Deuxième séance du mardi 31 mars 2026
- Présidence de Mme Hélène Laporte
- 1. Lutte contre les fraudes sociales et fiscales
- Rappel au règlement
- Discussion des articles (suite)
- Après l’article 13
- Article 13 bis A
- Article 13 bis B
- M. Louis Boyard
- M. Benjamin Lucas-Lundy
- Amendement no 275
- Article 13 bis
- M. Louis Boyard
- Amendement no 328
- Rappel au règlement
- Suspension et reprise de la séance
- Article 13 bis (suite)
- Rappel au règlement
- Article 13 ter
- Après l’article 13 ter
- Amendement no 945
- Après l’article 14
- Suspension et reprise de la séance
- Rappel au règlement
- Après l’article 14 (suite)
- Rappel au règlement
- Après l’article 14 (suite)
- Rappels au règlement
- Article 15
- Suspension et reprise de la séance
- Rappel au règlement
- Article 15 (suite)
- Mme Élisa Martin
- Amendement no 489
- Sous-amendements nos 1146 et 1148, 1150
- Amendements nos 629, 630, 631 et 732, 541
- M. Éric Coquerel, président de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire
- Amendements nos 543, 730 et 731
- Rappels au règlement
- Après l’article 15
- Amendement no 490
- Rappel au règlement
- Après l’article 15 (suite)
- Sous-amendement no 1086
- Rappel au règlement
- Après l’article 15 (suite)
- Rappels au règlement
- Suspension et reprise de la séance
- Suspension et reprise de la séance
- 2. Ordre du jour de la prochaine séance
Présidence de Mme Hélène Laporte
vice-présidente
Mme la présidente
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à vingt et une heures trente.)
1. Lutte contre les fraudes sociales et fiscales
Suite de la discussion d’un projet de loi
Mme la présidente
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales (nos 2115, 2250 rectifié).
Rappel au règlement
Mme la présidente
La parole est à M. Louis Boyard, pour un rappel au règlement.
Mme Marie-Christine Dalloz
Ça commence !
M. Louis Boyard
Je le fonde sur l’article 50 du règlement, relatif à notre ordre du jour. Le compte rendu de la conférence des présidents de ce matin mentionne la possibilité d’une séance prolongée ce soir. Notre présidente de groupe, Mathilde Panot, a cependant échangé avec la présidente de l’Assemblée nationale, Mme Braun-Pivet, pour lui expliquer que ce n’est pas ce qui s’était dégagé de la majorité des membres de la conférence des présidents. Je souhaite donc connaître la position de cet hémicycle, et la vôtre en tant que présidente, sur l’idée d’une séance prolongée.
Mme la présidente
Ce matin, la conférence des présidents a voté sur plusieurs points. Le premier, vous devez le savoir, concerne le fait que les prises de parole ne doivent pas excéder une minute. Il a également été décidé de continuer d’accorder une prise de parole à un orateur pour et à un contre ; les chefs de groupe ont été invités à se prononcer sur l’opportunité de prolonger ou non la séance de ce soir, mais s’il doit y avoir une prolongée, ce sera uniquement parce qu’il restera un nombre mesuré d’amendements.
M. Louis Boyard
Très bien.
Mme Marie-Christine Dalloz
Très bonne réponse.
Discussion des articles (suite)
Mme la présidente
Cet après-midi, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles, s’arrêtant à l’amendement no 1028 après l’article 13.
Après l’article 13
Mme la présidente
Sur l’amendement no 537, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Je suis saisie de plusieurs amendements portant article additionnel après l’article 13. L’amendement no 1028 de M. Théo Bernhardt est défendu.
La parole est à M. Patrick Hetzel, rapporteur de la commission des affaires sociales, pour donner l’avis de la commission.
M. Patrick Hetzel, rapporteur de la commission des affaires sociales
Avis favorable.
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre du travail et des solidarités, pour donner l’avis du gouvernement.
M. Jean-Pierre Farandou, ministre du travail et des solidarités
Avis défavorable.
Mme la présidente
La parole est à M. Louis Boyard.
M. Louis Boyard
Cet amendement illustre assez bien l’absurdité de la position du Rassemblement national sur ce texte, qui consiste à demander aux organismes de protection sociale de produire toujours plus de documents et de récolter encore davantage de données.
Ces amendements, qu’ils viennent du Rassemblement national ou du bloc central, aux conséquences desquelles il n’a pas été suffisamment réfléchi, conduisent à surcharger les organismes de protection sociale sans leur donner de moyens supplémentaires. Or le traitement des dossiers leur prend déjà beaucoup de temps : ne craignez-vous pas de rallonger encore les délais de réponse ?
L’adoption de plusieurs amendements aura déjà pour conséquence de surcharger les organismes de protection sociale. Le Rassemblement national pourrait-il expliquer en quoi celui-ci n’aura pas le même effet ? M. le ministre peut-il nous répondre sur les différentes dispositions appliquées et nous garantir que des moyens seront donnés aux organismes de protection sociale pour éviter d’allonger encore les procédures ?
(L’amendement no 1028 est adopté.)
Mme la présidente
La parole est à M. Jordan Guitton, pour soutenir l’amendement no 537.
M. Jordan Guitton
J’irai dans le même sens que mon collègue Théo Bernhardt, qui se bat depuis le début de ce texte pour améliorer la lutte contre la fraude. Au bout de neuf ans de macronisme, nous de disposons toujours pas du moindre outil pour mener ce combat, faute de réelle volonté politique de s’y attaquer.
Cet amendement tend à donner des moyens supplémentaires aux organismes de sécurité sociale pour lutter contre la fraude, notamment la fraude à la résidence, en permettant d’accéder à certains fichiers. Une aide sociale doit se mériter. Les millions que nous perdons chaque année du fait de la fraude sociale, comme les milliards du fait de la fraude fiscale, sont autant de ressources que nous devons protéger : au Rassemblement national, nous voulons rendre leur argent aux Français. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et SOC.)
Mme Sandrine Runel
Alors commencez par rendre celui que vous avez pris !
M. Jordan Guitton
Il me semble primordial d’avoir la volonté politique de lutter contre la fraude, qu’elle soit sociale ou fiscale. C’est pourquoi nous créerons dès l’année prochaine, avec Marine Le Pen et Jordan Bardella, un ministère de la lutte contre la fraude. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Patrick Hetzel, rapporteur
Je serai cohérent avec ce que je vous ai indiqué en commission, lors de l’examen de l’article 28, à savoir que je souhaitais que l’on restreigne l’accès à ces fichiers.
Le fichier des compagnies aériennes et aéroportuaires, dit fichier PNR (données des dossiers passagers), a été développé dans deux objectifs très précis : lutter contre le grand banditisme et la grande criminalité. C’est la raison pour laquelle je ne souhaite pas que l’on étende l’accès à ce fichier. En cohérence, j’émets un avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Jean-Pierre Farandou, ministre
Les organismes de sécurité sociale sont déjà autorisés à échanger entre eux, ainsi qu’avec d’autres administrations, pour recueillir des indices de non-résidence en France. Avec l’administration fiscale, par exemple, leurs agents de contrôle peuvent utiliser le droit de communication aux tiers qui leur permet d’obtenir auprès de fournisseurs de services ou de banques des informations normalement couvertes par le secret professionnel.
Par ailleurs, le droit actuel permet déjà aux caisses de suspendre le versement des prestations en cas de départ à l’étranger lorsque les bénéficiaires ne fournissent pas les justificatifs demandés ou ne répondent pas aux sollicitations.
En conséquence, je considère que votre amendement ne permettrait pas véritablement de renforcer l’efficacité des contrôles. J’émets donc un avis défavorable.
Mme la présidente
La parole est à Mme Sandrine Runel.
Mme Sandrine Runel
Monsieur Guitton, si vous voulez rendre l’argent aux Français, arrêtez de le voler au Parlement européen. (Protestations sur les bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 537.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 64
Nombre de suffrages exprimés 64
Majorité absolue 33
Pour l’adoption 29
Contre 35
(L’amendement no 537 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La parole est à M. Pierre Meurin, pour soutenir l’amendement no 918.
M. Pierre Meurin
L’amendement tend à lutter contre la fraude au compte personnel de formation (CPF) dans le cadre de l’examen du permis de conduire, en conditionnant le bénéfice du CPF à la transmission d’une attestation d’inscription dans une auto-école traditionnelle agréée.
Malheureusement, l’amendement se trouve inséré au mauvais endroit dans le code du travail. (Exclamations sur les bancs du groupe EcoS.) Je le présente donc comme un amendement d’appel.
Le texte fait l’impasse sur la concurrence déloyale très forte que subissent les auto-écoles de la part de plateformes comme Ornikar. J’en profite donc pour interroger le rapporteur et le ministre sur les moyens qu’ils comptent prendre pour défendre les auto-écoles traditionnelles.
M. Benjamin Lucas-Lundy
Des auto-écoles de souche !
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Patrick Hetzel, rapporteur
Vous avez vous-même scellé le sort de l’amendement puisqu’il y a un écart, en effet, entre l’exposé sommaire qui en est fait et sa rédaction. Sur le plan juridique, l’amendement se rapporte strictement au financement du permis poids lourd.
Je me permets tout de même d’apporter deux précisions. Sur le fond, il faut évidemment lutter contre la fraude au CPF. Néanmoins, je ne suis pas certain que le seul contrôle de l’attestation d’inscription soit un moyen efficace d’y parvenir.
Je voudrais par ailleurs insister sur le fait que votre amendement ne prend pas en compte une modification apportée très récemment par la loi de finances pour 2026 au financement du permis B par le CPF, cette aide étant désormais réservée aux seuls demandeurs d’emploi. C’est pourquoi, puisque vous avez vous-même parlé d’un amendement d’appel, je vous invite à le retirer ; à défaut, j’émettrai un avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Jean-Pierre Farandou, ministre
Même avis.
(L’amendement no 918 est retiré.)
Article 13 bis A
Mme la présidente
La parole est à M. Louis Boyard.
M. Thibault Bazin
Ça faisait longtemps.
M. Louis Boyard
Cela devient une tradition : répéter inlassablement les questions auxquelles vous ne répondez pas. Cela étant, peut-être avez-vous pu obtenir des précisions pendant la pause sur le montant de 1,5 milliard d’euros de recettes annoncé par le premier ministre ? Quelles sont vos projections ? D’où sortez-vous ce chiffre ? Le Haut Conseil des finances publiques affirme, pour sa part, qu’il ne s’agit pas de 1,5 milliard, mais de seulement 1 milliard. Le premier ministre se serait-il emballé ?
Monsieur le ministre du travail, pourriez-vous nous préciser la décomposition de ce montant que vous êtes censé récupérer ? Quelle est la part que vous comptez recouvrer au titre de la fraude fiscale et celle au titre de la fraude sociale ? Je m’étonne que vous ne soyez pas capable de nous répondre. Ce faisant, suggéreriez-vous que le premier ministre aurait menti ? Nous attendons des réponses.
Mme la présidente
La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy.
M. Benjamin Lucas-Lundy
Je prolonge les questions de M. Boyard, qui me semblent fondamentales.
Cela fait des heures, des jours que nous débattons de ce texte. Comment le résumer ? Son titre traite de la fraude sociale et fiscale, mais c’est un peu comme un pot-au-feu dont vous auriez retiré la viande : il ne reste que les légumes. Si votre obsession pour la fraude sociale est évidente, c’est loin d’être aussi flagrant pour la fraude fiscale.
Notre collègue Louis Boyard a posé une question importante sur l’estimation des montants que vous comptez récupérer. Nous ne sommes pas ici uniquement pour offrir une tribune à ceux qui, comme le Rassemblement national vient de le faire, cherchent à produire des tracts pour stigmatiser et jeter la suspicion, notamment sur les plus précaires.
Nous devons au contraire savoir si ce que nous faisons ici depuis des jours est utile, pour les finances publiques comme pour la société. Notre sentiment, c’est que ce ne l’est pas.
Les débats que nous avons eus autour de la simplification, il y a quelques semaines, étaient du reste tout aussi lunaires. Et voilà que le Rassemblement national, par un amendement mal rédigé, propose d’ajouter des formulaires et des attestations, notamment pour les auto-écoles ! C’est la simplification pour tout le monde, sauf pour les plus précaires. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)
Mme la présidente
La parole est à M. Thibault Bazin.
M. Thibault Bazin
Il est un peu dommage de ne pas parler de l’article 13 bis A ! J’entends mes collègues répéter la même question : « Combien ce projet de loi va-t-il rapporter ? ». (Exclamations sur quelques bancs du groupe EcoS.)
Pour ma part, j’espère bien qu’à terme, il ne rapportera rien ! Pour la simple et bonne raison qu’un arsenal législatif adapté permettra de prévenir les fraudes et d’en dissuader les auteurs, ce qui fera réaliser des économies à l’État car il n’aura plus besoin d’autant de moyens pour le recouvrement.
Ces économies pourront être réinjectées dans notre système de protection sociale. Plutôt que de répéter sans cesse la même question, aidez-nous à lutter contre la fraude ! C’est une question de justice sociale, et c’est bien ce qui nous intéresse. (Mme Justine Gruet applaudit.)
Mme la présidente
L’amendement no 809 de M. le rapporteur est rédactionnel.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Jean-Pierre Farandou, ministre
Avis favorable.
Mme la présidente
La parole est à M. Louis Boyard.
M. Louis Boyard
Je m’étonne de la position prise par le rapporteur général de la commission des affaires sociales.
M. Thibault Bazin
Ne faites pas l’étonné ! (Sourires.)
M. Louis Boyard
Je vous ai connu extrêmement rigoureux et pointilleux. La question de savoir combien ce texte va rapporter à la sécurité sociale est cruciale, d’autant que vous vous étonnez vous-même systématiquement du déficit ; il est donc primordial d’être fixé.
M. Thibault Bazin
Mais s’il n’y a plus de fraude demain !
M. Louis Boyard
Par ailleurs, vous avez parlé de faire des économies. Sur ce point également, nous avons posé plusieurs questions et je suis certain que vous aurez les réponses, tant votre expertise est grande. (M. Thibault Bazin sourit.) Comment se fait-il que, d’un point de vue budgétaire, on ait diminué les moyens de lutte contre la fraude fiscale, qui rapporte des centaines de milliards d’euros, tout en augmentant ceux de la lutte contre la fraude sociale, alors qu’elle rapporte dix ou cent fois moins ?
