Réunion du bureau de l’APF à Podogrica (Monténégro) les 30 et 31 janvier 2026

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Crédits : Assemblée Nationale

Mme Dieynaba Diop, députée, présidente déléguée de la section française de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), vice‑présidente de l’APF, M. Guillaume Chevrollier, sénateur, président de la commission politique de l’APF, et Mme Amélia Lakrafi, députée, déléguée générale de l’APF, se sont rendus à Podgorica (Monténégro), pour participer à la réunion du bureau de l’APF vendredi 30 et samedi 31 janvier 2026.

Au cours de la cérémonie officielle d’ouverture des travaux du bureau dans l’hémicycle du Parlement du Monténégro, M. Andrija Mandic, président du Parlement du Monténégro, Mme Anđela Vojinović, présidente de la section monténégrine de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, M. Hilarion Etong, président de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, ont souligné l’attachement du Monténégro à la Francophonie, espace linguistique et de valeurs, espace de coopération parlementaire et d’avenir.

Parmi les points figurant à l’ordre du jour, les membres du bureau ont pris acte des changements intervenus dans la composition du bureau, avec les désignations de M. Michel Wolter, député (Luxembourg), trésorier de l’APF, M. Guillaume Chevrollier sénateur (France), président de la commission politique de l’APF, M. Aimé Boji Sangara, président de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo, M. Patrick Achi, président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, et M. Carlo Sommaruga, conseiller aux Etats suisse et président de la section, membres du bureau de l’APF.

Les membres du bureau ont été informés de deux demandes d’adhésion à titre d’observateurs du Parlement arabe et de l’Union nationale des Assemblées législatives des États fédérés du Brésil (UNALE). Ils ont décidé de transmettre ces deux demandes pour instruction et recommandation à la commission politique.

Au cours du temps d’échange avec Mme Caroline St-Hilaire, administratrice de l’Organisation internationale de la Francophonie, les parlementaires se sont réjouis de la convergence des priorités entre les deux institutions et de l’approfondissement de la coopération. 

Les membres du bureau ont validé le rapport d’activité et le suivi du cadre stratégique de l’APF, notamment les grandes orientations données aux prochaines actions visant à répondre aux enjeux actuels de l’espace francophone.

Les présidents des quatre commissions et des deux réseaux, ainsi que les quatre délégués régionaux ont à leur tour présenté leur rapport d’activité.

M. Joël Godin, président de la commission des affaires parlementaires, a complété sa présentation en annonçant la liste des actions de coopération pour 2026, validée par le bureau.

Le trésorier a présenté le projet de budget 2026, qui a fait l’objet d’un long débat entre les parlementaires avant d’être adopté.

Ensuite, les membres du bureau ont adopté le code du personnel du secrétariat général de l’APF, la liste des récipiendaires de l’Ordre de la Pléiade pour le premier semestre 2026, le calendrier prévisionnel des réunions statutaires de 2026, pris acte de l’attribution du prix Geoffrey Dieudonné 2025 et missionné la commission politique afin d’adapter les statuts.

Ils ont également auditionné M. Siegfried Peters, président de l’association des secrétaires généraux des parlements francophones (ASGPF).

En marge de cette réunion, la délégation française s’est entretenue avec Son Exc. Mme Anne-Marie Maskay, ambassadrice de France au Monténégro.

1. Situation politique dans l’espace francophone

M. Guillaume Chevrollier a présenté son rapport sur les situations politiques complexes dans l’espace francophone et commencé par évoquer les sections suspendues. Il a souligné que des évolutions institutionnelles notables avaient été enregistrées en 2025 en Syrie avec, notamment, l’organisation d’élections législatives en octobre, destinées à mettre en place un organe législatif de transition.

Chevrollier à la tribune
Crédits : Assemblée Nationale

Dans l’espace sahélien, M. Guillaume Chevrollier a indiqué que la rupture engagée par l’Alliance des États du Sahel avec plusieurs mécanismes internationaux se poursuivait, et que l’annonce, en septembre, du retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Cour pénale internationale en constituait une illustration.

