Quotas de production : Morbihan
Question de :
M. Cavaill� Jean-Charles
- Rassemblement pour la République
M Jean-Charles Cavaille attire l'attention de M le ministre de l'agriculture et de la foret sur les difficultes dramatiques que connaissent les producteurs de lait du departement du Morbihan qui, sur les deux dernieres paies de lait, se sont vu appliquer les prelevements au titre des penalites pour depassement dans le cadre de la campagne 1987-1988. Le Morbihan est le 5e departement producteur de lait de France. Il compte 10 500 producteurs qui collectent de 11 a 12 millions d'hectolitres par an. La structure de production dans notre departement interesse essentiellement de petites ou moyennes exploitations, puisque : 1o 4 000 exploitants produisent moins de 60 000 litres ; 2o 2 400 exploitants produisent entre 60 000 et 100 000 litres ; 4 100 exploitants produisent plus de 100 000 litres. Malgre les dispositions qui ont ete prises notamment par l'arrete du 10 aout 1988, force et de constater que : 1o pour les producteurs de moins de 60 000 litres, les regles appliquees pour la mise en oeuvre des prelevements les placent dans une situation de detresse economique et morale totale. 2o pour les producteurs de quantites superieures, certaines exploitations dont les resultats technique sont satisfaisant, se voient freiner dans leur developpement et, ces exploitations, qui devraient assurer l'avenir de la production, sont menacees. Enfin, dans certains cas, l'appel du solde des prelevements prevus pour le mois de juillet 1989 placera les interesses dans une situation invraisemblable puisque le montant a prelever risque d'etre superieur a la totalite de la paie de lait. L'importance de la production laitiere dans le departement du Morbihan, sa repartition territorial et le maintien de cette production dans certaines zones defavorisees le conduisent a lui demander quelles sont les mesures urgentes qu'il compte mettre en oeuvre afin de modifier ou attenuer les conditions de recouvrement des penalites dont l'effet risque, dans la situation actuelle, de conduire de nombreuses exploitations a la cessation d'activite.
Réponse du Gouvernement :
Reponse. - Le regime de maitrise de la production laitiere, mis en place au niveau communautaire, comporte l'obligation pour les Etats membres qui depassent leur quantite globale garantie, fixee par la reglementation, d'acquitter un prelevement supplementaire proportionnel a ce depassement ; ce prelevement est fonction du cout d'ecoulement des quantites produites en excedent : actuellement, son taux est egal au prix indicatif du lait (2,14 francs par litre). La Frnce se trouve dans cette situation a la fin de la campagne laitiere 1987-1988 : le depassement francais est estime a 321 000 tonnes ; ce qui correspond a un prelevement supplementaire de 670 millions de francs environ. Ce prelevement supplementaire est du par les producteurs qui, en 1987-1988, ont livre des quantites de lait ou de produits laitiers superieures a la reference qui leur avait ete notifiee par leur laiterie ; dans le cas des producteurs prioritaires, cette reference a pu etre augmentee, en cours de campagne, par des supplements a caractere definitif et par des allocations provisoires (valables pour la seule campagne) attribues par les entreprises ; les premiers sur les quantites liberees par les primes de cessation d'activite laitiere, les secondes a partir des quantites non produites par d'autres livreurs de la meme laiterie. Pour repartir le prelevement supplementaire entre tous les redevables, et afin de faire coincider exactement le total des sommes prelevees, au niveau des producteurs et des entreprises, avec le montant du par la France a la Communaute europeenne, une reattribution de la totalite des references non utilisees par certains producteurs a ete effectuee sous forme de « prets de quotas » : a cette fin, conformement aux dispositions de la reglementation communautaire, l'office du lait a preleve : 1o les « quotas morts » des entreprises qui respectent leur reference ; 2o une partie des sous-realisations internes disponibles de toutes les entreprises, correspondant a 0,24 p 100 de la reference de chacune d'elles ; les quantites ainsi recuperees, qui representaient environ 147 000 tonnes, ont permis de satisfaire les besoins exprimes par les laiteries dont les disponibilites sont insuffisantes pour assurer le traitement minimum uniforme au niveau