Question écrite n° 3680 :
Aide alimentaire

9e Législature

Question de : M. Chavanes Georges
- Union du Centre

M Georges Chavannes attire l'attention de M le ministre de la cooperation et du developpement sur l'aide alimentaire classique, d'urgence ou non, accordee aux pays en voie de developpement, certes necessaire et bienvenue. Mais le plus souvente, cette aide en cereales francaises, si elle permet de resoudre des problemes ponctuels, concurrence en temps normal les producteurs locaux, les prive de leur marche, et les decourage. En fin de compte, elle diminue la capacite de ces pays a se nourrir eux-memes. Lancee voici trois ans, la campagne « Pour une Afrique verte » a eu un impact evident : celui de faire acheter une petite partie de l'aide francaise non plus en France, mais sur place, dans les pays excedentaires proches des zones de famine. Une telle pratique aussi heureuse doit etre poursuivie. L'evolution salutaire ainsi entamee serait rendue irreversible, a l'avenir, en consacrant des cette annee 10 p 100 de l'aide alimentaire francaise a des achats locaux en Afrique. Il lui demande les mesures qu'il compte prendre pour accentuer la demarche dite d'operations triangulaires, porteuse d'espoir pour les pays africains malgre son surcout apparent des achats locaux.

Réponse du Gouvernement :

Reponse. - La demande transmise a l'honorable parlementaire par l'association Terres des hommes, dans le cadre de la campagne « Pour une Afrique verte », fait, a juste titre, le point sur les dangers que represente pour les economies locales l'attribution d'une aide alimentaire concurrencant les produits locaux et allant ainsi a l'encontre de l'objectif d'autosuffisance alimentaire. Il est tout a fait certain que l'aide alimentaire, qui s'est certes revelee indispensable en 1984, doit etre geree avec precaution pour ne pas destabiliser les economies locales. C'est pourquoi, les dispositions deja prises seront poursuivies : la premiere consiste a ne plus verser d'aide alimentaire gratuite aux pays les moins necessiteux et de verser les sommes recueillies par la vente de cette aide sur un compte special permettant de financer des projets de developpement ; la seconde consiste a developper les aides dites triangulaires permettant l'achat de cereales dans un pays en voie de developpement et leur transport dans un pays voisin dont la production est deficitaire. Le ministere de la cooperation et du developpement a meme finance des operations de distribution de cereales d'une region productrice a une region necessiteuse d'un meme pays. L'aide dite triangulaire est relativement onereuse en raison essentiellement du cout des achats locaux qui doivent generalement etre faits a des prix superieurs aux cours mondiaux et des couts de transport. Elle sera neanmoins poursuivie soit directement par le ministere, soit indirectement par le biais de subventions versees a des organisations non gouvernementales pour mettre en oeuvre ces operations (une telle action est actuellement en cours de realisation pour la fourniture de mais blanc achete au Mozambique et livre a des refugies mozambicains au Malawi). La sauvegarde des economies des pays en voie de developpement implique des choix difficiles ; les orientations actuelles de la politique de cooperation et de developpement doivent nous conduire a favoriser les echanges Sud-Sud. Par ailleurs, des actions dites de diversification consistant a envoyer dans les pays qui le souhaitent des produits alimentaires autres que des cereales sont des maintenant engagees : elles pourraient atteindre bientot 10 p 100 du total de l'aide alimentaire.

Données clés

Auteur : M. Chavanes Georges

Type de question : Question écrite

Rubrique : Politique exterieure

Ministère interrogé : coopération et développement

Ministère répondant : coopération et développement

Date :
Question publiée le 10 octobre 1988

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