Même sous l’angle de la rationalité budgétaire, vous conviendrez que cela n’a absolument aucun sens. Mon cher collègue, vous ne pouvez pas invoquer l’argument budgétaire : si c’était votre critère, nous serions en train d’examiner un texte composé aux deux tiers de mesures sur la fraude fiscale et d’un tiers sur la fraude sociale. Or nous faisons exactement l’inverse ; c’est la politique menée par Emmanuel Macron depuis dix ans.
(L’amendement no 809 est adopté.)
(L’article 13 bis A, amendé, est adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de deux demandes de scrutin public : sur l’amendement no 328, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire ; sur l’amendement no 275, par le groupe Droite républicaine.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Article 13 bis B
Mme la présidente
La parole est à M. Louis Boyard.
M. Louis Boyard
Nous avons des désaccords, c’est normal et il faut le respecter. Vous nous reprochez souvent de chercher le conflit mais c’est de la conflictualité que naît la pensée : il faut donc assumer certaines contradictions. En l’espèce, avons-nous un débat contradictoire quand il nous est impossible d’obtenir la moindre réponse à nos questions ?
M. Thibault Bazin
Il ne parle pas de l’article !
M. Louis Boyard
Mes chers collègues, je n’attends pas de réponse de votre part – cela fait déjà quelques années que je siège dans cet hémicycle et j’ai revu mes attentes à la baisse. En revanche, j’ai le droit d’attendre des réponses de la part du gouvernement. Le premier ministre de la nation a annoncé que le texte sur lequel nous débattons depuis maintenant dix jours rapportera 1,5 milliard d’euros. Je le répète, par rapport au budget de l’État, cela représente, pour une personne au smic, l’équivalent d’une pièce de 2 euros. Je m’étonne cependant que le ministre du travail ne soit même pas capable de justifier ce chiffre. Nous cachez-vous quelque chose ? Nous mentez-vous ou bien le premier ministre se serait-il trompé ? Pourquoi ce silence troublant ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Thibault Bazin
Vous avez l’air très troublé, en effet !
Mme la présidente
La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy.
M. Benjamin Lucas-Lundy
Je partage le trouble de notre collègue Boyard. Permettez-moi d’y revenir un instant. Les questions qui vous sont posées depuis des jours sont précises. Je le répète, l’Assemblée nationale n’est pas un théâtre.
M. Thibault Bazin
On en a pourtant l’impression, à vous écouter !
M. Benjamin Lucas-Lundy
Elle n’est pas le lieu où l’on vient brandir son tract pour préparer je ne sais quelle campagne, présidentielle ou autre.
M. Thibault Bazin
Et l’article 13 bis B, vous en parlez ?
M. Benjamin Lucas-Lundy
Elle est un lieu où l’on fait la loi au nom de l’intérêt général, notamment pour répondre à des problèmes que l’on perçoit dans la société. En l’occurrence, nous avons identifié, surtout depuis que M. Macron est aux affaires, un vrai problème de fraude fiscale, contre lequel vous ne faites rien,…
M. Thibault Bazin
C’est faux !
M. Benjamin Lucas-Lundy
…si ce ne sont des déclarations verbeuses à n’en plus finir, le torse bombé et orné de peintures de guerre semblant dire qu’on allait voir ce qu’on allait voir ! Pendant ce temps, la fraude fiscale continue, privant ainsi de milliards d’euros les services publics et les politiques de solidarité les plus essentielles pour les jeunes, les précaires, les personnes âgées. Par contre, vous réquisitionnez l’Assemblée nationale depuis des jours et des nuits, tout cela pour stigmatiser les plus précaires, raconter qu’il y aurait de la fraude partout, et jeter la suspicion sur celles et ceux qui galèrent dans la vie. C’est insupportable.
Mme la présidente
La parole est à Mme Justine Gruet, pour soutenir l’amendement no 275.
Mme Justine Gruet
Monsieur Boyard, monsieur Lucas-Lundy, vous parlez de théâtre, mais pas du tout de l’article 13 bis B. Vous vous contentez de prendre la parole sur chaque article, alors que les Français attendent de nous un vrai travail de fond – les Français qui respectent les lois ne veulent pas que des gens fraudent.
M. Louis Boyard
Nous faisons des points d’étape !
Mme Justine Gruet
Le répertoire de gestion des carrières unique (RGCU) a vocation à rassembler l’ensemble des données de carrière des assurés afin de sécuriser les droits qui en découlent. Or dans les faits, l’alimentation de ce répertoire demeure hétérogène selon les caisses, ce qui peut entraîner des lacunes ou des incohérences dans les parcours individuels.
Avec l’intégration du passeport de compétences au compte personnel de formation, la fiabilité de ces données devient un enjeu essentiel, des erreurs sur les données de carrière pouvant entraîner des droits mal calculés, des contrôles moins efficaces, et, parfois, des contentieux inutiles.
Cet amendement vise donc à poser clairement l’obligation, pour toutes les caisses de retraite, de transmettre les données de carrière au RGCU selon des règles harmonisées. Il apporterait de la sécurité juridique et de la simplification pour les assurés comme pour les administrations.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Patrick Hetzel, rapporteur
Nous en avons déjà discuté en commission, madame Gruet. Votre amendement vise à rendre obligatoire la transmission de données exhaustives et mises à jour régulièrement au répertoire de gestion des carrières uniques.
Tout d’abord, l’objectif de votre amendement concerne davantage la qualité et la fiabilité des données contenues dans le registre que la lutte contre la fraude. Ensuite, il cherche à résoudre par la loi des difficultés techniques, opérationnelles et financières. Je ne dis pas que ce n’est pas important mais que cela ne relève pas de la loi.
Dans son rapport de décembre 2024 sur le répertoire de gestion des carrières unique, la Cour des comptes soulignait la lourdeur des opérations de migration à opérer, du fait du grand nombre de données à transférer, de la complexité dans la gouvernance des projets ainsi que d’un manque de visibilité financière. Le déploiement complet de la base est prévu pour 2028. Même si c’est plus long que ce que l’on pouvait imaginer initialement, les travaux sont en cours et je pense que la loi ne changera que peu de choses à ce stade. Je vous invite donc à retirer votre amendement ; à défaut, j’émettrai un avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Jean-Pierre Farandou, ministre
Même avis.
Mme la présidente
La parole est à Mme Justine Gruet.
Mme Justine Gruet
Je maintiens mon amendement. J’avais interpellé le ministre Amiel au sujet de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL), auprès de laquelle nos concitoyens ont du mal à avoir accès à un interlocuteur privilégié. Bien souvent, cet organisme les invite à ouvrir leurs droits à la retraite avant de savoir à quelle pension ils peuvent prétendre. Une fois que les droits sont ouverts, aucun retour en arrière n’est possible.
Je comprends la nécessité d’accélérer les choses et le fait que la loi changera peu de choses par rapport au niveau réglementaire. Toutefois, c’est le rôle de notre Assemblée d’apporter plus de lisibilité à nos concitoyens afin de sécuriser le parcours vers l’ouverture des droits à la retraite.
Mme la présidente
La parole est à M. Matthias Tavel.
M. Matthias Tavel
Cet amendement me pose problème, madame Gruet, non pas sur le principe car nous conviendrons tous que ceux qui ont travaillé toute leur vie doivent pouvoir bénéficier des mécanismes qui permettent de reconstituer les carrières hachées, entrecoupées par des mutations ou autres, mais sur la place de telles dispositions dans un texte relatif à la fraude. Vous êtes en train d’expliquer, sans doute à votre corps défendant, que le salarié qui a essayé de reconstituer sa carrière en rassemblant les boulots qu’il a eus ici ou là, pour arriver à faire valoir tous ses droits, est un fraudeur potentiel ou un suspect. Je ne pense pas que ce soit votre intention mais en tout cas, cela n’a rien à faire dans ce texte. Vous feriez mieux de retirer cet amendement, par respect pour tous les travailleurs, qui méritent d’avoir droit à une retraite complète.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 275.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 101
Nombre de suffrages exprimés 96
Majorité absolue 49
Pour l’adoption 48
Contre 48
(L’amendement no 275 n’est pas adopté.)
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
(L’article 13 bis B est adopté.)
Article 13 bis
Mme la présidente
La parole est à M. Louis Boyard.
M. Louis Boyard
Je profite de cette inscription à l’article pour reposer ma question au ministre du travail. Il est assez étrange que le premier ministre annonce un chiffre et que vous ne soyez même pas capable de le justifier. Est-ce que le premier ministre cite des chiffres au hasard devant le peuple français ? Cela me paraît ahurissant. En attendant que vous trouviez la fiche correspondante, je vous informe qu’il serait pour nous envisageable de voter l’article 13 bis, qui est un ajout du Sénat.
M. Thibault Bazin
Le disque est rayé !
M. Louis Boyard
Seulement, pour qu’il soit encore plus efficace, nous aimerions que l’amendement no 328, qui permettrait notamment de recueillir certaines données et informations – nous aurons l’occasion de le présenter plus en détail –, soit adopté.
Vous nous reprochez de ne pas nous intéresser au texte. Je ne suis pas d’accord : nous sommes au contraire les seuls à défendre nos amendements, lesquels ne sont pas écrits par le Medef,…
M. Thibault Bazin
C’est n’importe quoi ! C’est honteux de dire ça !
M. Louis Boyard
…et nous sommes capables de proposer des amendements constructifs. S’il vous plaît, ne nous accusez pas d’être ce que nous ne sommes pas. Nous cherchons à faire notre travail de législateur, lequel consiste aussi à contrôler l’action du gouvernement. Monsieur le ministre, si vous retrouvez la fiche, n’hésitez pas à nous faire signe.
M. Thibault Bazin
Ne soyez pas méprisant !
M. Louis Boyard
De toute façon, il nous reste encore de nombreuses inscriptions aux articles pour vous reposer la question.
Mme la présidente
La parole est à M. Louis Boyard, pour soutenir l’amendement no 328.
M. Thibault Bazin
Il fait les questions et les réponses !
M. Louis Boyard
Certaines des informations transmises à la Caisse des dépôts (CDC) par le greffe des tribunaux de commerce, qu’il s’agisse du numéro Siren, de l’identité des dirigeants des entreprises ou des différentes affaires judiciaires, sont intéressantes pour lutter contre la fraude.
Afin de faciliter le travail de celles et ceux qui luttent contre la fraude, notamment au CPF, l’amendement vise à prévoir la consignation de ces informations. Vous allez me rétorquer que c’était bien la peine de vous bassiner avec la protection des données si c’était pour vous faire une telle proposition. C’est pourquoi, outre que nous avons vérifié la conformité de l’amendement avec le règlement général sur la protection des données (RGPD), nous souhaitons que ces informations ne soient conservées que pendant cinq ans avant d’être détruites. Je vous invite à adopter cet amendement d’équilibre, de coconstruction et de consensus.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Patrick Hetzel, rapporteur
L’amendement prévoit d’inscrire dans la loi l’obligation de consigner les informations. Néanmoins, la durée de conservation prévue par l’amendement, qui est de cinq ans, est largement en deçà de ce que prévoit le code du travail. L’article R.6323-39 dispose en effet qu’en matière de lutte contre la fraude au CPF, les données sont conservées pendant une durée de vingt ans à compter de leur enregistrement. Ainsi, votre amendement serait moins protecteur que le droit existant, raison pour laquelle j’émets un avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Jean-Pierre Farandou, ministre
Nous ne pouvons que partager l’intention de l’amendement. Les informations qui seront demandées ou transmises par les greffes des tribunaux de commerce à la Caisse des dépôts, dans le cadre de la lutte contre les abus et fraudes au compte personnel de formation, seront stockées au sein du concentrateur de données appelé Agora.
Plateforme d’échange de données de la formation professionnelle, Agora agrège en temps réel des informations dédiées au suivi des parcours de formation des individus, salariés ou demandeurs d’emploi, bénéficiant ou non d’un accompagnement en conseil en évolution professionnelle (CEP). Cette plateforme rassemble tous les acteurs de la formation professionnelle en France.
L’article 12 quater du présent projet de loi, qui vient d’être voté, ajoute à Agora une nouvelle finalité de partage des données relatives au recueil et au traitement de la fraude dans la gestion et les contrôles des actions de formation. Adossée au système d’information du CPF, Agora bénéficie des durées de conservation définies à l’article R.6323-39 du code du travail : « Dans le cadre des missions de lutte contre la fraude et de gestion du recouvrement, les données et informations […] peuvent être conservées [par la Caisse des dépôts] pendant une durée de vingt ans à compter de leur enregistrement dans le traitement ».
Par conséquent, je vous demande de retirer l’amendement ; à défaut, j’émettrai un avis défavorable.
Mme la présidente
La parole est à M. Louis Boyard.
M. Louis Boyard
J’entends les différents arguments qui ont été donnés. En revanche, je n’ai toujours pas la réponse à ma question, monsieur le ministre du travail, mais je m’obstine à vous la poser parce qu’elle me paraît trop importante pour être évitée.
Il n’est pas impossible que nous retirions l’amendement si nous obtenons les précisions que nous demandons. Toutes les informations ciblées dans cet amendement, à savoir celles des greffes des tribunaux de commerce transmises à la Caisse des dépôts, sont-elles déjà dans Agora ? Si tel est le cas, nous serions prêts à retirer notre amendement. Dans le cas contraire, nous pourrions suspendre la séance – je sais que cela fera plaisir à nos collègues – afin de déposer un sous-amendement pour nous aligner sur la durée de vingt ans.
Par ailleurs, nous n’avons droit qu’à deux suspensions par séance : il serait donc équitable qu’elle soit demandée cette fois par le gouvernement – ce serait donnant-donnant.
M. Thibault Bazin
Ce n’est pas Noël aujourd’hui !
M. Louis Boyard
Je ne peux pas faire plus constructif que ça. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 328.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 120
Nombre de suffrages exprimés 90
Majorité absolue 46
Pour l’adoption 42
Contre 48
(L’amendement no 328 n’est pas adopté.)
Rappel au règlement
Mme la présidente
La parole est à M. Louis Boyard, pour un rappel au règlement.
M. Louis Boyard
Nous sommes déterminés à travailler à un consensus sur l’amendement précédent. Serait-il possible de suspendre la séance pour obtenir des précisions au sujet des informations transmises par les greffes à la Caisse des dépôts et voir s’il serait possible de demander une seconde délibération avec un sous-amendement ? Comme le gouvernement ne daigne pas le faire – c’est la preuve qu’il n’est pas animé d’un esprit de coconstruction et qu’il faut le censurer, nous l’avons toujours dit –, nous demandons une suspension de séance.