national (fixe par l'arrete de penalisation) de certaines categories de producteurs. L'arrete relatif a la determination du prelevement supplementaire a la charge des producteurs et des acheteurs de lait prevoit des mesures particulieres en faveur : 1o des producteurs prioritaires (definis au niveau national dans l'arrete de campagne du 10 juillet 1987), dans la limite d'un pourcentage de leur objectif annuel de plan ou, a defaut d'objectif agree, de 50 p 100 de leur depassement ; d'une facon generale, ce pourcentage de l'objectif est de 95 p 100 en montagne et de 93 p 100 dans les autres zones ; toutefois, la fraction qui depasse 200 000 litres n'a ete prise en consideration qu'a concurrence de 92 p 100 et de 90 p 100 respectivement. 2o Des petits producteurs de lait specialises qui sont titulaires d'une reference inferieure a 60 000 litres ; un pret de quotas est venu couvrir 30 p 100 de leur depassement, dans la limite de 2 000 litres par exploitation. 3o Des producteurs victimes de calamites climatiques en 1983, dans la limite d'une quantite calculee a partir des livraisons de la meilleure des trois annees 1981, 1982 et 1983. Enfin, s'il restait des quantites disponibles dans certaines entreprises apres complete satisfaction des besoins des producteurs qui viennent d'etre enumeres, les laiteries ont pu les repartir entre l'ensemble de leurs livreurs en depassement ; en veillant toutefois a ne pas attenuer le depassement des producteurs non prioritaires de plus de 50 p 100 et a ne pas traiter moins favorablement un producteur prioritaire encore en depassement, apres repartition de ce reliquat, qu'un non-prioritaire dans la meme situation. Apres avoir corrige l'assiette comme il vient d'etre indique, le montant du prelevement du par chaque producteur a ete calcule en appliquant le taux unitaire de penalisation fixe a 2,14 francs par litre. Des delais de paiement sont accordes aux producteurs qui pourront etaler le versement de leur prelevement supplementaire sur onze mois a partir de septembre 1988. En outre, chaque versement ne peut, comme les annees precedentes, exceder 20 p 100 de la recette laitiere du mois, si le producteur dispose d'une reference superieure a 60 000 litres, et 10 p 100 si celle-ci est inferieure a 60 000 litres. Le ministre de l'agriculture et de la foret est conscient que l'application de ces prelevements supplementaires peut provoquer des situations parfois dramatiques dans certaines exploitations ; cependant, il n'est pas possible de se soustraire aux obligations communautaires. Il peut assurer l'honorable parlementaire que le dispositif retenu, dont les grandes lignes ont recu un accueil favorable des trois familles qui composent l'interprofession laitiere, correspond a un effort de solidarite tres important en faveur des producteurs laitiers qui se trouvent dans les situations les plus delicates (exploitations endettees en phase de croissance, petits producteurs, cas economiques et sociaux particulierement difficiles). En outre, la procedure d'aide aux agriculteurs en difficulte, qui vient d'etre mise en place, permettra, apres un examen cas par cas au niveau local, de remedier aux situations les plus difficiles. Enfin, l'effort financier consenti par les pouvoirs publics en faveur du secteur laitier s'est traduit, depuis le debut de l'annee 1988, par le versement de sommes tres importantes : l'indemnisation communautaire au titre de la suspension temporaire de 4 p 100 des references accordee a tous les producteurs, pour un montant total de 750 millions de francs ; la prise en charge de cotisation sociale, dans la limite de 2 500 francs par exploitation, en faveur des petits producteurs specialises, pour un montant global de 150 millions de francs ; une prise en charge d'interets des prets contractes par les producteurs en difficulte, d'un montant global de 50 millions de francs, qui vient en plus des msures generales prises au titre du fonds d'amortissement de la dette agricole. L'ensemble de ces mesures doit permettre aux producteurs, touches par la mise en oeuvre des prelevements supplementaires, de garder espoir et de poursuivre l'amelioration necessaire de la competitivite de leurs exploitations.
Auteur : M. Cavaill� Jean-Charles
Type de question : Question écrite
Rubrique : Lait et produits laitiers
Ministère interrogé : agriculture et forêt
Ministère répondant : agriculture et forêt
Date :
Question publiée le 31 octobre 1988