Politique monetaire
Question de :
M. Reymann Marc
- Union pour la démocratie française
M Marc Reymann rappelle a M le ministre d'Etat, ministre de l'economie, des finances et du budget, que l'« economie reelle » fait preuve au niveau mondial d'un dynamisme important. Dans tous les grands pays industriels, la production retrouve des rythmes de croissance eleves. Les Etats-Unis en sont a leur sixieme annee consecutive de croissance et le chomage y est inferieur de moitie a celui de la France en 1988. La Republique federale d'Allemagne et la France esperent depasser les 2,5 p 100 de croissance cette annee. Le krach boursier d'octobre 1987 provenait d'un desequilibre aux Etats-Unis entre l'epargne et l'investissement, desequilibre dont les deficits commerciaux et budgetaires etaient le reflet. La recession a ete evitee par l'injection massive de liquidites dans l'economie. Cependant, les marches financiers anticipent deja la fin de la croissance. Depuis decembre 1987, le dollar a gagne 10 p 100 par rapport aux principales monnaies. Cette petite remontee est liee aux Etats-Unis a la hausse des taux d'interet. Les Americains consomment plus qu'ils ne produisent et investissent plus qu'ils n'epargnent. Apres l'election presidentielle de novembre 1988, les Etats-Unis connaitront un ralentissement de leur activite et probablement un rencherissement du loyer de l'argent. Les banques centrales britannique et americaine ont deja relance un mouvement general de hausse des taux d'interet dans le monde. Ainsi, le 9 aout 1988, la Fed a releve son taux d'escompte a 6,5 p 100 et la Banque d'Angleterre a releve son taux d'intervention sur le marche monetaire a 11 p 100. Face au resserrement de la politique monetaire dans la plupart des grands pays industrialises, il lui demande si la France peut durablement aller a contre-courant et avoir pour principal objectif de reduire ses taux d'interet reels.
Réponse du Gouvernement :
Reponse. - Comme le souligne l'honorable parlementaire, l'economie des principaux pays industrialises connait une croissance soutenue, qui n'avait pas ete prevue en debut d'annee. Elle devrait etre superieure a 3 p 100 pour les principaux pays de l'Organisation de cooperation et de developpement economique (OCDE). A l'inquietude du debut de l'annee sur les risques et les consequences d'une eventuelle recession se sont substituees les craintes d'une eventuelle reprise de l'inflation, qui serait alimentee par les liquidites injectees apres la crise boursiere d'octobre 1987. Ces craintes ont ete en particulier entretenues par l'evolution du prix des matieres premieres, par la croissance des agregats monetaires et celle de la consommation chez certains de nos partenaires. La volonte de prevenir toute reprise de l'inflation a conduit plusieurs d'entre eux a resserrer leur politique monetaire en relevant leurs taux d'interet. Dans cet environnement, la France s'est trouvee placee dans une situation specifique ; a la fin du printemps 1988, ses taux d'interet reels etaient les plus eleves parmi ceux des pays industrialises, et cette situation allait de pair avec la perspective d'une bonne maitrise de nos prix et de nos agregats monetaires. Cela a permis, sans affecter la tenue de notre monnaie, de proceder aux mois de mai et juin a deux baisses successives du taux d'intervention de la Banque de France, qui ont ramene nos taux reels a des niveaux plus proches de ceux de nos principaux partenaires. La hausse generalisee des taux directeurs au mois d'aout, que la France a partiellement suivie, la Banque de France relevant d'un quart de point ses taux directeurs, a donne aux marches un signal clair de la determination des autorites monetaires a lutter contre l'inflation. Apres une periode de tension sur les taux reels a la fin du mois, une certaine detente a ete enregistree au cours du mois de septembre. Les sept principaux pays industrialises ont d'ailleurs constate a Berlin, comme en temoigne leur communique, que si la vigilance demeurait necessaire il n'y avait pas de signes tangibles d'une reprise generalisee de l'inflation. L'evolution de nos taux d'interet reels et de l'ecart de ceux-ci avec ceux de nos concurrents dependent maintenant tres etroitement de notre capacite a demontrer que nous poursuivons nos efforts de desinflation. C'est de la disparition de notre differentiel d'inflation avec l'Allemagne que viendra progressivement la reduction de notre ecart de taux d'interet reels avec ce pays. C'est egalement la poursuite de cette strategie de desinflation competitive qui nous permettra d'assurer la stabilite de notre monnaie, d'ameliorer notre competitivite et d'atteindre ainsi un plus haut niveau d'activite et d'emploi. Par ailleurs, le Gouvernement poursuivra, bien entendu, ses efforts pour que la concurrence dans le secteur financier permette aux entreprises, et notamment aux PME, d'acceder a des ressources financieres a des conditions de taux moins couteuses, comme il l'a fait en abaissant le plancher d'emission des billets de tresorerie et en affectant au financement des petites et moyennes entreprises (PME)une partie des ressources des comptes pour le developpement industriel (Codevi).
Auteur : M. Reymann Marc
Type de question : Question écrite
Rubrique : Politique economique
Ministère interrogé : économie, finances et budget
Ministère répondant : économie, finances et budget
Date :
Question publiée le 26 septembre 1988