Anticipation d'une éruption de la Montagne Pelée
Question de :
M. Bastien Lachaud
Seine-Saint-Denis (6e circonscription) - La France insoumise - Nouveau Front Populaire
M. Bastien Lachaud alerte Mme la ministre des outre-mer sur la réactivation préoccupante de la montagne Pelée en Martinique et les conséquences potentielles pour la sécurité des populations et l'aménagement du territoire dans le nord de l'île. Depuis plusieurs mois, l'Observatoire volcanologique et sismologique de la Martinique enregistre une activité anormale du volcan, avec plus de 6 000 séismes détectés en seulement deux semaines, un niveau jamais observé depuis plusieurs décennies. Ces signaux témoignent d'une réactivation profonde du système volcanique. Le préfet de Martinique a d'ailleurs reconnu que « le volcan se réactive » et qu'une éruption au cours de la génération actuelle est probable, sans que la date soit prévisible. La montagne Pelée reste associée à la tragédie de 1902, considérée comme la plus grande catastrophe naturelle du vingtième siècle en France. Ce drame a entraîné la mort de près de 28 000 personnes à Saint-Pierre, rasée en quelques minutes par une nuée ardente. Cet épisode, resté dans la mémoire collective, alimente une légitime inquiétude parmi les habitants du nord de la Martinique, où les secousses se multiplient. Si les autorités locales assurent prendre la situation « très au sérieux », plusieurs élus et associations locales s'interrogent sur le niveau de préparation réel face à un scénario d'éruption, notamment en matière de plan d'évacuation, d'information de la population et de coordination entre communes jumelées. Le plan Orsec prévoit certes quatre niveaux de scénarios et un jumelage entre les communes du nord et du sud de l'île, mais les exercices d'évacuation grandeur nature n'auront lieu qu'en 2026, alors même que la vigilance « jaune » est activée depuis 2020. Aussi, il lui demande quelles mesures le Gouvernement entend prendre pour assurer la sécurité des populations de Martinique face au risque volcanique, garantir la mise à jour effective et rapide des dispositifs d'évacuation et de communication et renforcer les moyens humains et financiers de l'Observatoire volcanologique et des collectivités locales concernées, afin d'anticiper et de se préparer au mieux à un scénario d'éruption de la montagne Pelée.
Réponse publiée le 23 juin 2026
La montagne Pelée en Martinique est un des quatre volcans français actifs. Il a connu de nombreuses éruptions magmatiques et phréatiques par le passé. Pour mémoire, les dernières éruptions de la montagne Pelée ont eu lieu de 1902 à 1905, avec la destruction totale de la ville de St-Pierre, et de 1929 à 1932 (éruption avec mise en place d'un dôme), limitée à des destructions matérielles grâce à l'évacuation de tout le nord de l'île. Depuis, l'activité sismique était faible et traduisait l'activité du système hydrothermal (circulations et interactions de gaz, vapeur et eau sous pression dans la roche poreuse et fracturée). L'activité fumerollienne a cessé en 1965. Depuis décembre 2018, l'observatoire enregistre une augmentation de l'activité sismique, avec une intensification à partir de novembre 2020, puis à partir de l'été 2022, un retour au niveau existant avant la crise. Dans ce cadre, le volcan est en niveau de vigilance jaune depuis le 4 décembre 2020. Ce niveau est activé en cas de détection d'une activité inhabituelle du volcan. L'activité sismique est essentiellement associée à l'activité du système hydrothermal : interaction entre l'eau, les roches et une source de chaleur au sein de la montagne Pelée. Par ailleurs, les paramètres physico-chimiques des différentes sources suivies ne montrent pas d'évolution significative durant les dernières années. Au printemps 2025, l'activité a connu un pic courant des mois de septembre à octobre, où 4 750 séismes ont été relevés en moyenne sur cette période, avant de rebaisser depuis novembre. L'énergie sismique libérée par l'ensemble des séismes superficiels reste néanmoins faible. En effet, les magnitudes détectées sont majoritairement inférieures à 0,5. Depuis la reprise de l'activité, aucun séisme, lié au volcan, n'a été ressenti par la population. Le volcan reste actif, mais sans signes évocateurs d'une éruption à court terme. Dès le début de l'intensification de l'activité sismique en 2018, la préfecture de Martinique a engagé la révision des dispositions spécifiques volcan du plan ORSEC (organisation de la réponse de sécurité civile) par un long travail avec l'équipe de l'observatoire volcanologique et sismologique de la Martinique et l'appui de la direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises. Ce document, signé en 2021, prévoit l'organisation de l'évacuation et de la mise à l'abri des habitants du nord vers le sud de l'île avec un système de jumelage entre communes, via un plan de circulation routière préétabli. L'information de la population sera faite par la préfecture via les canaux habituels (automate d'appel, Fr-Alert, radio, presse, réseaux sociaux). Le ministère de l'intérieur mène par ailleurs des actions de sensibilisation sur le risque volcanique à destination du grand public. Le plan individuel de mise en sûreté (PIMS) est un guide synthétique (une page A4) qui aide les citoyens à identifier les risques autours de chez eux, à organiser leur autonomie durant la phase critique, et à se protéger eux-mêmes mais aussi leurs proches en situation d'urgence. Reprenant les consignes de sauvegarde du vecteur FR-Alert, il permet ainsi à la population de se familiariser avec les comportements attendus en cas de crise et ainsi d'être préparée si le risque se concrétise. Une déclinaison spécifique à chaque territoire d'outre-mer est en cours de réalisation pour adapter la prise en compte des risques et des comportements aux contextes locaux en collaboration avec les préfectures. Diffusé à prêt de 450 000 exemplaires depuis 2024, le PIMS est également disponible en téléchargement sur le site du ministère de l'intérieur, de Géorisques, ainsi que sur le site de la direction générale des outre-mer. La journée nationale de la résilience est également l'occasion de soutenir des initiatives locales à destination du grand public. Pilotée par le ministère de l'intérieur en coordination avec de nombreux autres périmètres ministériels, elle permet l'émergence d'actions portées par tous les acteurs de la société, associations, entreprises, particuliers, services de l'État, etc. Ainsi en 2025, 87 projets portant 1 644 actions ont traité spécifiquement du risque volcanique, visant un public estimé à plus de 6 millions de personnes.
Auteur : M. Bastien Lachaud
Type de question : Question écrite
Rubrique : Outre-mer
Ministère interrogé : Outre-mer
Ministère répondant : Intérieur
Dates :
Question publiée le 11 novembre 2025
Réponse publiée le 23 juin 2026