Mme la présidente
La suspension est de droit. C’est donc la première et je suspends pour cinq minutes.
Suspension et reprise de la séance
Mme la présidente
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à vingt-deux heures, est reprise à vingt-deux heures cinq.)
Mme la présidente
La séance est reprise.
Article 13 bis (suite)
Mme la présidente
L’amendement no 439 de Mme Félicie Gérard est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Patrick Hetzel, rapporteur
L’amendement vise à supprimer les dispositions qui permettent à la Caisse des dépôts de recevoir des informations des établissements bancaires en cas de soupçons de manœuvres frauduleuses sur le compte d’un organisme de formation. Vous avez raison de souligner un risque de confusion préjudiciable entre le dispositif prévu dans la rédaction actuelle de l’article et celui existant.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai déposé l’amendement n° 942, qui répond à l’alerte de Tracfin sur ce point. Il ne supprime pas la possibilité pour la Caisse des dépôts de dialoguer avec les établissements bancaires mais la nouvelle rédaction que je propose permettrait à la Caisse de disposer d’informations en cas de soupçons de fraude sans que le secret bancaire ne soit opposable.
Je vous propose de retirer votre amendement, dans la mesure où le mien me semble plus complet et assurer un meilleur équilibre entre les objectifs à atteindre et les principes à respecter.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Jean-Pierre Farandou, ministre
Défavorable.
Mme la présidente
La parole est à Mme Félicie Gérard.
Mme Félicie Gérard
Je retire l’amendement.
M. Louis Boyard
Il est repris.
M. Thibault Bazin
Vous n’allez même pas le voter !
(L’amendement no 439 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Sur l’article 13 bis, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Je suis saisie de plusieurs amendements nos 612, 942 et 640, pouvant être soumis à une discussion commune.
L’amendement no 942 fait l’objet d’un sous-amendement.
L’amendement no 612 de Mme Nathalie Colin-Oesterlé est défendu.
La parole est à M. le rapporteur, pour soutenir l’amendement no 942.
M. Patrick Hetzel, rapporteur
Il s’agit-là du fameux amendement de réécriture dont je vous parlais. Il a été travaillé avec Tracfin, qui nous a alertés, et la Caisse des dépôts.
La rédaction actuelle présente un risque de confusion avec l’obligation existante de déclaration de soupçons d’opérations délictuelles auprès de Tracfin. L’amendement lève ce doute en ce qu’il permet à la Caisse des dépôts de disposer d’informations liées à des opérations potentiellement frauduleuses d’organismes de formation.
Mme la présidente
La parole est à Mme Marie-Christine Dalloz, pour soutenir le sous-amendement no 1102.
Mme Marie-Christine Dalloz
Ce sous-amendement de Nicolas Ray tend à préciser l’amendement de notre excellent rapporteur M. Patrick Hetzel afin de renforcer l’efficacité des mesures de lutte contre la fraude au compte personnel de formation. La Caisse des dépôts, Tracfin et la Fédération bancaire française ont travaillé ce sous-amendement.
Mme la présidente
La parole est à M. Thibault Bazin, pour soutenir l’amendement no 640.
M. Thibault Bazin
J’attire votre attention sur une petite subtilité. Cet amendement n’a pas vocation à se substituer à l’amendement n° 942 du rapporteur, mais plutôt à le compléter puisqu’il introduit un paragraphe I à l’article L. 6333-7-4 du code du travail. Je souhaite que les services de la séance s’assurent qu’il s’agit bien d’un élément complémentaire, puisque ce n’est pas exactement le même sujet.
Il vise à substituer à l’obligation déclarative directe des établissements financiers auprès de la CDC une obligation d’information de celle-ci par Tracfin lorsqu’une infraction liée au compte personnel de formation est constatée ou soupçonnée.
Cette évolution permettrait de maintenir un haut niveau de protection des fonds publics, tout en évitant les doublons déclaratifs, en sécurisant les échanges d’informations et en garantissant une meilleure efficacité de la chaîne de traitement du renseignement financier.
Je soutiens l’amendement du rapporteur sous-amendé et je vous invite à adopter également cet amendement complémentaire.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Patrick Hetzel, rapporteur
Avis défavorable à l’amendement no 612. Je suis bien entendu favorable à l’amendement no 942 tel qu’il serait sous-amendé. Je parle sous le contrôle du service de la séance mais il me semble que son adoption ferait tomber l’amendement no 640, que j’invite donc M. Bazin à retirer. À défaut, avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Jean-Pierre Farandou, ministre
Sur l’amendement no 612, le gouvernement émettra un avis favorable, car cette mesure de clarification n’emporte pas de modification au fond. Nous sommes, bien sûr, favorables à l’amendement no 942 présenté par le rapporteur et au sous-amendement no 1102. Il nous semble également que l’amendement no 640 tomberait du fait de l’adoption de l’amendement no 942.
Mme la présidente
La parole est à M. Ugo Bernalicis.
M. Ugo Bernalicis
Il y a un truc que je ne pige pas. J’ai peut-être raté un épisode, mais les déclarations de soupçons sont normalement directement adressées à Tracfin. Comment la Caisse des dépôts peut-elle se transformer en sous-Tracfin, en sous-service de renseignement sans avoir les garanties, les habilitations, les prérogatives, les méthodes, la formation, le cloisonnement que nécessite la transmission de ce type d’informations ?
Il y a vraiment un truc que je ne comprends pas. On a déjà connu des problèmes avec Tracfin lorsque notre collègue Carlos Martens Bilongo a été victime d’ingérences étrangères. Ce n’était pas hypercarré au sein de Tracfin, alors imaginez avec la Caisse des dépôts ! Certains dossiers seront-ils transmis alors que d’autres seront traités avec mansuétude ? On parle quand même d’éléments qui ne sont pas très précis, de simples soupçons. La Caisse des dépôts va-t-elle rompre toute relation sur la base d’un soupçon sans qu’il soit avéré, formalisé, cadré, recoupé ? On ne peut pas valider sans débat la transformation de la Caisse des dépôts en service de renseignement !
(L’amendement no 612 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix le sous-amendement no 1102.
(Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 133
Nombre de suffrages exprimés 131
Majorité absolue 66
Pour l’adoption 83
Contre 48
(Le sous-amendement no 1102 est adopté.)
(L’amendement no 942, sous-amendé, est adopté ; en conséquence, l’amendement no 640 tombe.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’article 13 bis amendé.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 137
Nombre de suffrages exprimés 136
Majorité absolue 69
Pour l’adoption 114
Contre 22
(L’article 13 bis, amendé, est adopté.)
Rappel au règlement
Mme la présidente
La parole est à M. Ugo Bernalicis, pour un rappel au règlement.
M. Ugo Bernalicis
Il se fonde sur l’article 100. Je rappelle que le non-respect de l’obligation de clarté et de sincérité des débats est un motif de censure du Conseil constitutionnel. J’ai l’impression qu’on ne sait pas sur quoi on a voté.
M. Thibault Bazin
Nous, nous savons !
M. Ugo Bernalicis
Nous venons de voter la transmission de déclarations de soupçon à la Caisse des dépôts alors que celle-ci n’est pas un organisme de renseignement. Qu’est-ce qu’on est en train de faire ? Nous n’avons obtenu aucune réponse du ministre.
Mme la présidente
Il ne s’agit pas de l’article 100.
M. Ugo Bernalicis
Mais si !
Mme la présidente
Il ne vous a pas échappé que chacun est libre de sa parole. Si le ministre veut intervenir, il me le fait savoir, tout comme les rapporteurs.
Mme Marie-Christine Dalloz
Bravo !
M. Ugo Bernalicis
Mais regardez l’article 100 !
Mme la présidente
Chacun est libre de sa parole, vous êtes d’accord avec moi ?
M. Ugo Bernalicis
Ce n’est pas le sujet !
Mme la présidente
Mais si, c’est bien le sujet. Si le ministre veut vous répondre, il demande la parole.
Mme Mathilde Panot
Nous avons le droit de l’interpeller !
M. Bertrand Sorre
Ne mettez pas en cause la présidence !
Mme la présidente
Madame Panot, chacun prend ses responsabilités.
M. Ugo Bernalicis
Lisez donc l’alinéa 5 de l’article 100 !
Mme la présidente
Monsieur Bernalicis, je vous ai déjà répondu : le ministre prend la parole s’il le souhaite. N’insistez pas.
Article 13 ter
Mme la présidente
La parole est à M. Louis Boyard.
M. Louis Boyard
Je comprends les inquiétudes de M. Bernalicis : la sincérité des débats est essentielle. Or les ministres présents ne nous répondent même pas sur la manière dont le gouvernement est parvenu au chiffre de 1,5 milliard d’euros de recettes attendues.
Nous venons de poser plusieurs questions pour éclairer notre vote, et je suis sûr que la plupart de nos collègues s’interrogent eux aussi. C’est normal : personne n’a la science infuse. Chacun d’entre nous est en droit d’obtenir des réponses précises.
Par ailleurs, quel est l’enjeu de l’article 13 ter ? À de nombreuses reprises, vous nous avez assuré que nos demandes étaient satisfaites. Or si des entreprises utilisent indûment un label dans un message publicitaire – c’est-à-dire une mention de nature à induire en erreur –elles peuvent déjà être sanctionnées par une amende de 4 500 euros. Cette disposition existe donc d’ores et déjà.
De la même manière, les organismes qui proposent des actions de formation professionnelle sans avoir déposé une déclaration d’activité auprès de l’autorité administrative encourent la même amende. Vous participez donc à l’inflation normative, alors même que tous les juristes nous mettent en garde contre cette dérive. Je vous appelle à voter contre l’article 13 ter.
Mme la présidente
La parole est à Mme Sandrine Runel.
Mme Sandrine Runel
À juste titre, M. Boyard a posé à de nombreuses reprises les mêmes questions, et personne ne lui répond.
Mme Marie Pochon
De très bonnes questions !
Mme Sandrine Runel
Je vais donc partager avec mes collègues Insoumis quelques éléments de réponse : c’est la preuve que tout se passe bien entre nous. (Sourires.) Le Haut Conseil du financement de la protection sociale (HCFIPS) – ce n’est pas n’importe quelle source ! – estime le rendement du projet de loi à 2,3 milliards d’euros. Je ne connais pas vos relations avec M. Lecornu ni s’il vous a communiqué ce chiffre de 1,5 milliard,…
M. René Pilato
Il l’a déclaré dans la presse !
Mme Sandrine Runel
…mais les estimations du HCFIPS sont différentes. Quel est le bon chiffre ?
M. Thibault Bazin
Ça dépend du nombre de fraudeurs !
Mme Sandrine Runel
En revanche, le chiffre que tout le monde connaît, et qui est significatif, c’est celui de la fraude fiscale : entre 80 et 100 milliards d’euros. Voilà, nul besoin de participer à « Questions pour un champion » pour faire la différence entre les deux enjeux et comprendre que la question de la fraude fiscale mériterait davantage d’attention. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC.)
(L’article 13 ter est adopté.)
Après l’article 13 ter
Mme la présidente
La parole est à M. le rapporteur, pour soutenir l’amendement no 945, portant article additionnel après l’article 13 ter.
M. Patrick Hetzel, rapporteur
Il vise à permettre la publicité des sanctions prononcées par l’administration en cas de manœuvre frauduleuse ou de manquement à la réglementation dans le champ de la formation professionnelle.
Il s’agit d’une question majeure et sensible. L’objectif de cette mesure est double : d’une part, dissuader les organismes qui s’exposeraient, en cas de fraude, à une peine de réputation ; d’autre part, améliorer la transparence et l’information à destination du public comme des professionnels.
L’enjeu est donc bien, une fois encore, de prévenir la fraude, dans le droit fil des propos de notre collègue Thibault Bazin, qui rappelait à juste titre l’importance de développer des dispositifs dissuasifs.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Jean-Pierre Farandou, ministre
Cet amendement vise à éviter que des jeunes, en particulier, ne deviennent les usagers d’organismes de formation délictueux ou peu scrupuleux. L’obligation de rendre publiques les sanctions contribuera à éviter que des jeunes ne s’engagent dans des études ou des formations très éloignées de leurs attentes et des nôtres. Avis favorable.
Mme la présidente
La parole est à M. Louis Boyard.
M. Louis Boyard
M. le rapporteur sait nous séduire, en invoquant la transparence et l’information : c’est justement ce que nous attendons du gouvernement, sans avoir malheureusement obtenu ni l’une ni l’autre. Dans ces conditions, votre attitude ne nous incite pas à voter cet amendement.
Sur le principe, la publicité de la sanction est une bonne chose, mais sur quels supports sera-t-elle publiée ? Sur des panneaux d’affichage dans des bâtiments publics ? Sur internet ? Et dans ce cas, comment sera organisé le référencement ? Ma question est très concrète : si vous voulez que la publicité soit réellement dissuasive, elle doit être visible.
Or tout le monde ne consulte pas Légifrance avec la même assiduité que les députés du groupe La France insoumise, qui participent d’ailleurs très activement au débat en apportant des arguments de fond.
Enfin, je n’oublie pas la transparence et l’information que nous attendons toujours des ministres sur deux points précis : le chiffrage des recettes attendues à hauteur de 1,5 milliard d’euros, et les causes des fuites de données du fichier Ficoba. Monsieur le ministre des comptes publics, vous ne m’avez toujours pas répondu, alors que vous vous y étiez engagé il y a quelques mois. (Mme Mathilde Panot applaudit.)
Mme Marie-Christine Dalloz
Laissez-lui le temps de répondre !
Mme la présidente
La parole est à M. le rapporteur.
M. Patrick Hetzel, rapporteur
Monsieur Boyard, si vous aviez étudié attentivement la rédaction de l’amendement, vous auriez lu la fin : « dans des conditions fixées par décret en Conseil d’État. » La réponse à votre question s’y trouvait donc déjà.
M. Manuel Bompard
Mais non, on ne peut pas dire ça !
M. Patrick Hetzel, rapporteur
Je vois très bien les manœuvres dilatoires qui consistent à faire traîner le débat, tout en déplorant ensuite que nous y passions des heures. Mais enfin, pourquoi y passons-nous des heures ? Vous en êtes le principal responsable. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RN, EPR et DR.) Le pompier pyromane, ça va bien ! Les choses sont parfaitement claires.
Mme Marie-Christine Dalloz
Très bien !
M. Louis Boyard
C’est le ministre qui va prendre le décret, il pourrait répondre !
