Union pour la démocratie française-Alliance et du groupe Démocratie libérale et Indépendants.)
Ceux qui ont démissionné de leur fonction ministérielle, ce sont ceux qui, voici quelques années, ont supprimé des milliers de postes de professeurs, d'éducateurs et de surveillants ! Voilà les démissionnaires ! Alors, calmez-vous ! (Mmes et MM. les députés du groupe socialiste, du groupe communiste et du groupe Radical, Citoyen et Vert se lèvent et applaudissent. - Huées sur les bancs du groupe du Rassemblement pour la République, du groupe de l'Union pour la démocratie française-Alliance et du groupe Démocratie libérale et Indépendants.)

Données clés

Auteur : M. Lionnel Luca

Type de question : Question au Gouvernement

Rubrique : Enseignement

Ministère interrogé : éducation nationale

Ministère répondant : éducation nationale

Date de la séance : La question a été posée au Gouvernement en séance, parue dans le journal officiel le 31 janvier 2002

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