Question écrite n° 4651 :
Detenus

9e Législature

Question de : M. Farran Jacques
- Union pour la démocratie française

M Jacques Farran attire l'attention de M le ministre de l'interieur sur les crimes odieux qui sont regulierement perpetres dans le departement des Pyrenees-Orientales. Les derniers en date sont ceux de deux jeunes policiers, peres de famille, tues fin aout lors d'une fusillade au cours d'un hold-up d'une bijouterie dans une rue particulierement animee, en plein centre de Perpignan, par deux criminels dont un etait en cavale depuis sa derniere permission et l'autre sorti apres une condamnation de dix ans de prison. Et, debut septembre, un paisible medecin retraite se faisait odieusement assassiner sur son bateau par un individu sorti de prison depuis a peine une semaine. Dans ces deux cas, les auteurs de ces crimes sont des truands en cavale a la suite de permission, ou des recidivistes notoires. Il lui demande quelles mesures il envisage de prendre pour empecher que ces truands, lors de sorties obtenues d'une facon trop laxiste, ne viennent endeuiller des familles ou transformer le personnel charge d'assurer la securite des biens et des personnes en handicapes a vie.

Réponse du Gouvernement :

Reponse. - La legislation francaise, ainsi d'ailleurs que celle de la quasi-totalite des pays europeens, prevoit la possibilite d'accorder des permissions de sortir a des detenus en vue de preparer leur reinsertion professionnelle ou sociale, de maintenir leurs liens familiaux ou encore de leur permettre d'accomplir une obligation exigeant leur presence hors d'un etablissement penitentiaire. La loi fixe bien sur des conditions pour l'octroi de ces permissions, conditions qui ont ete respectees pour ce qui concerne les permissions evoquees par l'honorable parlementaire. Ainsi, les permissions de sortir ne peuvent-elles etre accordees a des detenus ayant fait l'objet d'une condamnation donnant lieu a une periode de surete dont la duree est variable mais qui peut, pour les cas les plus graves, etre de trente ans en application de l'article 720-2 du code de procedure penale. Le fait qu'un detenu se trouve dans les delais legaux n'ouvre pas pour autant un droit automatique a beneficier de permissions. La decision d'accorder une permission de sortir est en effet prise, apres avis de la commission de l'application des peines dont fait partie, outre le representant du parquet, le directeur de l'etablissement dans lequel l'interesse est detenu, par le juge de l'application des peines qui preside cette commission, et apres enquete confiee aux services de police ou de gendarmerie du lieu ou doit se derouler la permission. Cette procedure d'octroi de permissions de sortir permet de s'entourer d'un maximum de precautions afin d'eviter au maximum les risques resultant inevitablement de la decision. C'est ainsi qu'il convient de noter que sur les 25 130 detenus ayant beneficie d'une permission en 1987, 268 seulement n'ont pas reintegre l'etablissement a l'issue de celle-ci, soit 1,06 p 100. Pour la meme annee, le nombre d'infractions commises par des permissionnaires s'est eleve a soixante-cinq, dont sept de nature criminelle, soit 0,02 p 100. Sur les 268 non-reintegrations, et grace a l'action rapide et ferme des magistrats, des forces de police et de l'administration penitentiaire, 157 detenus ont pu etre repris et reincarceres. Les statistiques demontrent egalement qu'en 1987 le nombre moyen de permissions accordees pour les douze mois est reste stable par rapport a celui de 1986. Il convient enfin de preciser qu'en application des dispositions de l'article 245 du code penal les faits d'evasion sont sanctionnes lorsqu'ils ont eu lieu au cours d'une permission par une peine de six mois au moins a dix ans au plus qui ne peut faire l'objet d'aucune confusion. En definitive, si les evenements dramatiques evoques par l'honorable parlementaire doivent conduire a redoubler d'attention avant d'attribuer une permission a certains detenus, il n'apparait pas pour autant qu'il y ait lieu de remettre en cause une institution dont l'interet, tant pour la reinsertion des detenus que pour la prevention de la recidive, n'est plus a demontrer. Les echecs tres rares de ces mesures ne doivent pas en effet conduire a oublier que, grace aux permissions accordees chaque annee sans le moindre incident, beaucoup de detenus sont ainsi prepares a un retour a la vie libre, ineluctable a l'issue de leur peine, dans des conditions beaucoup plus favorables sur le plan de la securite publique que s'ils n'avaient pas beneficie de permissions.

Données clés

Auteur : M. Farran Jacques

Type de question : Question écrite

Rubrique : Systeme penitentiaire

Ministère interrogé : intérieur

Ministère répondant : justice

Date :
Question publiée le 31 octobre 1988

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