(L’amendement no 945 est adopté.)
Après l’article 14
Mme la présidente
Nous en venons à des amendements portant article additionnel après l’article 14.
L’amendement no 932 de M. Laurent Baumel est défendu.
La parole est à M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire, à laquelle la commission des affaires sociales a délégué l’examen des articles 1er, 1er bis, 3 à 3 ter, 9, 9 bis, 14, 15, 18 à 20 quater et 23 à 23 ter, pour donner l’avis de la commission.
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire
Cet amendement permettra de sécuriser l’application du texte. Avis favorable.
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l’action et des comptes publics, pour donner l’avis du gouvernement.
M. David Amiel, ministre de l’action et des comptes publics
Même avis. Cet amendement vise à sécuriser l’application d’un prélèvement de 45 % au titre de la contribution sociale généralisée (CSG) sur les revenus illicites, dans le droit fil du débat que nous avions eu avant la pause parlementaire. La modification proposée par M. Baumel permet en effet de sécuriser juridiquement l’application de ce taux, en prévoyant une majoration qui serait portée de 25 % à 80 %, afin d’atteindre effectivement un prélèvement global de 45 %.
Mme la présidente
La parole est à M. Manuel Bompard.
M. Manuel Bompard
Je reviens sur la dernière intervention du rapporteur, pour venir en soutien de mon collègue Boyard, qui vous a posé une question très précise sur les modalités concrètes de la publicité de la sanction. Monsieur le rapporteur, vous prétendez que nous avions déjà la réponse à notre question, sous prétexte que l’amendement renvoie à un décret. Mais ce n’est pas la question qui vous était posée. M. Boyard ne vous a pas demandé si les modalités seraient fixées par décret ; il vous a demandé quelles seraient concrètement ces modalités. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Lorsque nous vous posons des questions précises, merci de nous répondre sur le fond, plutôt que de nous accuser de manœuvres dilatoires.
M. Louis Boyard
Exactement !
M. Manuel Bompard
Nous posons des questions pour éclairer notre vote. Pardonnez-nous de vouloir faire notre travail sérieusement ! Si vous voulez que le débat avance plus vite, il existe une méthode très simple : répondre à nos questions. Vous verrez que le débat avancera plus rapidement. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Marie Pochon applaudit également.)
M. Thibault Bazin
Ce n’est pas sûr, car vous poserez d’autres questions !
Mme la présidente
La parole est à M. le rapporteur.
M. Patrick Hetzel, rapporteur
Monsieur Bompard, vous savez pertinemment que la formule « dans les conditions fixées en Conseil d’État » permet de laisser la main au gouvernement. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Manuel Bompard
Justement, c’est ça, le problème !
M. Patrick Hetzel, rapporteur
Ce n’est donc pas à moi de répondre, et ne m’accusez pas de choses dont je ne suis absolument pas responsable.
M. Manuel Bompard
Je ne vous accuse pas, je demande au ministre de répondre !
M. Ugo Bernalicis
Il est juste derrière vous ! Là où c’est marqué « banc des ministres » !
(L’amendement no 932 est adopté.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Sandrine Runel.
Mme Sandrine Runel
Je demande une suspension de séance.
Mme la présidente
Elle est de droit. Je la fixe à deux minutes.
Suspension et reprise de la séance
Mme la présidente
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à vingt-deux heures vingt-cinq, est reprise à vingt-deux heures vingt-sept.)
Mme la présidente
La séance est reprise.
Rappel au règlement
Mme la présidente
La parole est à M. Louis Boyard, pour un rappel au règlement. Sur le fondement de quel article ?
M. Louis Boyard
Sur celui de l’article 70, alinéa 3, relatif aux mises en cause personnelles. En effet, j’ai mis en cause personnellement M. le rapporteur Hetzel qui a eu raison de s’en indigner, car il n’était pas responsable de l’absence de réponse à la question que je posais. C’était la responsabilité du seul gouvernement. Je présente donc mes excuses à M. Hetzel et je mets en cause personnellement le gouvernement, dont j’attends toujours la réponse à mes questions.
Après l’article 14 (suite)
Mme la présidente
La parole est à Mme Josiane Corneloup, pour soutenir l’amendement no 415, sur lequel je suis saisie d’une demande de scrutin public par le groupe Droite républicaine.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Mme Josiane Corneloup
Cet amendement de mon collègue Pauget vise à donner aux organismes sociaux la possibilité de supprimer le versement des prestations sociales et de procéder au recouvrement des sommes perçues par les narcotrafiquants qui auraient commis une ou plusieurs infractions de nature à avoir entraîné un enrichissement personnel.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Cet amendement et les deux suivants sont proches, c’est pourquoi j’émettrai un avis commun aux trois, pour les mêmes raisons.
Tout d’abord, les revenus issus de trafics sont déjà pris en compte dans le calcul des prestations sociales. Soit le calcul des prestations est fondé sur les éléments retenus pour l’impôt sur le revenu, soit il repose sur la prise en compte de l’ensemble des ressources, quelle qu’en soit la nature, y compris lorsqu’elles sont illicites.
Dès lors, votre amendement est, d’une certaine manière, déjà satisfait. Il en va de même des amendements suivants nos 1 et 414.
L’amendement no 415 tend à conditionner le remboursement des prestations indûment versées à un jugement pénal définitif. Si vous me permettez cette remarque, il me semble que vous confondez ici la logique pénale et la logique administrative alors qu’elles sont totalement indépendantes et donnent lieu à des procédures séparées.
Enfin, il manque quelques mots au premier alinéa de la rédaction que vous proposez, ce qui le prive de validité juridique.
Ainsi, l’amendement no 415 est satisfait et pose des problèmes légistiques ; par conséquent, l’avis de la commission est défavorable.
J’émets également un avis défavorable sur les amendements nos 1 et 414.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Jean-Pierre Farandou, ministre
L’amendement no 415 tend à prévoir la possibilité pour les organismes sociaux de supprimer le versement des prestations sociales et de recouvrer les sommes perçues par ceux ayant été condamnés pénalement pour des infractions de nature à les enrichir personnellement. La suppression automatique de l’ensemble des prestations sociales pour toute condamnation pénale sans distinction selon la nature et la gravité des actes commis qui pourraient toucher de près ou de loin la sphère sociale remettrait en cause le caractère proportionné et adapté de la sanction.
L’avis du gouvernement est donc défavorable sur l’amendement no 415 comme sur les amendements nos 1 et 414.
Mme la présidente
La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such.
Mme Sandrine Dogor-Such
Rejeter l’amendement no 415 et les suivants serait envoyer un mauvais signal car ils visent à protéger notre système de solidarité. Il est légitime que les prestations soient suspendues et que les sommes indûment perçues soient récupérées. C’est une question de justice à l’égard de tous ceux qui respectent les règles. Le rejeter serait faire preuve de tolérance face aux abus, tandis que l’adopter renforcerait la crédibilité et la pérennité de notre modèle social.
Vous qui siégez en face, si vous aimez notre modèle social, vous devriez adopter l’amendement no 415 et les amendements suivants. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
La parole est à M. Ugo Bernalicis.
M. Ugo Bernalicis
Je voudrais reprendre plus clairement, plus directement, l’argumentation de M. le rapporteur et de M. le ministre. En l’état actuel du droit, les personnes qui ont perçu de manière indue des prestations sociales parce qu’elles avaient des revenus sont déjà poursuivies pour récupérer les sommes versées indûment. Que voulez-vous de plus ? Il faut qu’on leur prenne ce qu’on leur prend déjà, c’est ça ? Pour faire de la com’ à deux balles dans l’hémicycle en affirmant qu’on sera ferme avec les trafiquants ? Arrêtez deux minutes !
Suspendre les versements futurs, c’est une autre histoire. Nous sommes encore dans un état de droit. Si vous prenez tout à un narcotrafiquant – et tant mieux si on lui a tout pris grâce à la procédure judiciaire parce qu’il a trafiqué – et qu’il n’a plus rien, peut-être a-t-il droit aux prestations sociales s’il recherche un emploi et fait ses quinze heures hebdomadaires comme France Travail le veut, etc. C’est comme cela que fonctionne notre pays.
Je vois que votre problème, c’est le trafic de stupéfiants. Si vous voulez que ce soit pris en compte dans le calcul des prestations, légalisez, vous verrez, ce sera tout de suite beaucoup plus simple.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 415.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 139
Nombre de suffrages exprimés 137
Majorité absolue 69
Pour l’adoption 54
Contre 83
(L’amendement no 415 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de deux amendements, nos 1 et 414, pouvant être soumis à une discussion commune.
La parole est à Mme Sylvie Bonnet, pour soutenir l’amendement no 1.
Mme Sylvie Bonnet
L’amendement d’Alexandra Martin vise à instaurer une règle de cohérence et de fermeté en excluant du bénéfice des prestations sociales les personnes dont l’implication dans un trafic de stupéfiants est établie et celles condamnées pour récidive, délit aggravé ou crime. Le maintien des allocations sociales pour des personnes vivant de revenus criminels constitue une fraude sociale manifeste qui ne peut plus être tolérée.
Mme la présidente
L’amendement no 414 de M. Éric Pauget est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Avis défavorable sur les amendements nos 1 et 414.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Jean-Pierre Farandou, ministre
Défavorable.
Mme la présidente
La parole est à M. Ugo Bernalicis.
M. Ugo Bernalicis
L’amendement no 415 est déjà satisfait dans l’état actuel du droit, mais les amendements nos 1 et 414 s’en éloignent : si quelqu’un est suspecté d’avoir des revenus illicites, couic ! On supprime les prestations sociales. J’aimerais que les collègues nous donnent des exemples de cas concrets qui suscitent de telles suspicions. Qui ces mesures concerneront-elles ? Où ? Pour quoi ? Manifestement, le retrait des prestations concerne toute la famille et touchera les enfants qui n’ont potentiellement rien à voir avec ce trafic. Soit ce ne sont que des effets de manche, soit vous êtes, comment dirais-je, malveillants, malhonnêtes…
Un député du groupe RN
Ceux qui sont malhonnêtes, ce sont les trafiquants de drogue !
M. Ugo Bernalicis
…cyniques, pervers, pour aller chercher le diable là où il n’est pas. Nous ne nous grandissons pas en ayant ce genre de discussions à l’Assemblée nationale et en défendant des amendements démagos qui sont en outre complètement inconstitutionnels.
(Les amendements nos 1 et 414, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Josiane Corneloup, pour soutenir l’amendement no 2.
Mme Josiane Corneloup
L’amendement d’Alexandra Martin concerne la falsification et le trafic de médicaments. Nous le savons, c’est un grave enjeu de santé publique car ce trafic est en forte progression. Ce commerce illicite, qu’il s’agisse de médicaments contrefaits ou de produits authentiques détournés, alimente des réseaux criminels très lucratifs et expose ceux qui les achètent à des risques sanitaires majeurs, notamment du fait de l’absence ou du surdosage de principes actifs.
Ces trafics reposent notamment sur des pratiques frauduleuses liées au système de protection sociale, telles que l’utilisation de fausses ordonnances, le prêt ou le détournement de carte vitale, ou bien encore la revente de médicaments obtenus légalement.
Le présent amendement vise à assimiler le trafic, la revente, le détournement ou le vol de médicaments à une fraude aux prestations sociales, lorsque les faits ont donné lieu à une condamnation pénale définitive.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Le dispositif que vous proposez est inapplicable du fait d’erreurs légistiques dans sa rédaction. Par exemple, le code de la santé publique auquel vous vous référez ne prévoit pas d’infraction de vol de médicaments.
M. Ugo Bernalicis
Eh oui !
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Vous prévoyez la suspension des prestations sociales quand une personne a déjà été sanctionnée pénalement. Cela revient à punir deux fois pour les mêmes faits, ce qui va à l’encontre d’un principe constitutionnel.
M. Ugo Bernalicis
Exactement !
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
L’avis de la commission est donc défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Jean-Pierre Farandou, ministre
On ne peut que partager l’intention de s’attaquer le plus rudement possible au trafic et au détournement de médicaments. Pour autant, nous sommes rattrapés par le droit et c’est comme ça. (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Mme Christine Arrighi
Ça vous embête !
M. Jean-Pierre Farandou, ministre
Il ne semble pas possible de priver de tout droit aux prestations sociales les personnes qui se sont rendues coupables d’infractions pénales, même si celles-ci sont liées au trafic de médicaments et de produits de santé. Priver des assurés ou allocataires de prestations dont les conditions d’attribution sont prévues par la loi serait disproportionné et risquerait d’être censuré par le juge constitutionnel.
Dès lors, je suis obligé de vous demander…
Mme Ségolène Amiot
Zut alors, on est obligé !
M. Jean-Pierre Farandou, ministre
…de retirer votre amendement. À défaut, j’émettrai un avis défavorable.
Mme la présidente
La parole est à Mme Christine Arrighi.
Mme Christine Arrighi
Oui, monsieur le ministre, le droit, c’est comme ça – heureusement que nous sommes dans un État de droit. Je poserai la question de façon différente. Les prestations sociales sont versées à un foyer : à un papa et une maman, à deux papas ou à deux mamans, pour le compte des enfants. En revanche, la condamnation pénale est personnelle et concerne donc l’une des deux personnes qui composent le couple. Comment envisagez-vous d’appliquer le dispositif que vous proposez ? Vous feriez peser, du fait de la condamnation de l’un, les répercussions sur l’autre, qui n’a strictement rien à voir avec le trafic…
Mme Ségolène Amiot
Et sur les enfants !
Mme Christine Arrighi
…et sur les enfants qui sont également étrangers à ce trafic.
(L’amendement no 2 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Sur l’amendement n° 1022, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Rappel au règlement
Mme la présidente
La parole est à M. Matthias Tavel, pour un rappel au règlement.
M. Matthias Tavel
Il se fonde sur les articles 56 et suivants de la Constitution. Monsieur le ministre, vous venez de déplorer au banc être rattrapé par l’État de droit. (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.)
Il y a quelques temps, l’un de vos prédécesseurs disait que les forces de police étaient entre la violence et la démocratie…
Mme Danielle Brulebois et M. Charles Sitzenstuhl
Ce n’est pas un rappel au règlement !
M. Thibault Bazin
C’est une manœuvre, on les connaît !
M. Matthias Tavel
Je vous demande de revenir sur ces propos. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
Monsieur Tavel, vous intervenez sur le fond.
