Question écrite n° 10022 :
Absence de dispositif national clair dédié aux hommes victimes de violences

17e Législature

Question de : M. José Gonzalez
Bouches-du-Rhône (10e circonscription) - Rassemblement National

M. José Gonzalez attire l'attention de M. le ministre auprès de la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles, chargé de la santé et de l'accès aux soins, sur l'absence de dispositif national clair et visible dédié aux hommes victimes de violences intrafamiliales. Si le Gouvernement rappelle régulièrement l'existence de plusieurs numéros d'appel (notamment le 116 006 et le 3039), force est de constater que leur visibilité publique demeure extrêmement faible en comparaison avec le 3919, numéro national reconnu et largement médiatisé, mais réservé aux femmes. Or selon l'enquête Cadre de vie et sécurité menée par l'INSEE et l'ONDRP, environ 130 000 hommes seraient victimes de violences conjugales chaque année en France, soit près d'un tiers du total des victimes recensées. Ces chiffres, bien qu'inférieurs à ceux concernant les femmes, révèlent une réalité trop souvent passée sous silence : les hommes peuvent également subir des violences conjugales et intrafamiliales, qu'elles soient physiques, psychologiques, économiques ou sexuelles. Plusieurs études soulignent par ailleurs que les hommes victimes tendent moins que les femmes à solliciter de l'aide extérieure. Cela s'explique par des tabous sociaux, la crainte d'être perçus comme faibles, ou encore la peur de ne pas être pris au sérieux. Dans ce contexte, le manque de visibilité d'un dispositif public clair et reconnu accentue leur isolement et renforce l'invisibilisation de leur souffrance. Protéger les femmes et lutter contre les violences qu'elles subissent, dont l'ampleur et la gravité sont incontestables, doit rester une priorité nationale. Pour autant, cet impératif ne saurait justifier que l'on piétine le principe fondamental d'égalité devant le service public, en réduisant au silence une autre catégorie de victimes. Toute victime mérite d'être écoutée et accompagnée. Il ne s'agit donc pas uniquement d'élargir le champ du 3919 dont le Gouvernement a déjà précisé les limites d'extension, dans ses réponses à d'autres parlementaires, mais bien de constater l'insuffisance de propositions concrètes et constructives sur ce sujet. L'enjeu est désormais d'ouvrir de véritables pistes de réflexion commune afin de renforcer la protection des victimes aujourd'hui oubliées, pour que chacun bénéficie d'une protection sans distinction. En conséquence, M. le député demande à M. le ministre quelles mesures concrètes il entend prendre pour garantir une égalité réelle de traitement et de visibilité entre toutes les victimes. Il lui demande, en particulier, s'il entend créer un numéro équivalent spécifiquement dédié aux hommes, bénéficiant d'une visibilité nationale et de campagnes de communication massives, ou, à défaut, doter les dispositifs existants (116 006, 3039) de moyens de communication et de reconnaissance institutionnelle comparables à ceux du 3919. Il lui demande enfin si le Gouvernement reconnaît que la situation actuelle entretient une rupture d'égalité et contribue à invisibiliser les hommes victimes, en contradiction avec les principes républicains d'universalité et d'égalité de traitement devant le service public.

Réponse publiée le 22 septembre 2026

Toute personne victime de violences conjugales ou intrafamiliales, qu'elle soit une femme ou un homme, doit pouvoir être écoutée, protégée et accompagnée.  Selon les dernières données publiées par le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), les services de police et de gendarmerie ont enregistré, en 2024, 272 400 victimes de violences commises par un partenaire ou un ex-partenaire. Les femmes représentaient 84 % des victimes et les hommes 16 %, soit environ 43 600 hommes. Par ailleurs, 85 % des personnes mises en cause étaient des hommes. Ces données ne recensent que les victimes connues des services de sécurité, le SSMSI rappelant que seule une victime de violences conjugales sur six porte plainte. Au-delà des seules violences conjugales, il est établi que les femmes sont confrontées, dans les différentes sphères de leur vie, à un continuum d'inégalités, de discriminations et de violences fondées sur le genre. Au sein du couple et de la famille, dans l'espace public, au travail ou dans l'environnement numérique, elles sont exposées de manière disproportionnée aux violences physiques, psychologiques, sexuelles, économiques et administratives, au harcèlement sexiste et sexuel, au cybersexisme, à la prostitution, aux mariages forcés et aux mutilations sexuelles féminines. Ces violences affectent leur intégrité, leur autonomie, leur sécurité économique et leur participation à la vie sociale. A cet égard, le rapport 2026 du Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes sur l'état du sexisme en France souligne notamment que les réseaux sociaux constituent des espaces de cristallisation et d'amplification des discriminations et des violences visant les femmes et les minorités de genre. Il identifie le cybersexisme comme la première forme de discours de haine en ligne et relève que 84 % de ses victimes sont des femmes. Si les hommes peuvent également subir des violences conjugales, intrafamiliales ou sexuelles, ils ne sont pas exposés, dans les mêmes proportions et dans des contextes identiques, à ce continuum structurel de discriminations et de violences. Cette différence objective de situation justifie que la politique publique combine une approche universelle, ouverte à toutes les victimes, et une approche spécialisée lorsque certaines violences touchent un public de manière importante et spécifique. C'est dans cette logique que s'inscrit le 3919 – « Violences Femmes Info », géré par la Fédération nationale Solidarité Femmes. Il constitue une ligne nationale spécialisée dans l'écoute, l'information et l'orientation des femmes victimes de violences, de leur entourage et des professionnels concernés. Sa spécialisation permet de préserver un cadre d'écoute sécurisé ainsi qu'une expertise développée depuis plus de trente ans sur les mécanismes particuliers des violences sexistes et sexuelles. Pour autant, les hommes victimes ne sont ni ignorés ni exclus. Le 116 006, numéro national d'aide aux victimes géré par France Victimes, est accessible à toute victime d'une infraction, sans distinction de sexe. Il permet une écoute et une orientation vers une association d'aide aux victimes ou un service spécialisé. Le 3039, numéro unique de l'accès au droit mis en place par le ministère de la Justice, délivre des informations juridiques, aide les usagers dans leurs démarches et permet leur mise en relation avec un point-justice.  En l'espèce, les femmes et les hommes victimes ne sont pas privés d'un accès aux dispositifs d'écoute, d'accompagnement, de protection et d'accès au droit. Toutefois, au regard du continuum des inégalités, discriminations et violences fondées sur le genre auquel les femmes sont confrontées dans les différentes sphères de leur vie, leur situation n'est pas identique à celle des hommes. La coexistence de dispositifs universels ouverts à toutes les victimes et d'un dispositif spécialisé destiné aux femmes ne méconnaît donc ni le principe constitutionnel d'égalité ni le principe d'égalité devant le service public consacré par le Conseil d'État. Le principe d'égalité n'impose pas d'uniformiser les dispositifs, mais de garantir à chaque victime une réponse accessible, effective et adaptée à sa situation.

Données clés

Auteur : M. José Gonzalez

Type de question : Question écrite

Rubrique : Aide aux victimes

Ministère interrogé : Santé et accès aux soins

Ministère répondant : Égalité entre les femmes et les hommes et lutte contre les discriminations

Dates :
Question publiée le 7 octobre 2025
Réponse publiée le 22 septembre 2026

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