Politique agricole commune
Question de :
M. Andr� Ren�
- Rassemblement pour la République
La Commission des communautes europeennes vient de rendre publique une etude realisee a sa demande par des experts europeens et americains sur la politique agricole de la Communaute et des Etats-Unis. M Rene Andre attire l'attention de M le ministre de l'agriculture et de la foret sur les vives inquietudes que font naitre chez de nombreux exploitants agricoles les conclusions hatives qui semblent avoir ete tirees de cette etude. Il ressortirait notamment de cette etude que la remise en cause de la politique agricole commune est ineluctable et que les agriculteurs europeens devraient par consequent se resigner a de fortes baisses de prix, lesquelles pourraient atteindre 15 p 100 pour la viande bovine, 20 p 100 pour les cereales, les oleagineux et le lait, et 40 p 100 pour le sucre. De telles solutions aboutiraient a remettre en cause les objectifs assignes par le Traite de Rome a l'agriculture et entraineraient la ruine de la plupart des exploitations, avec des consequences economiques et sociales tres graves pour la Communaute europeenne tout entiere. Pour les agriculteurs europeens en general, et ceux de la Manche en particulier, qui connaissent depuis de nombreuses annees deja une deterioration constante de leur situation et dont le revenu pour la campagne en cours est lourdement hypotheque par le fonctionnement des stabilisateurs budgetaires, la large diffusion donnee a ces hypotheses est particulierement mal ressentie chez les exploitants. De plus, cette publication parait inopportune dans le contexte actuel des negociations commerciales multilaterales, dans la mesure ou les scenarios etudies outrepassent le cadre du mandat qui a ete donne a la commission, ce qui risque d'affaiblir nos positions en laissant croire que la Communaute est prete a d'invraisemblables concessions. Il lui demande donc d'intervenir pour la defense des specificites de la politique agricole commune dans le cadre du GATT et cela afin de maintenir la place de l'agriculture francaise et europeenne dans le monde.
Réponse du Gouvernement :
Reponse. - Cette etude intitulee « Disharmonies in EC ans US agricultural policies » (« Les discordances entre les politiques agricoles communautaires et americaines ») est le resultat du travail d'une equipe de chercheurs (douze economistes : neuf europeens et trois americains) initiee a la demande de la Commission des communautes europeennes. Ces resultats ayant ete presentes aux representants de la commission, l'equipe a ete invitee a elargir et ameliorer son rapport. Le principal interet de cette etude est d'examiner certaines modalites d'une reduction concertee des soutiens a l'agriculture des deux grands pays que sont les Etats-Unis et la Communaute economique europeenne. Ceci est en effet conforme a l'objectif de negociation defini a Punta del Este ainsi qu'aux engagements auxquels la CEE a souscrit notamment dans le cadre de l'Organisation economique de cooperation et de developpement (OCDE). Selon les auteurs, en effet, l'hypothese sous-jacente de l'etude est que les soutiens agricoles differents entre les deux pays et les distorsions qui en decoulent sont la cause essentielle des discordances des politiques communautaires et americaines. A partir de ce constat, les auteurs de l'etude ont teste une serie de decisions politiques qui pourraient attenuer certaines des discordances ainsi relevees. Ces « options » sont ensuite examinees sous l'angle des gains economiques retires par les producteurs, les consommateurs, les contribuables et la societe dans son ensemble. On peut a cet egard regretter que l'etude n'aborde que les deux pays consideres, alors que les travaux de l'OCDE ont demontre que la reforme des politiques agricoles ne pourra etre menee a bien que si elle est engagee de maniere concertee par l'ensemble des pays intervenant sur les marches agricoles. Les criteres de choix des parametres retenus dans les modeles sont egalement discutables - pourquoi par exemple avoir retenu la suppression des quotas laitiers ? - et il est necessaire de relativiser tous les resultats obtenus : en particulier, il est exclu de retenir les niveaux absolus des gains et des pertes des agents economiques consideres. L'un des resultats de l'etude est de montrer l'effet excessivement penalisant sur les revenus des producteurs europeens des options retenues, ainsi egalement que les effets sur le commerce exterieur de la Communaute, ce qui montre assez aisement l'aspect tres theorique de cette etude et son caractere inacceptable. Enfin, cette etude abandonne le contexte strictement scientifique qui aurait du etre le sien pour proposer des recommandations politiques et des choix de negocation qui privilegient des themes souvent opposes a ceux de la Communaute : recours au decouplage au detriment du soutien par les prix et liberalisation totale de l'agriculture apres des mesures a court terme, en particulier. Tant le choix des amenagements que les resultats des simulations envisagees n'engagent que leurs auteurs, ainsi que le precise la page de couverture de cette publication. Il ne s'agit pas d'un document de travail depose par la Commission sur la table du conseil qui, de ce fait, ne l'a pas evoque lors de ses plus recentes discussions. Il convient enfin de preciser que, s'agissant des negociations dans le cadre de l'« Uruguay Round », la Commission n'est le porte-parole que dans le cadre du mandat qu'elle a recu du conseil des ministres de la Communaute.
Auteur : M. Andr� Ren�
Type de question : Question écrite
Rubrique : Politiques communautaires
Ministère interrogé : agriculture et forêt
Ministère répondant : agriculture et forêt
Date :
Question publiée le 19 septembre 1988