Question de : M. Michel Lefait
Pas-de-Calais (8e circonscription) - Socialiste, écologiste et républicain

M. Michel Lefait appelle l'attention de M. le ministre de l'économie et des finances sur la préoccupation exprimée par le syndicat des brasseurs de la région Nord de la France à propos du projet du Gouvernement de doubler les droits d'accises sur la bière. La région Nord-Pas-de-Calais est la deuxième de France en nombre de brasseries implantées avec, depuis quelques années, un renouveau des acteurs brassicoles aux côtés des brasseries les plus anciennes. C'est ainsi plus d'une centaine de marques de bières qui constituent à l'image et à l'essor économique de toute une région. Alors que celle-ci produit près de 25 % du volume des bières brassées en France et que, depuis 1976, ce secteur d'activité connaît une baisse sensible et structurelle de la consommation, il va sans dire que les conséquences de nouvelles taxes auraient un impact fortement négatif sur toute la filière, des agriculteurs à la distribution, et bien sûr sur les PME et TPE comme les brasseries artisanales, qui verraient leurs marges de manoeuvre considérablement diminuer dans leur capacité à investir et à embaucher. 70 % de la bière consommée dans notre pays étant produite en France, ce sont bien les emplois directs de la brasserie mais aussi l'activité indirecte qui lui est liée (agriculture, distribution, cafés, hôtels, restaurants) qui seraient en définitive menacés. C'est pourquoi il lui demande de bien vouloir lui indiquer les intentions précises du Gouvernement sur ce sujet.

Réponse publiée le 5 février 2013

L'augmentation des droits d'accises sur la bière poursuit avant tout un objectif de santé publique qui s'inscrit dans la politique de limitation de la consommation d'alcool, particulièrement chez les jeunes. La bière constitue en effet le point d'entrée des jeunes dans l'alcool et reste la boisson alcoolisée qu'ils consomment le plus. Cette diffusion de l'usage de la bière est facilitée par le prix faible et peu dynamique de la bière en France. Ces prix s'expliquent en partie par la très faible taxation de la bière en France, qui est la 22e plus faible d'Europe, et se situe à un niveau six fois moindre qu'en Irlande, huit fois moindre qu'au Royaume-Uni et près de douze fois moindre qu'aux Pays-Bas. C'est pour répondre à cette situation qu'une hausse des droits d'accises sur la bière a été prévue par le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2013. De façon cohérente avec les objectifs de santé publique, l'ampleur de cette hausse est proportionnelle à la fois au volume et au degré d'alcool : les droits d'accises sur la bière augmenteront de 1,1 centime par demi (25 cl) et par degré d'alcool. En conséquence, la hausse de taxation rapportée au prix de vente sera d'autant plus forte sur les produits alcoolisés ou à bon marché qui permettent une alcoolisation excessive. La consommation conviviale au comptoir sera nettement moins concernée en proportion, du fait de prix de vente plus élevés et d'une hausse de taxe qui n'est pas proportionnelle au prix. En effet, pour un demi titrant à 4,5° la hausse ne sera que de 5 centimes, quel que soit le réseau de distribution, et non de 40 centimes, sauf à ce que les intermédiaires choisissent d'accroître leurs marges. Rapporté à un prix de 2,50 € cela représente une hausse tout à fait modique. Les inquiétudes exprimées par les brasseurs sur l'avenir de leurs marges ne paraissent pas fondées. En effet, trois groupes internationaux concentrent 85 % du marché. Ils pourront largement répercuter la hausse des droits dans les prix de vente à la grande distribution pour préserver leurs marges. S'agissant des petits brasseurs, leur marché ne sera pas affecté par la hausse des droits d'accises : l'impact sur leurs prix sera très limité au regard du coût de ces produits de qualité, et leur consommation est davantage orientée par le choix d'un goût et d'un terroir que par le prix. En outre, au cours du débat parlementaire, les réductions de taux dont bénéficient les produits des petits brasseurs (pour une production comprise entre 10 000 et 200 000 hl) ont été renforcées au maximum de ce que permet le droit communautaire. Ainsi, les droits d'accises sur ces produits ne croîtront que de 0,4 à 0,5 centime par degré pour un demi, soit une hausse de 2 centimes pour un demi à 4,5° . Enfin, s'agissant de la filière brassicole, il convient de noter qu'environ 80 % de la production nationale de houblon et de malt est destinée à l'exportation et ne sera donc pas impactée par cette mesure.

Données clés

Auteur : M. Michel Lefait

Type de question : Question écrite

Rubrique : Contributions indirectes

Ministère interrogé : Économie et finances

Ministère répondant : Budget

Dates :
Question publiée le 9 octobre 2012
Réponse publiée le 5 février 2013

partager