 Au Mali, la situation sécuritaire s’est fortement dégradée. Les actions du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GNIM), notamment par la mise en place de blocus économiques, ont affecté les principaux axes d’approvisionnement du pays. Les conséquences humanitaires et économiques ont été lourdes : pénuries de carburant, coupures d’électricité, ralentissement de l’activité économique et fermeture temporaire de services publics. Malgré une amélioration partielle en fin d’année, la situation reste instable.

Au Burkina Faso, entre 60 et 70 % du territoire échapperaient aujourd’hui au contrôle de l’État. Les violences, imputables tant aux groupes djihadistes qu’aux forces de sécurité, se multiplient. Dans ce contexte, la réintroduction de la peine de mort et la poursuite des restrictions aux libertés publiques – arrestations d’acteurs de la société civile, dissolution de la Commission électorale, criminalisation de l’homosexualité – traduisent un durcissement autoritaire préoccupant.

Au Niger, le président élu M. Mohamed Bazoum demeure détenu depuis le coup d’État de juillet 2023. Les arrestations de responsables politiques, de journalistes et de magistrats se poursuivent, tandis que plusieurs organisations internationales ont été contraintes de quitter le pays.

Il a souligné que l’instabilité politique et sécuritaire en Haïti empêche toujours la tenue d’élections générales crédibles, alors que près de la moitié de la population se trouve en situation d’insécurité alimentaire.

M. Guillaume Chevrollier a ensuite évoqué la situation des sections placées sous mécanisme de transition, indiquant que la plupart ont achevé leur feuille de route constitutionnelle. Il a rappelé que le mécanisme étant prévu pour une durée maximale de deux ans, la commission politique devra se prononcer sur l’opportunité de sa levée, en vue de la session de Yaoundé.

Le Gabon poursuit son processus de réintégration régionale et internationale, alors qu’il a réintégré la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC) et le Commonwealth.

En Guinée, le référendum constitutionnel de septembre a officiellement consacré l’adoption d’une nouvelle Constitution, ouvrant la voie à l’élection présidentielle du 28 décembre dernier. La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) et l’Union africaine ont, toutes deux, levé les sanctions imposées au pays. Toutefois, la suspension de plusieurs partis d’opposition et l’arrestation de figures dissidentes continuent d’alimenter les inquiétudes.

Le Tchad a quant à lui parachevé sa transition au tournant de l’année 2025, avec les élections législatives qui ont permis de renouveler les membres de son Assemblée nationale. Néanmoins, le contexte politique demeure tendu alors que de nombreuses arrestations arbitraires de responsables politiques et de journalistes ont été signalées. Sur le plan institutionnel, une réforme constitutionnelle adoptée en septembre 2025 permet désormais au président en exercice de se représenter sans limitation de mandat. Parallèlement, des défis sécuritaires et humanitaires majeurs persistent, notamment autour du lac Tchad et à la frontière soudanaise.

M. Guillaume Chevrollier a ensuite rappelé que la commission politique réunie le 11 juillet dernier avait recommandé la levée de la mesure du placement sous alerte de la République centrafricaine, sous réserve de la tenue, en décembre 2025, d’élections générales libres, transparentes et crédibles. Il a relevé que ces élections se sont déroulées dans un climat globalement apaisé, malgré un contexte sécuritaire tendu et encore contraignant, et ont permis l’ouverture de 99 % des bureaux de vote sur l’ensemble du territoire et conduit à la réélection du chef de l’État, M. Faustin-Archange Touadéra. Il a souligné que si la situation humanitaire demeure préoccupante, des évolutions positives sont à relever sur le plan sécuritaire. Deux des mouvements armés les plus actifs, l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC) et le groupe Retour, Réclamation et Réhabilitation (3R), ont accepté de déposer les armes au mois d’avril dernier. Au total, onze des quatorze groupes signataires de l’accord de 2019 ont été officiellement dissous, avec l’appui de la MINUSCA. Au regard de ces avancées significatives, la commission politique a recommandé au Bureau la levée de l’alerte sur la République centrafricaine, ce qui a été accepté.

