Fonds forestier national
Question de :
M. Deniau Jean-Fran�ois
- Union pour la démocratie française
M Jean-Francois Deniau attire l'attention de M le ministre de l'agriculture et du developpement rural sur les consequences de la reforme du fonds forestier national. Le fonds forestier national, compte special du Tresor, a ete cree en 1946 pour relancer en France une politique forestiere ambitieuse, en lui donnant les moyens de financer les interventions de l'Etat en faveur du reboisement et de l'equipement des forets de production. Apres quarante-cinq ans de mise en application, cette politique pouvait se prevaloir d'un excellent bilan, ayant contribue a faire passer le taux de boisement de la France de 20 a 26 p 100, a creer 17 000 kilometres de routes forestieres, a moderniser les exploitations forestieres et les scieries. En 1989, pour se mettre en accord avec la reglementation communautaire, une reforme du fonds forestier national a du etre entreprise. Non quant a ses objectifs, qui sont d'ameliorer la production forestiere et d'accroitre la superficie boisee, et qui n'ont pas ete remis en cause, mais quant aux modalites de perception et de comptabilite de la taxe alimentant le fonds. Preparee par le ministere de l'agriculture et de la foret, cette reforme etait concretisee par l'article 36 de la loi de finances no 90-1162 du 29 decembre 1990, et est entree en vigueur le 1er janvier 1991. L'objectif annonce du ministere de l'agriculture et de la foret etait d'arriver a un produit global de la taxe de 20 p 100 inferieur au montant anterieur, compte tenu du transfert de certaines aides sur le budget de l'Etat et de la realisation d'economies par suppression de depenses qui n'avaient pas a etre prises en charge par le FFN. Ainsi, le produit de la taxe que le ministere attendait pour 1991 etait chiffre a 520 millions de francs. De fait, le resultat enregistre en 1991 et les resultats attendus et estimes pour les annees a venir sont tres inferieurs aux objectifs. Les chiffres annonces par le ministere lors de l'installation du comite d'orientation du fonds forestier national, le 27 mai dernier, sont les suivants, en chiffres ronds : produit de la taxe percu en 1990 : 693 millions de francs ; produit de la taxe prevu par le ministere : 520 millions de francs ; produit de la taxe en 1991 : 310 millions de francs ; produit de la taxe prevu pour 1992 : 346 millions de francs ; produit de la taxe prevu pour 1993 : 438 millions de francs. Les consequences sont, des a present, tres lourdes pour la foret et l'emploi en zone rurale. De 1990 (avant la reforme) a 1993, toujours selon les donnees fournies par le ministere de l'agriculture et de la foret : les credits du FFN sont divises par deux, passant de 829 millions de francs a 408 millions de francs ; les subventions sont reduites de plus de moitie : de 390 millions de francs a 187 millions de francs ; les prets, si utiles pour les communes forestieres pauvres, sont divises par cinq : 26 millions de francs au lieu de 142 millions de francs ; les superficies reboisees diminuent de moitie : de 32 100 hectares en 1990, 16 800 hectares en 1993 ; les realisations routieres chutent de 40 p 100 de 2 340 a 1 310 kilometres. Cet effrondrement des interventions du FFN n'aura pas seulement des consequences graves sur le developpement de nos ressources boisees et sur la politique forestiere en general ; il aura malheureusement des effets negatifs immediats sur l'emploi. Deja, des responsables departementaux signalent que la baisse des credits va entrainer de nombreuses suppressions d'emploi en foret, que l'on peut estimer a 30 p 100 cette annee. Ainsi, on mesure bien les repercussions desastreuses d'une telle reforme. Au moment ou, paradoxalement, on parle de nouvelles dispositions en faveur des secteurs ruraux pour lutter contre la desertification, au moment ou l'on convoque les assises du monde rural, au moment ou des aides communautaires sont mises en place pour favoriser le boisement d'une partie des deprises agricoles, la politique forestiere est demantelee en mettant a bas le fonds forestier national. Des milliers d'emplois seront supprimes dans des regions forestieres, dans nos communes forestieres. A plus long terme, les effets previsibles ne sont pas moins graves. La realisation des amenagements des forets appartenant aux communes, qui visent a valoriser la foret et sa production, va se trouver gravement perturbee, avec toutes les consequences que cela entraine pour l'equilibre et l'avenir de la foret communale. L'exode rural, par perte d'emplois, va se trouver accentue, avec des implications nombreuses autant que nefastes sur l'amenagement du territoire et l'environnement. L'economie forestiere dans son ensemble enfin va se trouver atteinte dans sa progression. Rappelons, a, ce sujet, que l'economie forestiere est un important support de l'emploi : 550 000 personnes vivent du bois, en France. L'exploitation des arbres et la transformation du bois representent une activite comparable a celle de l'automobile ou du textile. En consequence, il lui demande quelles mesures le Gouvernement compte prendre pour ameliorer la capacite financiere et les possibilites d'intervention en faveur de la foret du fonds forestier national.
