15ème législature

Question N° 40225
de M. Bastien Lachaud (La France insoumise - Seine-Saint-Denis )
Question écrite
Ministère interrogé > Éducation nationale, jeunesse et sports
Ministère attributaire > Éducation nationale, jeunesse et sports

Rubrique > enseignement secondaire

Titre > Épreuve du grand oral du baccalauréat

Question publiée au JO le : 20/07/2021 page : 5676

Texte de la question

M. Bastien Lachaud alerte M. le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports sur l'examen du grand oral dans le cadre de la réforme du baccalauréat. Par la réforme de l'examen du baccalauréat, le Gouvernement a entendu imposer comme centrale l'épreuve du grand oral. L'organisation de cette nouvelle épreuve à fort coefficient a posé de nombreuses difficultés pour les élèves, pour les enseignants ou encore pour les personnels administratifs. L'organisation des épreuves pour cette première mouture du grand oral a été gravement perturbée, dans toutes les académies dans l'Hexagone et en outre-mer. Les personnels des lycées se sont retrouvés dans des situations ingérables du fait de l'organisation même de cette épreuve, les élèves et leurs familles livrés à eux-mêmes. La presse relate une multitude de situations inadmissibles. Par exemple, des élèves ont été convoqués à des horaires pour lesquels ils n'étaient pas prévus et ont dû attendre des heures avant d'être fixés sur leur passage réel ou devoir revenir le lendemain, car aucun jury ne s'est présenté. D'autres n'ont pas reçu de convocation et ont dû prendre l'initiative de contacter les centres d'examens de leur propre chef. Certains professeurs ont été convoqués à des horaires très rapprochés dans des établissements distants, d'autres dans des établissements où ils n'étaient pas attendus. D'autres ont été convoqués pour surveiller des épreuves écrites et ont dû finalement intégrer des jurys de grand oral. Des professeurs en arrêts maladie ont même été convoqués et n'ont évidemment pu se présenter pour participer au jury. Certains élèves ont eu pour jury des professeurs qui n'enseignaient ni l'un ni l'autre la spécialité retenue par l'élève, contrairement à ce que prévoit l'épreuve. Les élèves ont donc été évalués sur la forme et non le fond, par des professeurs découvrant cette situation au dernier moment. On peut citer un autre exemple : un professeur aurait été convoqué pour faire passer le grand oral et au même moment pour faire passer les épreuves du CAPES. De manière générale, les convocations ont été tardives, jusqu'au vendredi pour le lundi. Ces délais ont empêché de rectifier les erreurs constatées, ou de préparer correctement le passage des candidats. Ces reports et erreurs de convocation ont généré un stress supplémentaire pour les élèves concernés, qui ne sont responsables en rien de la situation. Cela vient s'ajouter à une situation scolaire déjà difficile et perturbée par la pandémie. Il n'est pas acceptable que des élèves fassent les frais d'une désorganisation des services de l'État, ni que cette réorganisation ne crée une rupture d'égalité entre les candidats. Le grand oral a un coefficient très élevé; pourtant, aucune heure spécifique n'est prévue dans les emplois du temps pour les préparer. Puisqu'aucun temps d'apprentissage n'est prévu, les élèves sont dont livrés à eux-mêmes. Leur capacité à se préparer à cette épreuve dépendra donc de leur origine sociale, de la capacité de leurs familles à les conseiller. Loin de « compenser les inégalités », le grand oral les renforce. Les compétences socio-linguistiques sont en effet socialement discriminantes : les élèves de classes sociales plus aisées acquièrent par leur socialisation familiale un lexique plus étendu, des capacités grammaticales et syntaxiques plus grandes. La partie liée à l'orientation est d'autant plus socialement discriminante que les élèves des classes sociales supérieures ont plus souvent des projets simples et bien déterminés. Pour les élèves dont les choix sont incertains, dont l'incertitude est renforcée par l'aléa de Parcoursup, qui n'ont pas leurs familles pour les aider à s'orienter dans l'enseignement supérieur, cette partie de l'épreuve est particulièrement difficile à préparer. Enfin, les codes sociaux sont particulièrement discriminants pour une épreuve orale fondée surtout sur la rhétorique : la façon de s'habiller, de se coiffer, de se tenir, de s'exprimer, est marquée socialement et ne peut manquer d'influencer au moins inconsciemment les évaluateurs. La capacité à réussir sans enseignement spécifique à une épreuve orale est également déterminée par l'assurance, la confiance en soi, le sentiment de légitimité or ceux-ci sont aussi influencés par l'identité de genre des candidats. L'imprécision qui règne autour de l'organisation et des modalités des nouvelles épreuves du baccalauréat conduit à une privatisation rampante de l'éducation. Ainsi, comme la nouveauté de ces épreuves génère de l'incertitude et de l'appréhension chez les élèves, des officines privées de toute sorte ont profité de l'occasion pour proposer leurs services. Ainsi, des manuels spécifiques, des services de « coaching » privé, de soutien scolaire spécial grand oral sont à présent proposés pour aider les élèves pour la préparation du grand oral, moyennant 190 euros pour un « pass grand oral », ou encore par exemple 250 euros pour un stage de 10 heures. Ces entreprises entendent utiliser la détresse des élèves et de leurs familles pour générer du profit. Comme cela était prévisible, l'introduction de cette épreuve renforce le marché de l'éducation, alors que l'éducation nationale doit garantir un accès égal à l'éducation pour tous. Cette épreuve creuse les inégalités dans la préparation du baccalauréat, entre les élèves dont les familles peuvent payer ce genre de service et les autres. Ces capacités à se préparer renforcent les inégalités sociales inhérentes à l'épreuve. Aussi, il lui demande quand il renoncera à l'épreuve du grand oral.

Texte de la réponse