Question écrite n° 4650 :
Politique de l'education

9e Législature

Question de : M. Dimeglio Willy
- Union pour la démocratie française

M Willy Dimeglio attire l'attention de M le ministre d'Etat, ministre de l'education nationale, de la jeunesse et des sports, sur la situation inquietante de l'apprentissage de la lecture et de sa langue. En juin 1987, l'evaluation effectuee par le SPRESE (service des statistiques du ministere) montre que 25 p 100 des eleves ne comprennent pas globalement la signification d'un texte lu, que 50 p 100 ne sont pas capables d'une lecture approfondie et reflechie. Par ailleurs, des etudes prealables du SPRESE ont mis en evidence que les enfants qui redoublent le CP - redoublement dont la cause est presque toujours l'echec en lecture - n'atteindront jamais la seconde. Or 10,7 p 100 redoublent le CP Dans ces conditions, l'objectif admis par tous de conduire 80 ou 74 p 100 d'une classe d'age au baccalaureat est tout a fait hors de portee. Pourtant, depuis plus de dix ans, les ministres successifs ont place l'apprentissage de la langue au premier rang des priorites de l'ecole : de nombreuses circulaires ont ete publiees en ce sens. Il lui demande de faire le bilan de leur application et de lui indiquer quelle action d'ensemble il entend mener pour que tous les eleves disposent du savoir-lire adapte aux exigences d'aujourd'hui.

Réponse du Gouvernement :

Reponse. - L'etude a laquelle il est fait reference a ete effectuee en juin 1987 aupres d'un echantillon representatif de classes de CM 2 dans la perspective d'apprecier, en lecture et en mathematiques, les competences des eleves et d'identifier les types de difficultes qu'ils pourraient rencontrer en premiere annee de college. Il convient de noter, mais c'etait une des donnees de l'exercice, que, pour de nombreux eleves, ces textes presentaient deux ordres de difficultes cumules a des degres divers : ils traitaient de sujets peu familiers et etaient de facture complexe quant au lexique et a la syntaxe utilises. L'epreuve de lecture visait donc a evaluer la comprehension de textes divers : litteraires, historiques, scientifiques, a caractere utilitaire, tres proches de ceux des manuels de sixieme, a partir de reponses ecrites a des questions, ce qui correspond a des habitudes de travail et de controle tres repandues dans les colleges. Par ailleurs, sur un plan plus strictement pedagogique, les resultats obtenus illustrent et confirment la complexite du concept de lecture : comprendre des textes suppose, en effet, au-dela de la comprehension du sens litteral, un certain degre d'initiation au champ culturel auquel ils appartiennent, a la langue qu'ils emploient, aux articulations logiques qu'ils proposent. Enfin, il est utile de savoir que les competences les moins bien acquises a un niveau donne de la scolarite sont les plus recentes ; tout se passe comme si les lacunes constatees a ce niveau se compensaient, du moins en grande partie, dans la suite de la scolarite. Il appartient aux instances scolaires, dont la mission reste de dispenser a tous les eleves un enseignement adapte et de qualite, de veiller a eviter a ceux qui sont en difficulte d'accumuler les echecs. C'est pourquoi le ministre d'Etat, ministre de l'education nationale, de la jeunesse et des sports, a charge le recteur Migeon d'une mission specifique sur la lecture. C'est a partir des conclusions de l'etude precitee que ce dernier a etabli le rapport qui a ete rendu public le 23 mars 1989. Certaines des propositions qu'il presente devraient etre mises en oeuvres des la prochaine rentree scolaire : une evaluation des acquis des eleves en debut de CE 2 et en sixieme, en francais et en mathematiques ; l'elaboration de modules de formation continue destines aux enseignants qui se trouvent confrontes aux difficultes de lecture de leurs eleves ; la mise en place de « missions lecture » permettant a des enseignants particulierement qualifies d'apporter une aide a leurs collegues ; la generalisation des circonscriptions mixtes d'inspection dans le premier degre afin de renforcer la continuite des demarches et des apprentissages pour les eleves de cinq a huit ans ; une large diffusion de ce rapport sera assuree aupres des personnes concernees afin qu'elles puissent apporter leur contribution dans la perspective d'un colloque national. Dans l'enseignement primaire, de nombreuses mesures ont deja ete prises ces dernieres annees : l'amelioration de la formation des instituteurs, le developpement du taux de prescolarisation des enfants de deux a trois ans dans les zones d'education prioritaires, l'importance accordee aux apprentissages de base dans les programmes et instructions pour l'ecole elementaire. En outre, des structures d'accueil repondant plus particulierement aux difficultes de certains enfants ont ete mises en place : les classes d'adaptation, qui sont des classes a petits effectifs et, les classes d'initiation, qui regroupent a temps complet ou partiel les enfants non francophones. Les enfants etrangers disperses, dont le nombre ne permet pas de constituer de telles classes, recoivent cette initiation par un instituteur en tres petits groupes en complement des heures de classe. Durant l'annee scolaire 1985-1986, deja plus de 20 p 100 des enfants qui relevaient d'un enseignement special - soit 18 980 eleves - ont pu etre integres dans les classes ordinaires. Une politique globale de lutte contre l'echec scolaire a ete definie, des mai 1988, par le ministre d'Etat, ministre de l'education nationale, de la jeunesse et des sports, et mise en oeuvre a la rentree scolaire. Ainsi, les actions conduites dans les zones d'education prioritaires ou se manifestent des difficultes scolaires importantes, seront renforcees. Des moyens en heures supplementaires ont ete degages. Par ailleurs, un fonds d'aide a l'innovation a ete cree, pour faciliter le developpement et le renouvellement des diverses initiatives emanant des ecoles et des etablissements scolaires.

Données clés

Auteur : M. Dimeglio Willy

Type de question : Question écrite

Rubrique : Enseignement

Ministère interrogé : éducation nationale, jeunesse et sports

Ministère répondant : éducation nationale, jeunesse et sports

Date :
Question publiée le 31 octobre 1988

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