Réponse du Gouvernement :
Reponse. - La reforme de la taxe forestiere, qui est entree en vigueur a partir du 1er janvier 1991, a ete rendue necessaire par les exigences repetees de la Commission des Communautes europeennes. Celle-ci, en effet, avait estime que l'ancienne taxe n'etait pas conforme a l'article 33 de la VIe directive sur la creation ou le maintien de taxes sur le chiffre d'affaires. La France a donc modifie l'assiette de l'ancienne taxe afin de la rendre compatible avec la reglementation communautaire, tandis que, parallelement, elle repondait aux griefs de la Commission sur les emplois du Fonds forestier national en financant a partir de 1991 les aides aux entreprises de la premiere transformation du bois a partir du budget de l'Etat. Lors de l'elaboration du projet de loi de finances pour 1991, le ministere de l'agriculture et du developpement rural a eu pour objectif de diminuer la recette totale attendue de la taxe forestiere, dans la mesure ou les differentes organisations professionnelles concernees demandaient tout a la fois un allegement global de la charge pesant sur les entreprises et des mesures d'economie, ne faisant plus supporter au Fonds forestier national que des depenses liees a la politique forestiere, et excluant de ce fait des depenses annexes, telles que des frais de personnel. La recette previsionnelle s'elevait donc a 414 MF apres deduction des frais d'assiette et de recouvrement du 4 p 100 et du prelevement du 15 p 100 au profit d'actions forestieres financees par le budget du ministere de l'agriculture et du developpement rural. Ce montant ne peut etre compare a celui des deux ou trois annees precedentes, qui, en raison de la situation conjoncturelle tres favorable, depassait de beaucoup une tendance observee sur moyenne periode. Il n'en reste pas moins que les rentrees effectives de la taxe au profit du Fonds forestier national sont tres inferieures aux previsions. Elles s'elevent en 1991 a 254 MF, en 1992 a 260 MF environ, auxquelles il convient d'ajouter les remboursements de prets (120 MF environ) et les recettes diverses. C'est donc a 380 MF environ que peut etre estime le montant annuel du Fonds forestier national depuis 1991. Plusieurs facteurs expliquent cet ecart : des concessions ont ete consenties entre l'elaboration de la simulation budgetaire et le vote definitif de la taxe forestiere a l'occasion de la loi de finances 1991. Il s'agit en particulier de la non-taxation, en cas de livraison a soi-meme, des produits destines a la fabrication de produits taxes ; alors que la taxe etait exigible au 1er janvier 1991, les nouvelles dispositions ont fait l'objet d'une instruction du 15 mars 1991. Il en est donc resulte un retard, au moins pour 1991, dans l'acquittement par les assujettis de leurs obligations fiscales ; la situation des menuisiers et charpentiers a fait l'objet de precisions, notamment dans les instructions du 15 mars 1991 et du 20 janvier 1992, qui dispensent d'imposition les artisans menuisiers ou charpentiers au sens du decret du 10 juin 1983, dans la mesure ou ceux-ci ne fabriquent qu'occasionnellement des menuiseries ou elements de charpente. Sont exemptes de meme les travaux de pose des entreprises qui mettent en oeuvre directement des sciages sur un chantier ; enfin, alors que dans l'ancien systeme le nombre des assujettis ne depassait pas 5 000, il s'eleve desormais a 40 000 environ. Doivent, en effet, payer la taxe les entreprises de premiere et seconde transformation de bois d'oeuvre et d'industrie. Il en resulte une sensibilisation encore insuffisante des nouveaux assujettis, malgre les efforts effectues aupres d'eux par les services des ministeres des finances et de l'agriculture. A ces raisons, il convient d'ajouter le retournement de conjoncture, particulierement brutal dans le secteur des industries du bois, tres lie au batiment, a l'emballage et a l'expansion economique generale. En 1992, on a pu observer tout a la fois des baisses de prix unitaires et des diminutions d'activites en volume. Les syndicats concernes, preoccupes par la crise du secteur, ont preconise une reduction volontaire de l'activite pour plusieurs mois. Dans ce contexte defavorable, le ministere de l'agriculture et du developpement rural a reuni par deux fois, en 1992, le comite d'orientation du Fonds forestier national, afin de recueillir l'avis des milieux professionnels concernes. Pour 1991, et a un moindre degre pour 1992, les engagements nouveaux ont pu rester importants en raison des recettes constatees au cours de la periode d'expansion precedente. En revanche, pour 1993, la necessite de continuer a equilibrer le compte special du Tresor a conduit a une tres grande selectivite dans les depenses, tandis qu'etait entrepris un nouvel effort de prise en charge par le budget du ministere des depenses en personnel. Dans cette perspective, les depenses liees au boisement, devraient s'elever a 120 MF et permettre de reboiser 26 000 hectares environ. Celles relatives a l'equipement representeront 46 MF. Les actions de recherche-developpement (123 MF) permettront le financement dans des conditions normales du CTBA, des CRPF et de l'IFN. Enfin, alors que les actions de protection representeront 30 MF, celles relatives a la mobilisation (20 MF) seront completees par des credits communautaires pour l'exploitation forestiere. A partir de 1994, et en l'absence d'une remontee significative des recettes, de nouvelles orientations financieres seront recherchees, afin de parvenir a un financement satisfaisant de la politique forestiere.
Auteur : M. Deniau Jean-Fran�ois
Type de question : Question écrite
Rubrique : Bois et forets
Ministère interrogé : agriculture et développement rural
Ministère répondant : agriculture et développement rural
Date :
Question publiée le 18 janvier 1993