Enfin, M. Guillaume Chevrollier a évoqué la possibilité, pour la commission politique, d’étudier lors de sa prochaine réunion la possibilité d’appliquer un mécanisme de vigilance démocratique visant Madagascar et la Guinée Bissau.

Dans le débat qui a suivi, Mme Amélia Lakrafi a notamment annoncé qu’elle lancerait prochainement un appel à candidatures pour participer à un comité mixte entre les parlementaires de la République démocratique du Congo et du Rwanda pour suivre l’évolution de la situation dans la région des Grands Lacs.

M. Aimé Boji Sangara, président de l’Assemblée nationale de la République du Congo, a insisté sur la situation des réfugiés rwandais et a demandé que soit mis à l’ordre du jour des prochains travaux de l’APF la question de la transparence des chaines d’approvisionnement en minerais dans les zones de conflit. M. Guillaume Chevrollier a considéré que ce sujet pourrait en effet être prochainement étudié par la commission politique.

M. Hassan Seibou a préconisé de maintenir le dialogue avec les sections suspendues, a minima par l’intermédiaire de la Région Afrique, et a considéré que la prochaine commission politique devrait s’attacher à réévaluer les mécanismes de vigilance démocratique mis en œuvre à l’égard des sections guinéenne et tchadienne, compte tenu de notables évolutions politiques.

M. Borith Ouch a évoqué le conflit frontalier entre le Cambodge et la Thaïlande, et lancé un appel pour que l’APF contribue à la stabilité régionale en réaffirmant le nécessaire respect de la souveraineté des États et du non-recours à la force. 

M. Carlo Sommaruga a déclaré que l’engagement de l’APF contre la peine de mort devait rester central, alors que la situation en la matière se dégrade dans certaines régions de l’espace francophone.

2. Situation géopolitique des Balkans occidentaux

Dans le contexte international actuel marqué par de fortes tensions et de nombreux défis géopolitiques, un débat a permis aux parlementaires présents d’aborder la situation géopolitique des Balkans occidentaux, et notamment des implications potentielles pour la Francophonie dans cette zone géographique où le dialogue et la coopération jouent un rôle dans la stabilité de la région. À cette occasion, l’engagement de l’APF dans la prévention des crises et pour l’État de droit et les libertés publiques a été rappelé.

Mme Dieynaba Diop a notamment pris la parole pour souligner combien la région des Balkans avait connu un tournant historique majeur avec la signature des Accords de paix de Dayton, dont le trentième anniversaire avait été célébré en 2025, et qui avaient ouvert une nouvelle phase pour cette région, où les stigmates du passé étaient encore présents, et qui était confrontée à des dynamiques politiques complexes, des divisions ethno nationalistes, des crises politiques internes mais aussi des interventions extérieures.

Crédits : Assemblée Nationale

Elle s’est réjouie que ces pays regardent résolument vers l’Europe, tout en réaffirmant la nécessité de leur ancrage à celle-ci, nécessité renforcée avec la guerre menée par la Russie en Ukraine. Elle a ajouté que les Balkans étaient au confluent du jeu de puissances extérieures qui cherchaient à renforcer leur influence dans la région et étaient engagées, à des degrés divers, dans des stratégies de limitation, voire d’endiguement du rapprochement des pays de la zone avec l’Union européenne et l’OTAN également.

Or, selon elle, l’Union européenne était la preuve qu’il n’y avait pas de meilleur encouragement pour dépasser les conflits encore ouverts qu’une adhésion et c’était bien la volonté de surmonter les blessures de l’histoire qui avait construit l’Europe, opportunité de paix, mais aussi promesse de prospérité.