Après l’article 14 (suite)
Mme la présidente
La parole est à M. Jocelyn Dessigny, pour soutenir l’amendement no 550.
M. Jocelyn Dessigny
Il vise à permettre à Tracfin de transmettre aux organismes débiteurs de prestations sociales les informations strictement nécessaires à la détection d’incohérences manifestes entre les ressources déclarées par un allocataire et ses dépenses ou acquisitions.
Je remarque qu’à chaque fois que nous parlons de narcotrafiquants et de lutte contre la drogue, à l’extrême gauche de l’hémicycle…
M. Manuel Bompard
Attention à ce que vous dites !
M. Jocelyn Dessigny
…se situent les grands défenseurs des dealers et des mafias.
M. René Pilato
Vous pouvez parler ! Et le détournement de fonds publics ?
M. Jocelyn Dessigny
Vous les avez défendus pendant tout l’examen du texte sur le narcotrafic.
M. Sylvain Carrière
Rendez l’argent !
M. Jocelyn Dessigny
Ce sont toujours les mêmes orateurs, comme M. Bernalicis ou Mme Arrighi, qui viennent défendre les narcotrafiquants…
M. Manuel Bompard
Vous ne pouvez pas laisser dire ça, madame la présidente !
M. Jocelyn Dessigny
…et nous faire croire qu’il suffirait de légaliser le cannabis pour résoudre le problème. Eh bien non, cela ne fonctionne pas ainsi. Cela n’a jamais marché dans les pays où le cannabis a été légalisé – heureusement qu’il ne l’est pas en France. Nous serons toujours là pour nous battre contre cette fausse idée que la légalisation règle les problèmes.
Mme Anna Pic
Ça n’a aucun rapport !
M. Jocelyn Dessigny
Vous êtes des menteurs. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
L’amendement est déjà plus que satisfait au regard des textes existants, qui sont plus larges que le dispositif que vous proposez. L’article L. 561-31 du code monétaire et financier prévoit déjà que Tracfin peut transmettre des informations aux administrations, sous réserve qu’elles soient en relation avec leurs missions respectives, y compris aux organismes débiteurs de prestations sociales.
L’avis de la commission est donc défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Jean-Pierre Farandou, ministre
L’amendement no 550 vise à autoriser Tracfin à transmettre aux organismes délivrant des prestations sociales des informations pour détecter les incohérences manifestes entre les ressources déclarées d’un côté et les dépenses des allocataires, lorsque ces dernières apparaissent inhabituelles. Je partage bien sûr votre souci d’une meilleure coopération entre les acteurs de la lutte contre la fraude aux finances publiques. Cependant, comme l’a fait remarquer le rapporteur, le cadre juridique existant permet déjà à Tracfin de transmettre le résultat de ses investigations aux organismes de protection sociale en application de l’article L. 561-31 du code monétaire et financier et d’une réactualisation récente des dispositions réglementaires par l’arrêté du 8 septembre 2025 fixant la liste des entités auxquelles Tracfin est autorisé à transmettre des informations.
L’amendement étant déjà satisfait, je vous propose de le retirer.
(L’amendement no 550 est retiré.)
Mme la présidente
L’amendement no 221 de M. Jocelyn Dessigny est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Défavorable pour les mêmes raisons.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Jean-Pierre Farandou, ministre
Défavorable.
Mme la présidente
La parole est à M. Ugo Bernalicis.
M. Ugo Bernalicis
Il y a un problème de fond dans le fait qu’un service de renseignement, qui collecte des informations dans un cadre très particulier, puisse ensuite utiliser ces renseignements et les transmettre à des administrations de droit commun, qui ne sont pas des services de renseignement. Ainsi, l’information va circuler et aura des conséquences sur la vie des uns et des autres sur la base d’un renseignement qui n’a pas la consistance d’une enquête judiciaire.
Or, d’une certaine manière, on le tolère. Je vous renvoie au sort réservé par Tracfin à notre collègue Carlos Martens Bilongo : sur le fondement d’informations bidon, on a ouvert une véritable enquête pénale, qui a abouti à un classement sans suite – c’est heureux, d’autant qu’il s’agissait d’ingérences étrangères. Avant de permettre une circulation encore plus large de telles informations, revêtues de l’autorité dont jouit un service de renseignement comme Tracfin, on devrait y regarder à deux fois.
Mme la présidente
Merci.
M. Ugo Bernalicis
Je voudrais dire à…
Mme la présidente
Non, monsieur Bernalicis, vous avez déjà largement dépassé le temps de parole.
(L’amendement no 221 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La parole est à M. Théo Bernhardt, pour soutenir l’amendement no 1022.
M. Théo Bernhardt
L’article 14 vise à interdire le cumul des allocations chômage avec des revenus issus d’activités criminelles graves. On franchit ainsi un premier pas utile, mais on oublie un point essentiel : le travail dissimulé. En effet, une personne qui perçoit une allocation chômage tout en travaillant au noir sans rien déclarer ni cotiser commet une double fraude, puisqu’il floue à la fois l’assurance chômage et la sécurité sociale. (M. Benjamin Lucas-Lundy s’exclame.)
Le but de l’amendement est triple : poser clairement le principe selon lequel les allocations chômage ne peuvent pas être cumulées avec des revenus issus du travail dissimulé ; organiser une transmission automatique d’informations entre l’Urssaf et France Travail lorsqu’un constat de travail dissimulé a été établi ; prévoir une sanction dissuasive, à savoir la déchéance pour deux ans des droits à l’assurance chômage – à l’issue, bien évidemment, d’une procédure contradictoire. (M. Jonathan Géry applaudit.)
Mme Christine Arrighi
Comment ça marche quand la personne ne travaille pas ?
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Votre amendement vise à interdire le cumul des revenus de remplacement avec des revenus issus du travail dissimulé. Il procède d’une bonne intention, mais il est satisfait. En effet, les revenus issus d’activités non déclarées sont déjà pris en compte dans le calcul des droits à l’assurance chômage, en vertu de l’article L. 5426-1 du code du travail, qui prévoit en outre des pénalités. De plus, l’article L. 5412-1 du même code fixe les conditions dans lesquelles le revenu de remplacement peut être supprimé pour fraude.
Votre amendement recouperait en partie des dispositions existantes, ce qui le rendrait inapplicable. J’émets donc un avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Jean-Pierre Farandou, ministre
Avis défavorable.
Mme la présidente
La parole est à Mme Mathilde Feld.
Mme Mathilde Feld
C’est assez vertigineux : vous êtes parvenus à transformer presque tous les organismes de prestations sociales en contrôleurs ou vérificateurs, sans qu’ils aient aucune compétence en la matière, et vous persistez dans cette voie.
Tout à l’heure, M. Bazin a dit que ces mesures n’allaient rien nous coûter. C’est tout à fait inexact : comment les agents vont-ils trouver le temps nécessaire à l’exercice des nouvelles missions de contrôle et de vérification qui leur sont confiées ? Cela aura nécessairement un coût : soit l’instruction des dossiers prendra du retard, soit il faudra recruter de nouveaux agents – étant entendu que rien de tel n’est prévu dans le budget.
Quant au Rassemblement national, en particulier M. Dessigny, il est friand d’accusations personnelles.
M. Théo Bernhardt
Paroles d’experte !
Mme Mathilde Feld
Il est assez cocasse que vous nous accusiez ainsi sans aucune preuve de tout et n’importe quoi, alors que vous êtes jugés – c’est une réalité tangible – pour détournement de fonds. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur plusieurs bancs du groupe EcoS.)
M. Pierre Pribetich
Remboursez !
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1022.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 151
Nombre de suffrages exprimés 147
Majorité absolue 74
Pour l’adoption 48
Contre 99
(L’amendement no 1022 n’est pas adopté.)
Rappels au règlement
Mme la présidente
La parole est à M. Jocelyn Dessigny, pour un rappel au règlement. Sur le fondement de quel article du règlement le formulez-vous ?
M. Jocelyn Dessigny
Sur celui de l’article 70, alinéa 3, relatif à la mise en cause personnelle. La collègue Feld vient d’affirmer que j’avais été jugé pour détournement de fonds. Désolé, chère collègue, c’est totalement faux !
M. Benjamin Lucas-Lundy
Ce n’est pas toi, c’est Le Pen !
M. Jocelyn Dessigny
Je n’ai absolument jamais été condamné, ni même accusé de quoi que ce soit. Vous êtes une menteuse. Je vous demande de retirer vos propos et de présenter des excuses. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
La parole est à M. Ugo Bernalicis, pour un rappel au règlement. Sur le fondement de quel article ?
M. Ugo Bernalicis
Sur celui de l’article 70, alinéa 3. M. Dessigny m’a qualifié tout à l’heure de grand défenseur des mafias et des systèmes mafieux en général. La mise en cause personnelle est avérée, l’insulte est évidente, alors que les faits sont absents.
Quant à la mise en cause dénoncée par M. Dessigny, elle était non pas personnelle, mais collective : elle s’adressait au groupe Rassemblement national. Les juges ont prononcé en l’espèce des condamnations réelles et publiques.
M. Théo Bernhardt
Et Raphaël Arnault, il en pense quoi ?
M. Ugo Bernalicis
Si quelqu’un dans cet hémicycle doit présenter des excuses pour mise en cause personnelle, c’est bien vous, monsieur Dessigny. (Mme Mathilde Panot applaudit.) Mais nous savons que, pour ce qui est du pire, vous êtes la crème de la crème. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy, pour un rappel au règlement. Sur le fondement de quel article ?
M. Benjamin Lucas-Lundy
Sur celui de l’article 70, alinéa 3, et de l’article 100. Une fois n’est pas coutume, M. Dessigny a raison : ce n’est pas lui qui est mis en cause pour détournement de fonds publics ; c’est Mme Le Pen, M. Odoul, M. Alliot, autrement dit la quasi-totalité du bureau exécutif du Rassemblement national ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.) M. Dessigny s’est senti visé, mais ce sont ses amis qui sont sur les bancs des prévenus.
Mme la présidente
On s’éloigne…
Article 15
Mme la présidente
Sur l’amendement no 489, sur les sous-amendements nos 1146, 1148 et 1150, sur les amendements nos 629, 630 et 631 ainsi que sur l’article 15, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire de demandes de scrutin public.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Sophie Taillé-Polian.
Mme Sophie Taillé-Polian
Compte tenu des incidents qui viennent de se produire, je demande une suspension de séance, de sorte que chacun retrouve son calme.
Mme la présidente
Elle est de droit.
Suspension et reprise de la séance
Mme la présidente
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à vingt-deux heures cinquante, est reprise à vingt-deux heures cinquante-cinq.)
Mme la présidente
La séance est reprise.
Rappel au règlement
Mme la présidente
La parole est à Mme Ségolène Amiot, pour un rappel au règlement. Sur le fondement de quel article ?
Mme Ségolène Amiot
Sur celui de l’article 70, alinéa 3. M. Dessigny a ouvertement traité Mme Feld de menteuse, alors qu’elle a simplement rappelé un fait : le Rassemblement national a fait l’objet de condamnations.
Il faut tout de même rappeler que la Ligue des droits de l’homme a porté plainte contre M. Dessigny pour propos racistes.
M. Benjamin Lucas-Lundy
Eh oui !
M. Théo Bernhardt
Il y a présomption d’innocence ! Et lui n’est pas fiché S !
Mme Ségolène Amiot
S’offusquer, comme il l’a fait, que Mme Feld rappelle la réalité, et la traiter ainsi de menteuse…
Mme la présidente
On sort allègrement du cadre, madame Amiot.
Mme Ségolène Amiot
Je l’entends, madame la présidente. En tout cas, s’il souhaite éviter que ses propos soient regardés comme profondément sexistes et totalement déplacés, j’invite M. Dessigny à présenter des excuses à Mme Feld. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
Je propose que nous poursuivions dans le calme l’examen du texte.
Mme Ségolène Amiot
On laisse donc passer des propos sexistes…
Article 15 (suite)
Mme la présidente
La parole est à Mme Élisa Martin.
Mme Élisa Martin
Nous changeons de gamme : il ne s’agit plus de couper les allocations familiales à telles ou telles familles ; nous abordons ici des dispositions sérieuses visant à lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. La lutte contre la criminalité en bande organisée est effectivement un sujet qui nous mobilise – nous aurions d’ailleurs aimé en parler lors de l’examen de la loi « narcotrafic ».
L’article 15 vise à étendre les obligations auxquelles sont soumis certains commerçants, en particulier ceux qui vendent des objets de luxe, parfois désignés par l’expression « biens de haute valeur ». Ainsi, ils doivent connaître avec certitude l’identité de la personne…
Mme la présidente
Je vous prie de conclure.
Mme Élisa Martin
Pas de problème : je poursuivrai mon propos lorsque je présenterai les sous-amendements de mes collègues. Nous allons tout de même prendre le temps de discuter de ce sujet important ! (M. Louis Boyard et Mme Karen Erodi applaudissent.)
Mme la présidente
Nous en venons à quatre amendements, nos 489, 629, 630 et 631, qui peuvent être soumis à une discussion commune.
La parole est à M. le rapporteur pour avis, pour soutenir l’amendement no 489, qui fait l’objet de trois sous-amendements, nos 1146, 1148 et 1150.
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
L’article 15 étend les obligations en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Mon amendement no 489 vise à exclure du champ de la mesure les petits artisans qui réaliseraient une commande exceptionnelle supérieure à 10 000 euros. Il revient en définitive à la lettre du règlement européen 2024/1624.
La direction générale du Trésor, que j’ai interrogée, m’a indiqué que cette exclusion n’emporterait pas de risque significatif d’affaiblissement du dispositif prévu à l’article 15, le périmètre de ladite exclusion étant très limité du fait des obligations pesant par ailleurs sur les artisans – je parle bien des artisans – réalisant des rachats d’or et de la possibilité de « rattraper » un artisan qui serait instrumentalisé par des trafiquants pour acquérir des biens de haute valeur.
Mme la présidente
La parole est à Mme Élisa Martin, pour soutenir le sous-amendement no 1146.
Mme Élisa Martin
Les commerçants en question, disais-je, sont soumis à plusieurs obligations : contrôle de l’identité, contrôle de l’origine des fonds, contrôle du destinataire effectif. En cas de doute, ils ont l’obligation de signaler la situation à Tracfin – et non à la CDC.
Ainsi, on regarde le montant et la façon dont il est payé – désormais, l’ensemble des modes de paiement seront concernés – et on élargit les biens visés.
