Pénuries d'œufs et difficultés rencontrées par la filière française
Question de :
Mme Anaïs Sabatini
Pyrénées-Orientales (2e circonscription) - Rassemblement National
Mme Anaïs Sabatini interroge Mme la ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire sur les causes de la pénurie d'œufs observée en France et sur la fragilisation de la filière française. Ces derniers mois, les œufs manquent dans de nombreux rayons démontrant de fortes tensions d'approvisionnement sur ce produit de première nécessité, ce qui pénalise au quotidien de nombreux ménages français. Interrogée récemment dans les médias, Mme la ministre a évoqué une « réglementation très contraignante » rendant difficile l'installation de nouveaux poulaillers. De fait, la loi Égalim de 2018 et le décret de 2021 interdisent la création et l'extension de bâtiments destinés à l'élevage de poules pondeuses en cages. Selon le Comité national pour la promotion de l'œuf, la transition vers des modes d'élevage alternatifs peut entraîner jusqu'à 20 % de perte de production et nécessite un délai d'un an et demi à deux ans, ce qui limite les capacités d'adaptation de la filière, alors même que la consommation d'œufs est en hausse depuis 2023 et que de nombreux projets se heurtent à des oppositions locales. Par ailleurs, bien que la France soit le premier producteur européen avec 14,9 milliards d'œufs en 2023, ses éleveurs sont exposés à une concurrence déloyale liée à des importations, notamment d'Ukraine ou de pays extra-européens qui ne respectent pas les normes sanitaires et de bien-être animal du pays, en particulier s'agissant de la surface par poule, du débecquage ou de la gestion de la salmonellose. Cette situation crée une distorsion de concurrence au détriment des producteurs français. Elle lui demande quelle évaluation le Gouvernement fait de ces différents facteurs dans la pénurie actuelle et quelles mesures concrètes il entend prendre pour sécuriser l'approvisionnement du pays et protéger la filière française face à une concurrence ne respectant pas les mêmes standards.
Réponse publiée le 21 juillet 2026
Le Gouvernement a conscience des tensions observées ces derniers mois sur l'approvisionnement en œufs. Celles-ci s'expliquent par une consommation en forte progression. Dans un contexte d'inflation, l'œuf est devenu un produit refuge pour les ménages, avec une consommation passée de 228 à 237 œufs par habitant rien qu'entre 2024 et 2025. Cela a conduit à un léger recul du taux d'auto-approvisionnement, désormais autour de 96 %, expliquant le manque d'œufs en rayons observé par les français. La transition vers des modes d'élevage alternatifs peut entraîner à court terme des baisses de productivité et nécessite des délais d'adaptation. Cette évolution répond toutefois à une attente forte de la société et constitue un engagement structurant de la filière. Le principal enjeu réside aujourd'hui dans la capacité à investir et à renouveler les élevages pour accompagner cette transition tout en répondant à la demande. À cet égard, le Gouvernement est pleinement mobilisé pour lever les freins identifiés. Le projet de loi d'urgence agricole prévoit d'habiliter le Gouvernement à définir par ordonnance un cadre réglementaire environnemental spécifiquement adapté à l'élevage. L'objectif est de simplifier les procédures, de réduire les délais d'instruction et de sécuriser les investissements, afin de faciliter la création et la modernisation de poulaillers. Ces constats ont également été partagés dans le cadre des conférences de la souveraineté alimentaire, dont la première phase nationale vient de s'achever. Ces conférences visent à poser un diagnostic et à tracer, filière par filière, une trajectoire de reconquête pour la prochaine décennie. Les professionnels de la filière œufs ont mis en évidence dans ce cadre un besoin d'investissements et de simplification administrative pour répondre à une demande qui va continuer à croître dans les années à venir. Ils soulignent notamment que la production devra augmenter significativement dans les prochaines années, aujourd'hui freinée par la complexité des procédures et les difficultés d'acceptabilité locale, ce qui implique la construction de 70 nouveaux poulaillers par an jusqu'à 2030. D'ici l'été 2026, les préfets de région, les présidents de conseils régionaux et les chambres d'agriculture auront la responsabilité de décliner ces ambitions au plus près du terrain : enrichir les contributions nationales, identifier les leviers propres à chaque bassin de production, et faire émerger des projets structurants, associant l'amont et l'aval. L'ensemble de ces actions vise à répondre aux tensions actuelles tout en renforçant durablement la souveraineté et la compétitivité de la filière française des œufs.
Auteur : Mme Anaïs Sabatini
Type de question : Question écrite
Rubrique : Élevage
Ministère interrogé : Agriculture, agro-alimentaire et souveraineté alimentaire
Ministère répondant : Agriculture, agro-alimentaire et souveraineté alimentaire
Dates :
Question publiée le 20 janvier 2026
Réponse publiée le 21 juillet 2026