Mme Dieynaba Diop a ensuite rappelé que la France agissait en ce sens au sein de l’Union européenne mais aussi dans le cadre des autres institutions internationales, qu’elle soutenait les efforts et les mécanismes de coopération régionale et qu’elle était engagée pour la paix, la sécurité et la résolution des différends dans la région. Elle a souligné combien la France se tenait aux côtés des pays des Balkans occidentaux pour appuyer leurs efforts de réforme dans la perspective de leur adhésion à l’UE et cité à ce propos la mise en place d’une stratégie française pour les Balkans occidentaux, lancée en 2019, doublée de la nomination en septembre 2023 d’un envoyé spécial pour les Balkans, M. René Troccaz.

Elle a rappelé les enjeux majeurs dans cette région du monde comme bien sûr les questions de sécurité et de défense mais également plus largement la lutte contre la criminalité organisée, le trafic de stupéfiants, la cybersécurité et salué, à titre d’exemple, la création récente du Centre de développement des capacités cyber dans les Balkans occidentaux, basé à Podgorica.

Enfin, elle a indiqué que le Parlement français organisait des actions de coopération pour appuyer et accompagner les parlements des Balkans dans leur marche vers l’intégration européenne.

M. Guillaume Chevrollier est également intervenu pour rappeler que, trente ans après la guerre, la paix était réelle dans les Balkans occidentaux, mais restait fragile et que cette région, si elle était négligée, pourrait redevenir un foyer de crise. Il a indiqué que les Balkans occidentaux constituent aujourd’hui un enjeu stratégique majeur, non seulement pour l’Europe, mais plus largement pour la stabilité internationale.

Il a rappelé que l’intégration européenne demeure l’horizon politique naturel de ces pays et que la France soutient clairement leur ancrage euro atlantique, tout en défendant une approche progressive, conditionnelle et individualisée, fondée notamment sur l’État de droit, la lutte contre la corruption et la normalisation des relations régionales.

Cette approche est, pour lui, pleinement cohérente avec le Processus de Berlin, qui illustre une forme de coopération régionale souple permettant d’avancer sans adhésion immédiate, tout en consolidant la stabilité politique et économique.

Il a souligné que la lenteur du processus d’intégration comporte un risque stratégique : celui d’affaiblir la crédibilité européenne et de laisser le champ libre à des influences extérieures. La Russie, la Chine et la Turquie développent dans la région des stratégies d’influence politiques, économiques ou culturelles, qui prospèrent sur les frustrations et les blocages. Cette situation n’est pas propre aux Balkans : elle fait écho à d’autres régions du monde confrontées à des transitions démocratiques et à des rivalités géopolitiques, y compris dans l’espace francophone.

Face à ces défis, M. Guillaume Chevrollier a rappelé que la France agit concrètement. Depuis 2019, elle déploie une stratégie dédiée aux Balkans occidentaux, combinant sécurité, coopération de défense, cybersécurité, justice et développement. Les missions KFOR au Kosovo et EUFOR Althea en Bosnie-Herzégovine, les accords de coopération militaire, ou encore la création à Podgorica du Centre de développement des capacités cyber dans les Balkans occidentaux (C3BO) en matière de sécurité numérique, illustrent cet engagement de long terme et la prise en compte des menaces hybrides.

Il a précisé que la diplomatie parlementaire et la Francophonie ont un rôle essentiel à jouer. Par le programme de coopération Inter Pares de l’Union européenne, le Programme d'invitation des personnalités d'avenir (PIPA) du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, et l’accueil régulier de délégations de parlementaires et de fonctionnaires issus des Balkans occidentaux, le Parlement français accompagne des processus de coopération progressive, sans se substituer aux cadres existants.

Pour lui, les Balkans occidentaux ne sont donc pas seulement un enjeu régional : ils constituent un laboratoire de gouvernance et de coopération, dont les enseignements peuvent utilement nourrir la réflexion collective de la Francophonie sur la stabilité, la diversité et le multilatéralisme.