Deux remarques par rapport à l’amendement de M. Labaronne : la loi ne définit pas la notion d’artisan ; en outre, vous mettez ceux-ci en danger – les voyous, qui regardent ce que nous faisons, s’adresseront évidemment à eux. De ce point de vue, votre amendement ne nous paraît pas pertinent. (Mme la présidente indique que le temps de parole est écoulé)
J’ai la suite !
Mme la présidente
Vous présentez les trois sous-amendements de manière groupée ?
Mme Élisa Martin
Oui, madame la présidente.
Mme la présidente
Nous poursuivons donc avec les sous-amendements nos 1148 et 1150.
Mme Élisa Martin
Avec ces sous-amendements, nous débattons du montant concerné. Le texte vise 10 000 euros et élargit les contrôles aux vendeurs de bijoux, de pierres précieuses et de monnaies anciennes.
Il ne s’agit quand même pas, me semble-t-il, d’achats qu’on fait tous les jours, c’est pourquoi le seuil de 10 000 euros pourrait être ramené à 8 400 euros. C’est déjà beaucoup d’argent pour s’acheter une montre ! Cela représente de nombreux smics et de nombreuses heures de travail pour un ouvrier ou un employé. C’est l’objet du sous-amendement no 1150.
Nous continuons à baisser ce montant parce que, 8 000 euros, ça représente encore tout de même beaucoup d’argent ! Vous n’ignorez pas que, pour un nombre non négligeable de contribuables – par exemple, ceux à qui vous voulez couper les allocations familiales (L’oratrice pointe les bancs du Rassemblement national) – cette somme correspond, à peu de chose près, à ce qu’ils gagnent dans une année. C’est de cela qu’on cause ! Il faudrait donc descendre encore et fixer le seuil à 5 600 euros – c’est le sous-amendement no 1148 – ou, encore mieux, à 2 800 euros, comme nous le proposons avec le sous-amendement no 1146.
Tels sont nos sous-amendements à l’amendement de M. Labaronne, un amendement pour le moins étonnant et fort risqué pour ces artisans que la loi ne définit pas. (Mme Mathilde Panot applaudit.)
Mme la présidente
La parole reste à Mme Élisa Martin, pour soutenir les amendements nos 629, 630 et 631, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
Mme Élisa Martin
Je crois que ce montant de 10 000 euros ne donne pas une très bonne image des parlementaires ! Finalement, il laisse penser que dépenser 10 000 euros pour acheter je ne sais quoi parmi les « biens de haute valeur » visés par le texte serait quelque chose de répandu. Or, le moins qu’on puisse dire est que ça ne l’est pas !
Afin d’honorer notre qualité de parlementaires, nous proposons avec cet amendement de baisser le montant à 8 400 euros. Pour un peu plus de 8 000 euros, croyez-moi, on a déjà une très très jolie bague ! C’est l’objet de l’amendement no 631.
Et puis, après tout, comme cela reste beaucoup d’argent, surtout pour une bague, j’ai encore deux amendements.
Sans transition, je continue. Nous sommes maintenant autour de 5 000 euros environ…
Mme Marie-Christine Dalloz
C’est 5 600 euros !
Mme Élisa Martin
…et, avec 5 000 euros, on ne peut pas s’acheter tant de pièces anciennes que ça – guère plus de deux, en fait ! Mais je ne vais pas vous faire l’article sur les pièces anciennes…
Imaginez le choc pour ceux qui nous écoutent et qui pourraient s’imaginer que, nous, les députés, trouvons normal de dépenser l’argent de cette manière ! Bref, vous avez compris où nous voulons en venir. D’autant que le fait de baisser ce montant est aussi une manière d’accentuer le contrôle car, je le répète, les voyous sont tout à fait à même de s’adapter et, bien évidemment, ils diviseront leurs achats, qui en pièces, qui en montres, etc.
J’en arrive à ma conclusion : avec la baisse de ce montant, nous déployons une stratégie plutôt bien organisée pour faire en sorte que les voyous ne divisent pas le montant de leurs achats pour échapper au contrôle. Nous vous proposons donc de baisser très sensiblement le montant visé,…
Mme Marie-Christine Dalloz
Il est pourtant remonté à 8 400 euros dans votre amendement no 631 !
Mme Élisa Martin
…tant pour montrer que nous connaissons la valeur de l’argent que pour permettre d’opérer les contrôles. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission sur ces amendements et sous-amendements en discussion commune ?
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
En définitive, les amendements reprennent les sous-amendements à mon amendement.
Mme Marie-Christine Dalloz
Oui, c’est ça !
M. Ugo Bernalicis
C’est le principe des sous-amendements !
M. Théo Bernhardt
C’est le principe de l’obstruction !
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Trois seuils sont proposés en dessous de 10 000 euros : un amendement et un sous-amendement retiennent un seuil de 2 800 euros ; un amendement et un sous-amendement, un seuil de 5 600 euros ; enfin, un amendement et un sous-amendement de second repli proposent 8 400 euros. Voilà la démarche.
Chers collègues, je suis frappé par votre vision un peu politique des choses. (Exclamations et rires sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC et EcoS.)
Mme Mathilde Panot
Vraiment ?
M. Pierre Pribetich
C’est incroyable !
M. Ugo Bernalicis
Comment pouvez-vous croire ça ?
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Je me suis mal exprimé. (Les exclamations se poursuivent.)
Mme la présidente
Poursuivez, monsieur Labaronne.
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Je mesure la maladresse que j’ai pu commettre. (Sourires.) Je voulais dire que j’avais voulu adopter une démarche purement technique en demandant leur avis aux professionnels. Les opérateurs de Tracfin me disent qu’un équilibre a été trouvé autour des 10 000 euros et me confirment la pertinence de ce seuil. Cette somme marque un équilibre entre les risques de blanchiment associés au secteur de la bijouterie, l’intérêt d’une remontée d’information et, enfin, la capacité des professionnels à répondre aux obligations de lutte contre le blanchiment.
Avec vos amendements et sous-amendements, vous allez noyer Tracfin sous une masse d’informations non pertinentes,…
M. René Pilato
Pourquoi ?
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
…dont le traitement va donner aux agents une masse de travail que Tracfin estime inutile.
M. René Pilato
Mais non !
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
En définitive, ce qui est utile pour Tracfin, c’est de repérer les gros poissons, qui ne se trouvent pas dans les petites bijouteries artisanales mais dans la haute joaillerie, dans les bijouteries de la rue de la Paix à Paris.
Paradoxalement, avec vos amendements, vous allez compliquer le travail de Tracfin et permettre à des fraudeurs de haute volée de s’en sortir parce que Tracfin n’aura pas eu le temps ou la capacité de gérer toutes les informations dont vous demandez qu’elles lui soient remontées.
Mme Ségolène Amiot
En raison d’un manque de moyens humains !
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Il faut donc défendre les artisans…
M. Thibault Bazin
Il a raison !
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
… qui peuvent avoir des commandes exceptionnelles – c’est l’objet de mon amendement initial – et se limiter au seuil des 10 000 euros recommandé par Tracfin, qui permet de faire le tri entre l’information totalement inutile, au-dessous de 10 000 euros, et, au-dessus de ce seuil, l’information utile pour engager des procédures d’enquête pour fraude fiscale.
Mon amendement défend donc une position technique, qui ne part pas de préjugés.
M. Peio Dufau
On n’a pas très bien compris !
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Cette position m’a été suggérée par les opérateurs du secteur, qui luttent contre la fraude liée au commerce de produits de haute valeur.
Mme la présidente
C’est donc un avis défavorable pour tous les sous-amendements et tous les amendements, sauf le vôtre.
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. David Amiel, ministre
Même avis.
Mme la présidente
La parole est à Mme Élisa Martin.
Mme Élisa Martin
Cette réponse appelle quelques observations. Premièrement, nous avons répété qu’avant un signalement à Tracfin, un certain nombre de critères devaient être réunis. J’ai rappelé les trois critères requis. Il ne s’agit pas de signaler à Tracfin la totalité des opérations, mais uniquement celles sur lesquelles il existe un doute.
M. Ugo Bernalicis
Eh oui !
Mme Élisa Martin
Deuxièmement, je vous soupçonne de considérer que Tracfin n’aurait pas les moyens humains pour mener à bien ses missions et je partage ce soupçon ! Nous en rediscuterons lors du débat sur la prochaine loi de finances…
Troisièmement, connaissez-vous ces gros requins dont le corps abrite des petits poissons qui viennent manger les parasites ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme Mathilde Panot
Exactement !
Mme la présidente
Je mets aux voix le sous-amendement no 1146.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 142
Nombre de suffrages exprimés 141
Majorité absolue 71
Pour l’adoption 57
Contre 84
(Le sous-amendement no 1146 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix le sous-amendement no 1148.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 141
Nombre de suffrages exprimés 141
Majorité absolue 71
Pour l’adoption 55
Contre 86
(Le sous-amendement no 1148 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix le sous-amendement no 1150.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 140
Nombre de suffrages exprimés 140
Majorité absolue 71
Pour l’adoption 56
Contre 84
(Le sous-amendement no 1150 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 489.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 144
Nombre de suffrages exprimés 144
Majorité absolue 73
Pour l’adoption 84
Contre 60
(L’amendement no 489 est adopté ; en conséquence, les amendements nos 629, 630 et 631 tombent.)
M. Ugo Bernalicis
C’est pas Tracfin, c’est tracgros !
Mme la présidente
Sur les amendements nos 732, 541 et 543, je suis saisie par le groupe Socialistes et apparentés de demandes de scrutin public.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Les amendements nos 732 de M. Michel Castellani et 541 de M. Jocelyn Dessigny, pouvant être soumis à une discussion commune, sont tous deux défendus.
Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Si je comprends le sens de l’amendement no 732, en pratique, les obligations qu’il propose sont déjà couvertes. L’article L. 561-2 du code monétaire et financier vise les marchands d’art et d’antiquités, ainsi que les ventes aux enchères et les marchands de biens, ce qui recouvre, dans les faits, les objets de collection.
À cet égard, je vous invite à vous reporter à l’analyse sectorielle annuelle des risques de la direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), qui liste les marchandises concernées par les obligations et y inclut les objets de collection. Avis défavorable sur l’amendement no 732.
Mme la présidente
Et sur l’amendement no 541 ?
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Avis défavorable également.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. David Amiel, ministre
Même avis.
Mme la présidente
La parole est à M. le président de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire.
M. Éric Coquerel, président de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire
L’amendement no 732 me paraît être de bon aloi, car certains biens de collection peuvent atteindre des prix assez importants. J’ai bien entendu les arguments de Daniel Labaronne mais, s’il estime que c’est déjà pris en compte, l’amendement ne fera pas de mal dans le cadre de la lutte contre le blanchiment – je doute, par ailleurs, que le détail soit aussi précis que ce qu’il indique. Je soutiens donc l’amendement présenté par le groupe LIOT.
Mme la présidente
La parole est à M. le rapporteur pour avis.
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
En réalité, ces amendements en discussion commune sont satisfaits. Je reprends les propos de M. Boyard : l’inflation normative, contre laquelle tous les juristes nous préviennent, doit aussi être évitée lorsque nous abordons des sujets tels que celui qui nous occupe. Vous voyez : je cite les bons auteurs !
M. Ugo Bernalicis
Pour éviter l’inflation normative, on pourrait commencer par lever la séance !
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
On peut certes se faire plaisir en revotant des dispositions de ce genre, mais c’est inutile. Je renouvelle mon avis défavorable aux deux amendements.
Mme la présidente
La parole est à Mme Élisa Martin.
Mme Élisa Martin
Nous sommes d’autant plus favorables à l’élargissement explicite du dispositif aux biens concernés qu’on sait bien que le marché de l’art – ne voyez là aucune allusion à une actualité récente ! – n’est guère coopératif…
M. Ugo Bernalicis
Exactement !
Mme Élisa Martin
…avec ceux avec qui il devrait l’être, notamment Tracfin – je ne vous fais pas de dessin, je ne peux tout de même pas aller plus loin !
De surcroît, cela constituerait un élément de pression que l’on pourrait faire peser sur les acteurs de ce marché, surtout dans la mesure où ils brassent des montants incroyables, qui n’entretiennent même plus de rapport avec l’art, devenu prétexte à spéculation.
En tout état de cause, il nous semble que la loi doit réserver un traitement précis aux biens de ce type. Ça ne revient pas à retirer les allocs aux pauvres gens !
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 732.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 140
Nombre de suffrages exprimés 138
Majorité absolue 70
Pour l’adoption 82
Contre 56
(L’amendement no 732 est adopté ; en conséquence, l’amendement no 541 tombe.)
Mme la présidente
L’amendement no 543 de M. Jocelyn Dessigny est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Je comprends l’objectif de l’amendement, mais le dispositif proposé ne fonctionnerait pas. En effet, il y est fait référence aux opérateurs de ventes volontaires, qui sont les intermédiaires organisant et réalisant la vente de biens au cours d’enchères publiques et qui n’interviennent pas dans le cadre des ventes de gré à gré. Or l’amendement a justement trait aux opérations de vente de gré à gré. Il présente donc une difficulté.
Par ailleurs, l’analyse sectorielle des risques de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), que l’exposé sommaire mentionne, concerne le secteur bancaire et financier. Or les ventes de gré à gré que cible l’amendement ne s’inscrivent pas dans ce secteur.
Par conséquent, l’amendement ne tourne pas. Je demande donc son retrait, sans quoi j’émettrai un avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. David Amiel, ministre
Défavorable.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 543.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 140
Nombre de suffrages exprimés 137
Majorité absolue 69
Pour l’adoption 40
Contre 97
(L’amendement no 543 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
L’amendement no 730 de M. Michel Castellani est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Il est question d’étendre les obligations réglementaires de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme au commerce des véhicules de collection. Si je comprends tout à fait le sens de l’amendement, l’article L. 561-2 du code monétaire et financier assujettit déjà non seulement les marchands d’art et d’antiquités, mais aussi les opérateurs de ventes aux enchères et les marchands de biens à ces obligations, ce qui couvre en pratique les transactions dont font l’objet les objets de collection. L’amendement est donc satisfait. Avis défavorable, puisqu’il ne faut pas se livrer à l’inflation normative.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. David Amiel, ministre
Même avis.
Mme la présidente
La parole est à Mme Élisa Martin.
Mme Élisa Martin
J’avoue une certaine déception ! J’entends votre propos, mais il est très courant de pratiquer le commerce de voitures de luxe, de prestige, de collection pour blanchir de l’argent. Pour cette raison, il vaudrait le coup d’inscrire dans la loi les dispositions proposées. Tout cela fait écho à la loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic, qui fait l’impasse sur des sujets essentiels comme celui-ci. L’examen de cet amendement nous donne l’occasion de nous rattraper : votons-le donc.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 730.
(Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 134
Nombre de suffrages exprimés 78
Majorité absolue 40
Pour l’adoption 33
Contre 45
(L’amendement no 730 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
L’amendement no 731 de M. Michel Castellani est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Denis Masséglia
Défavorable !
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Je comprends tout à fait le sens de l’amendement mais, là encore, il arrive après la bataille. Il est satisfait en pratique par l’article 41 de la loi du 21 mai 2024, qui assujettit les entreprises de jeux à objets numériques monétisables, dont les jetons non fongibles (NFT), aux obligations de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Avis défavorable.
M. Denis Masséglia
Oui, c’est la loi Sren !
(L’amendement no 731, repoussé par le gouvernement, est adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’article 15, tel qu’il a été amendé.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 121
Nombre de suffrages exprimés 113
Majorité absolue 57
Pour l’adoption 88
Contre 25
(L’article 15, amendé, est adopté.)
Mme la présidente
Sur l’amendement no 664, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Rappels au règlement
Mme la présidente
La parole est à Mme Sandrine Runel, pour un rappel au règlement.
Un député
Un peu de sérieux, s’il vous plaît !
Mme Sandrine Runel
Oui, c’est très sérieux ! (Sourires.)
M. Thibault Bazin
Elle en a déjà fait ! Elle en rigole, même !
Mme Marie-Christine Dalloz
C’est pathétique !
Mme Sandrine Runel
Selon l’article 59, alinéa 1, du règlement : « Avant de lever la séance, le président fait part à l’Assemblée de la date et de l’ordre du jour de la séance suivante. » Or la feuille verte indique qu’un vote solennel sur ce texte aura lieu demain à 15 heures. Il est 23 h 23 et il reste 172 amendements à examiner. Pourrions-nous savoir ce qu’il adviendra de ce texte et si demain, à 15 heures, ce vote solennel aura lieu ?
Mme la présidente
Comme je l’ai dit au début de la séance – vous ne deviez pas être présente – en réponse à la question de M. Boyard sur l’éventualité d’une prolongation des débats au-delà de minuit, il a été indiqué ce matin en conférence des présidents qu’elle n’aurait lieu que dans le cas où le nombre des amendements restant à examiner serait faible. Ce n’est pas le cas. Vous pouvez donc en déduire assez clairement qu’il n’y aura pas de vote solennel demain après-midi.
La parole est à Mme Mathilde Panot, pour un rappel au règlement.
Mme Mathilde Panot
Il se fonde sur l’article 100. Il a en effet été indiqué en conférence des présidents ce matin que notre discussion se prolongerait après minuit seulement s’il restait vingt amendements ou moins à étudier. Vous avez donc tout à fait raison : nous ne pourrons pas terminer l’examen du texte ce soir.
Néanmoins, comme il appartient au gouvernement de décider de l’ordre du jour de la semaine, donc de la manière dont vont se prolonger les débats, j’aimerais savoir si le vote solennel sur ce texte aura lieu mardi prochain. Je voudrais également savoir quand commencera l’examen du projet de loi constitutionnelle relatif à la Kanaky Nouvelle-Calédonie et si le gouvernement envisage de modifier l’ordre du jour. Il est important que ces demandes trouvent des réponses pour que les députés puissent s’organiser dans les temps qui viennent. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Nicolas Thierry applaudit également.)
Mme la présidente
Je tiens à préciser qu’il a été indiqué ce matin en conférence des présidents que si l’examen du texte n’était pas terminé à temps, le vote solennel à son sujet serait reporté au 7 avril, après les questions au gouvernement – étant entendu que son examen s’achèverait entretemps, dans les prochains jours.
La parole est à M. le ministre de l’action et des comptes publics.
M. David Amiel, ministre
La suite de l’examen de ce texte – que nous n’achèverons pas à minuit, selon toute vraisemblance – sera inscrite à l’ordre du jour de demain, à 15 heures. Le ministre chargé des relations avec le Parlement précisera comment l’ordre du jour sera adapté en conséquence.
Mme Sandrine Runel et M. Louis Boyard
Et le vote solennel ?
Mme la présidente
Je vous l’ai déjà dit : il est prévu pour le 7 avril, dans une semaine. Cela nous laisse trois jours pour étudier environ 170 amendements. À présent, continuons.
Après l’article 15
Mme la présidente
La parole est à M. le rapporteur pour avis, pour soutenir l’amendement no 490, portant article additionnel après l’article 15, et qui fait l’objet d’un sous-amendement.
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Nous avons beaucoup travaillé sur cet amendement. Je suis assez heureux du résultat final et j’espère qu’il sera adopté. (Sourires sur plusieurs bancs.)
M. Pierre Pribetich
Nous aussi, on est heureux !
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Je veux parler de sa rédaction !
Il s’agit d’étendre le champ des opérations assujetties aux obligations de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme en y intégrant les sociétés à prépondérance immobilière, qui constituent un instrument fréquent de détention indirecte d’actifs immobiliers. La cession des titres de ces sociétés permet un transfert économique de biens immobiliers sans l’intervention d’aucun professionnel assujetti aux obligations que je viens de mentionner. Cela constitue un trou considérable dans la raquette du dispositif de vigilance et de signalement, que les filières criminelles exploitent fréquemment pour blanchir des capitaux en contournant les contrôles normalement réalisés durant les opérations de cession immobilière.
L’obligation de passer par un acte notarié ou contresigné par un avocat pour toute cession de titres – on verra lors de la discussion du sous-amendement qui suit que les experts-comptables doivent aussi être dans la boucle – renforcera considérablement le contrôle sur les sociétés à prépondérance immobilière. Je rappelle que les notaires, les avocats et les experts-comptables sont tenus à des obligations de vigilance, d’identification du client et du bénéficiaire effectif et, le cas échéant, de déclaration de soupçons auprès de Tracfin.
L’amendement vise à répondre aux souhaits exprimés en commission des finances, au cours de l’examen du texte, au sujet du rôle des notaires dans le dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Rappel au règlement
Mme la présidente
La parole est à Mme Mathilde Panot, pour un rappel au règlement.
Mme Mathilde Panot
Monsieur le ministre, vous avez indiqué que nous poursuivrions l’examen du texte et vous, madame la présidente, que le vote solennel à son sujet aurait lieu le 7 avril. Il se trouve que, juste après l’examen de ce texte – que nous terminerons je ne sais quand dans la semaine –, il est prévu d’entamer l’étude du projet de loi constitutionnelle relatif à la Kanaky Nouvelle-Calédonie, qui commencera par la discussion d’une motion de censure – d’une motion de rejet préalable, voulais-je dire, mais ce lapsus est révélateur de notre envie de censurer le gouvernement (Sourires.). Il ne s’agit pas de présumer de son résultat – vous savez que le texte a été entièrement vidé de sa substance par les travaux de la commission, qui ont abouti à la suppression de l’ensemble de ses articles.
Si le texte était rejeté immédiatement, cela mettrait fin à son examen, prévu jusqu’à samedi soir – puisque des séances ont été ouvertes ce jour-là. Or, selon certaines rumeurs, le gouvernement pourrait alors décider d’inscrire à l’ordre du jour un autre texte, par exemple un de ceux qui sont au programme de la semaine du 13 avril. J’aimerais que le gouvernement nous réponde sur ce point.
En effet, pour des questions d’organisation – car, au sein de chaque groupe parlementaire, certains députés sont chargés de travailler plus particulièrement sur tel ou tel texte –, nous avons besoin de savoir quels sont les scénarios prévus par le gouvernement, en matière de calendrier, au cas où la motion de rejet du texte relatif à la Kanaky Nouvelle-Calédonie serait adoptée : quel programme est prévu d’ici à samedi soir ?
Mme Christine Arrighi
Eh oui, nous ne sommes pas taillables et corvéables à merci !
Après l’article 15 (suite)
Mme la présidente
La parole est à M. Denis Masséglia, pour soutenir le sous-amendement no 1086 à l’amendement no 490.
M. Denis Masséglia
Ce sous-amendement, qui vient compléter l’excellent amendement de M. Labaronne, vise à éviter des effets de bord qui pourraient nuire au travail des experts-comptables.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission sur le sous-amendement ?
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Favorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. David Amiel, ministre
Une fois n’est pas coutume, je serai en désaccord avec M. Labaronne. Je comprends votre intention. Cependant, la possibilité de consulter le registre du commerce et des sociétés permet déjà d’identifier les associés et les mouvements de parts sociales. Par conséquent, Tracfin est déjà en mesure de procéder aux contrôles nécessaires.
En tout état de cause, si l’Assemblée souhaitait voter pour l’amendement no 490, je lui recommanderais d’adopter le sous-amendement de M. Masséglia qui le rendrait plus opérationnel.
Avis favorable pour le sous-amendement – qui sera voté en premier – et défavorable pour l’amendement.
M. Thibault Bazin
Quel que soit le sous-amendement, vous êtes défavorable à l’amendement !
Mme la présidente
La parole est à Mme Christine Arrighi.
Mme Christine Arrighi
Cela va peut-être vous étonner, mais nous sommes favorables à cet amendement de M. Labaronne qui vise à étendre les opérations de lutte contre le blanchiment aux sociétés à prépondérance immobilière. Cette mesure est d’autant plus pertinente que celles-ci sont, le plus souvent, soumises à un dispositif de transparence fiscale. Elles constituent donc un nid à fraudes. Contrairement à ce qu’affirme M. le ministre, le dispositif actuel ne permet pas d’identifier les fonds qui peuvent être placés dans ces structures, susceptibles de servir au blanchiment d’argent. J’ajoute que les notaires eux-mêmes sont favorables à une telle extension. Au groupe Écologiste et social, nous voterons pour cet amendement.
Mme la présidente
La parole est à M. Ugo Bernalicis.
M. Ugo Bernalicis
Je suis plutôt opposé au sous-amendement de M. Masséglia qui – si j’ai bien compris – restreint la portée de l’amendement de M. le rapporteur pour avis. Qui plus est, celui-ci n’a pas donné d’avis sur le sous-amendement.
Mme Marie-Christine Dalloz
Si, il a donné un avis !
M. Ugo Bernalicis
Comme, par ailleurs, ma confiance dans le ministre est extrêmement limitée – pour ne pas dire nulle –, j’aimerais avoir des précisions sur ce point, car je souhaite que le périmètre du dispositif soit le plus large possible.
Mme la présidente
M. le rapporteur pour avis a exprimé un avis favorable sur le sous-amendement.
M. Ugo Bernalicis
Très bien – ce n’est pas ce que j’avais compris.
Par ailleurs, M. le ministre, pour justifier son avis, a expliqué que les données étaient déjà disponibles et que Tracfin pouvait donc effectuer des contrôles. Se pose donc, de nouveau, la question des moyens de Tracfin. Car, si des tas d’informations sont effectivement disponibles un peu partout, le problème c’est que Tracfin n’y a pas accès. J’aimerais donc que le rapporteur pour avis nous apporte des éclaircissements s’agissant du sous-amendement.
Mme la présidente
La parole est à M. le rapporteur pour avis.
Mme Marie-Christine Dalloz
Vous n’êtes pas obligé de répondre à chaque fois !
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Je suis favorable au sous-amendement de mon collègue Masséglia, car il inclut les experts-comptables dans le dispositif – j’avais omis de les faire figurer dans mon amendement, qui ne mentionne que les avocats et les notaires.
M. Ugo Bernalicis
Ah, d’accord, au temps pour moi !
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
D’autre part, Tracfin peut disposer d’informations si les opérateurs procèdent à des déclarations.
M. Ugo Bernalicis
Mais oui !
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Or l’objectif de certaines sociétés est que les activités dont nous parlons restent sous les radars, ne soient pas repérées.
Mme Mathilde Feld
Évidemment !
M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis
Par conséquent, Tracfin a beaucoup de difficultés à obtenir des informations. Voilà pourquoi j’ai déposé cet amendement qui porte sur les sociétés à prépondérance immobilière. En effet, si l’on met dans la boucle des professionnels du droit et du chiffre qui sont soumis à des obligations en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ces derniers pourront effectuer des signalements auprès de Tracfin concernant des activités de ce type.
Je vous invite donc à voter pour mon amendement, étant précisé que je suis favorable au sous-amendement de M. Masséglia et, de fait, en désaccord avec M. le ministre.
Mme Christine Arrighi
C’est la seule bonne mesure de ce texte !
M. Ugo Bernalicis
Nous allons voter pour l’amendement et le sous-amendement !
Mme Ségolène Amiot
Mais cela n’empêche pas de renforcer Tracfin !
(Le sous-amendement no 1086 est adopté.)
(L’amendement no 490, sous-amendé, est adopté.)
M. Benjamin Lucas-Lundy
Quel désaveu pour le gouvernement !
Rappel au règlement
Mme la présidente
La parole est à Mme Sophie Taillé-Polian, pour un rappel au règlement.
Mme Sophie Taillé-Polian
Il se fonde sur l’article 100, relatif à la bonne tenue de nos débats. Je me joins à la demande de Mme Panot. Pour que les groupes puissent s’organiser, il me semble important que nous ayons une meilleure visibilité s’agissant des textes qui pourraient être inscrits à l’ordre du jour par le gouvernement dans les prochains jours.
Après l’article 15 (suite)
Mme la présidente
Sur l’amendement no 1020, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Rappels au règlement
Mme la présidente
La parole est à Mme Mathilde Panot, pour un rappel au règlement.
Mme Mathilde Panot
Je constate que le gouvernement ne veut pas nous répondre, mais il va bien falloir qu’il le fasse. Deux scénarios sont possibles : ou bien la motion de rejet n’est pas adoptée, et dans ce cas nous examinons jusqu’à samedi soir le texte relatif à la Kanaky Nouvelle-Calédonie,…
M. Thibault Bazin
Ah non, c’est le samedi de Pâques !
Mme Mathilde Panot
…ou bien elle est adoptée.
Or vous comprenez que nous avons besoin de savoir si nous siégerons jeudi, vendredi et samedi et quel texte nous examinerons cette semaine. Car, vous l’ignorez peut-être, messieurs les ministres, mais au sein de chaque groupe sont nommés des responsables de texte. Par exemple, pour le projet de loi dont nous discutons ce soir, ces chefs de file sont Louis Boyard et Mathilde Feld. (Mme Ségolène Amiot applaudit.)
Il doit bien y avoir quelqu’un, au sein du gouvernement, qui soit en mesure de nous donner cette information. Je demande donc une suspension de séance afin que nous obtenions cette réponse.
Suspension et reprise de la séance
Mme la présidente
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à vingt-trois heures quarante, est reprise à vingt-trois heures quarante-cinq.)
Mme la présidente
La séance est reprise.
La parole est à M. Denis Masséglia, pour un rappel au règlement.
M. Denis Masséglia
Il se fonde sur l’article 100, relatif à l’organisation de nos débats. J’aimerais demander aux députés La France insoumise jusqu’à quand ils continueront à faire de l’obstruction. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Depuis des jours, depuis des semaines, vous faites de l’obstruction sur ce projet de loi. Or nous avons un agenda à tenir, des circonscriptions à gérer. Dites-nous jusqu’où vous comptez aller, car nous ne pouvons pas continuer comme ça.
M. Louis Boyard
Ce sont vos rappels au règlement qui bloquent les débats !
Mme la présidente
La parole est à Mme Mathilde Panot, pour un rappel au règlement.
Mme Mathilde Panot
Je rassure notre collègue Masséglia : à minuit, il pourra aller se coucher et nous continuerons, de notre côté, à faire notre travail sérieusement. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mon rappel au règlement se fonde sur l’article 100. Pendant la suspension, nous avons discuté avec le gouvernement, mais il ne répond pas à nos questions sur le calendrier. Pour que tout le monde comprenne, je rappelle que des séances ont été ouvertes samedi, y compris le soir. Or nous ne savons toujours pas quand se terminera l’examen du projet de loi sur les fraudes ni quand nous commencerons à débattre du texte relatif à la Kanaky Nouvelle-Calédonie – une discussion qui se terminera probablement dès l’adoption de la motion de rejet préalable.
Il circule un bruit insistant, confirmé par l’existence d’un mail, selon lequel le gouvernement inscrirait à l’ordre du jour la proposition de loi Yadan. Ce texte étant extrêmement contesté, à la fois par de nombreuses organisations et par des rapporteurs spéciaux des Nations unies, il est plus que jamais nécessaire que nous nous organisions au sein du groupe pour préparer l’examen du texte. Nous avons donc besoin que le ministre chargé des relations avec le Parlement vienne dans l’hémicycle pour répondre à la question posée sur la suite de l’ordre du jour. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) Nous avons besoin d’une réponse, messieurs les ministres : il y va du respect de la dignité du travail du Parlement. Ce n’est en rien de l’obstruction, il s’agit simplement de respecter le travail des parlementaires ! (Mêmes mouvements.)
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l’action et des comptes publics.
M. David Amiel, ministre
Madame la présidente Panot, le ministre des relations avec le Parlement vient d’adresser un courrier à la présidence de l’Assemblée nationale précisant que demain, après les questions au gouvernement, nous reprendrons l’examen du projet de loi « fraudes », et qu’après la fin de l’examen de ce texte, nous entamerons l’examen du projet de loi constitutionnelle relatif à la Nouvelle-Calédonie. Voilà l’ordre du jour qui est proposé au Parlement. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme Mathilde Panot
Vous ne répondez pas à la question !
M. Louis Boyard
C’est insultant !
Mme la présidente
En tout état de cause, je vous invite à poursuivre la discussion des amendements, même s’il est vrai qu’au rythme actuel, nul ne peut dire quand l’examen de ce projet de loi va se terminer. (Mêmes mouvements.)
Mme Mathilde Panot
Si on termine vendredi pour commencer la loi Yadan samedi, c’est un problème !
Mme la présidente
Vous étiez en conférence des présidents ce matin, madame la présidente Panot, et vous avez pu constater comme moi que quand il a été prévu d’ouvrir samedi prochain, c’était uniquement pour poursuivre l’examen du projet de loi sur la Nouvelle-Calédonie.
La parole est à M. Christophe Bentz, pour un rappel au règlement.
M. Christophe Bentz
Sur la base des mêmes articles que ceux précédemment évoqués, c’est-à-dire les articles 100 et 59. Cela fait bizarre de le reconnaître, mais je pense que la présidente Panot a parfaitement raison d’insister auprès de M. le ministre de l’action et des comptes publics, parce qu’on a besoin de connaître précisément le planning des heures et des jours à venir pour des raisons d’organisation personnelle et familiale, pour des raisons professionnelles, pour des raisons d’organisation avec nos collaborateurs – ceux qui travaillent sur les textes, mais aussi nos collaborateurs en circonscription. Pour toutes ces raisons, monsieur le ministre, nous avons en effet besoin, c’est vrai, de réponses précises. Nous, parlementaires, nous sommes responsables devant les Français, et vous, le gouvernement, vous êtes responsable devant le Parlement. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RN et UDR.)
Mme la présidente
La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy.
M. Benjamin Lucas-Lundy
Sur la base de l’article 50, entre autres. Monsieur le ministre, ne faites pas semblant de ne pas avoir compris la question posée par la présidente Panot et par notre collègue Sophie Taillé-Polian avant la dernière suspension. La question qui vous est posée est la suivante : si la motion de rejet préalable sur le texte constitutionnel relatif à la Kanaky Nouvelle-Calédonie est adoptée, quelles sont les intentions du gouvernement en termes d’agenda législatif ? La réponse que vous nous faites m’amène à faire deux observations. La première, c’est que vous avez peut-être décidé d’entourlouper l’Assemblée nationale, puisqu’on sait que Mme Yadan fait circuler par mail la rumeur, qui se répand dans l’Assemblée nationale, selon laquelle son texte serait étudié cette semaine, c’est-à-dire que vous prendriez en traître notre assemblée…
Mme Karen Erodi
Exactement !
M. Benjamin Lucas-Lundy
…pour anticiper d’une semaine l’examen de ce texte scandaleux et controversé ! (« Eh oui ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Ce serait déloyal vis-à-vis du Parlement et de l’opinion publique, qui suit avec intérêt les travaux que nous menons en ce moment sur un texte particulièrement sensible.
Ma seconde observation a trait au respect du Parlement : on sait que vous n’en avez pas l’habitude avec les 49.3, les passages en force, la brutalisation du Parlement… Mais tout de même, on est là pour faire la loi, et la faire dans de bonnes conditions. Les bricolages permanents de l’ordre du jour et de l’agenda parlementaires, donc de l’étude des textes, ça suffit ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Ça suffit pour nos collaborateurs et pour nous-mêmes ! Non pas pour notre petit confort, mais pour la façon dont nous faisons la loi ici ! Nous ne sommes pas à la disposition de ce gouvernement et encore moins ici pour nous adapter à l’impréparation et à l’amateurisme d’un gouvernement qui ne sait pas construire un ordre du jour ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Thibault Bazin
C’est le cirque de votre côté depuis deux jours !
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l’action et des comptes publics, puis je souhaite que nous puissions examiner les deux articles additionnels restants avant la fin de la séance.
M. David Amiel, ministre
Je souhaite la bienvenue à M. Benjamin Lucas-Lundy, que nous n’avons pas beaucoup vu depuis le début de nos débats. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
M. Benjamin Lucas-Lundy
Qu’est-ce que ça veut dire ? Je suis là depuis le début !
M. David Amiel, ministre
Pour ce qui est de votre question, monsieur le député,…
M. Benjamin Lucas-Lundy
C’est incroyable ! Pour qui se prend-il, celui-là ?
M. David Amiel, ministre
…l’intention du gouvernement, c’est que le projet de loi constitutionnelle relatif à la Nouvelle-Calédonie soit adopté ; 3 100 amendements ont été déposés, ne préjugeons pas de l’adoption d’une motion de rejet préalable que, pour notre part, nous combattons ; l’ordre du jour est connu, il a été arrêté…
Mme Mathilde Panot
Arrêtez ! C’est n’importe quoi !
M. David Amiel, ministre
…et vient d’être confirmé par une lettre du ministre des relations avec le Parlement.
Mme la présidente
La parole est à Mme Sandrine Runel, pour un rappel au règlement.
Mme Sandrine Runel
Sur la base de l’article 100, même s’il s’agit en fait moins de la bonne tenue des débats que de l’apaisement des débats. Pour ne pas incriminer à tout-va le gouvernement, on se doit de rappeler que le feu aux poudres a été mis par le mail de 15 h 51 de Mme Yadan, dans lequel elle indique très clairement que si la motion de rejet du projet de loi sur la Nouvelle-Calédonie est adoptée – et il y a tout de même de fortes probabilités que ce soit le cas au regard des discussions que nous avons pu avoir –, son texte pourrait être présenté dès le jeudi 2 avril à 9 heures, qu’il a le soutien plein et entier du gouvernement et qu’il passera donc quoi qu’il en coûte. C’est écrit noir sur blanc. Je tiens évidemment ce mail à votre disposition, messieurs les ministres, si vous n’en avez pas eu connaissance. Connaissant les usages de ce gouvernement, je n’ai aucun doute sur le fait que le texte pourrait effectivement être inscrit à l’ordre du jour du jeudi 2 avril à 9 heures. Vous comprenez donc notre inquiétude.
J’aimerais bien savoir si Mme Yadan est au gouvernement et si c’est elle qui est ministre des relations avec le Parlement ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Finalement, au lieu de réveiller M. Panifous à 23 h 51, il suffit peut-être d’appeler Mme Yadan pour qu’elle nous dise à quel moment va passer son texte… En tout cas, ne jouez pas avec nous, ne jouez pas avec notre ordre du jour parlementaire. (Mêmes mouvements.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Sophie Taillé-Polian.
M. Thibault Bazin
On va peut-être faire une prolongée tout de même ! (Sourires.)
Mme Sophie Taillé-Polian
Puisque le ministre chargé des relations avec le Parlement suit nos débats, j’imagine qu’il est en mesure de nous envoyer dès maintenant un courrier afin de nous préciser quels vont être les prochains textes inscrits à l’ordre du jour. Cela me semble absolument indispensable et je demande une suspension de séance afin qu’il puisse faire diligence. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
La suspension ne sera que de deux minutes, madame la députée. Néanmoins, à voir le rythme d’examen des amendements, il semble évident que nous n’aurons certainement pas terminé demain soir et que, le temps d’examiner ensuite le texte sur la Nouvelle-Calédonie, celui de Mme Yadan ne pourra pas être commencé jeudi prochain.
Mme Christine Arrighi
Ah ça, on n’en sait rien !
Mme la présidente
Mais non, ce ne sera pas terminé demain, vous voyez bien comment se déroulent les débats.
La parole est à Mme Mathilde Panot.
Mme Sophie Taillé-Polian
J’ai demandé une suspension, madame la présidente.
Mme Mathilde Panot
Que tout le monde comprenne bien : nous sommes dans une semaine dite du gouvernement, c’est-à-dire qu’il n’y a pas besoin de conférence des présidents et que le gouvernement peut décider lui-même de l’ordre du jour. Vous dites, madame la présidente, que des séances sont prévues jusqu’à samedi inclus pour terminer le texte sur la Kanaky Nouvelle-Calédonie, mais si c’est en effet bien ouvert jusqu’à samedi, le gouvernement peut y introduire ce qu’il souhaite, n’est-ce pas ?
Mme la présidente
En effet.
Mme Mathilde Panot
Monsieur le ministre Amiel, vous venez de dire que vous espériez que le projet de loi constitutionnelle soit adopté, mais votre collègue Naïma Moutchou, ministre des outre-mer, dit elle-même qu’elle attend de l’Assemblée qu’elle prenne ses responsabilités, c’est-à-dire que nous le rejetions. Dans ces conditions, ne vous moquez pas de nous : tout le monde sait que ce texte va être rejeté – et nous en sommes d’ailleurs très heureux, car cela va mettre un coup d’arrêt au passage en force du gouvernement sur la question de la Kanaky Nouvelle-Calédonie.
Ensuite, il y a des éléments qui ne manquent pas de nous interroger, à commencer par le mail envoyé par Mme Yadan pour indiquer que son texte va être à l’ordre du jour. J’aimerais savoir pourquoi l’une de nos collègues dispose de plus d’informations que l’ensemble des députés ici présents (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS ainsi que sur plusieurs bancs du groupe SOC) alors que, je le rappelle, les groupes doivent s’organiser, faire appel à leurs députés spécialistes du sujet sur lequel porte le texte de loi, ce qui suppose qu’ils soient prévenus à temps si la proposition de loi Yadan arrive maintenant – est-ce pour éviter que la colère citoyenne ait le temps de gonfler ? –,…
M. Sébastien Huyghe
C’est de la politique-fiction !
Mme Mathilde Panot
…et non dans deux semaines comme c’était initialement prévu. Ne vous moquez pas de nous, ne nous dites pas que vous ne pouvez pas prévoir si la motion de rejet va être adoptée ou non. Il y a deux scénarios possibles, celui où elle est adoptée et celui où elle est rejetée, et nous voulons savoir comment vont s’organiser les débats parlementaires en fonction de ce qui va advenir. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Suspension et reprise de la séance
Mme la présidente
La séance est suspendue.
M. Thibault Bazin
Au point où nous en sommes, autant lever la séance !
(La séance, suspendue à vingt-trois heures cinquante-quatre, est reprise à vingt-trois heures cinquante-huit.)
Mme la présidente
La séance est reprise.
Mme la présidente de l’Assemblée nationale vous informe que demain, à 15 heures, le ministre des relations avec le Parlement fera un point sur la suite de l’ordre du jour. (« Ah ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Mathilde Panot, pour un rappel au règlement.
Mme Mathilde Panot
Toujours au titre de l’article 100. Il est bien que la présidente de l’Assemblée ait exigé du ministre chargé des relations avec le Parlement que l’ensemble des députés soit directement informé de ce qui va se passer pour la suite de la semaine. Mais en conséquence, madame la présidente, je vous demande de lever la séance, car il ne serait pas sérieux de reprendre la discussion des amendements dans ces circonstances.
Mme la présidente
Compte tenu de l’heure, telle était bien mon intention, madame Panot.
La suite de la discussion est renvoyée à la prochaine séance.
2. Ordre du jour de la prochaine séance
Mme la présidente
Prochaine séance, demain, à quatorze heures :
Questions au gouvernement ;
Suite de la discussion du projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales.
La séance est levée.
(La séance est levée à minuit.)
Le directeur des comptes rendus
Serge Ezdra