Généralisation des camions de 48 tonnes pour les campagnes betteravières
Question de :
M. Eddy Casterman
Aisne (3e circonscription) - Rassemblement National
M. Eddy Casterman attire l'attention de M. le ministre des transports sur la généralisation du transport des betteraves par camions de 48 tonnes pour donner suite à l'expérimentation faite entre 2021 et 2023. Chaque année, pendant la campagne betteravière, près de 35 millions de tonnes de betteraves sont transportées des champs vers les sucreries distilleries. Seul le transport routier permet de collecter les milliers de silos placés aux abords des champs. Le grand nombre de ces camions cause des perturbations sur les routes, dans les villages traversés et constitue une source importante d'émission de CO2. Augmenter l'emport des camions est le moyen le plus efficace de réduire leur nombre sur les routes. Entre 2021 et 2023, une expérimentation conduite par la filière betterave-sucre sous le contrôle du ministère des transports a permis de déterminer, avec des résultats favorables, les conditions de la généralisation du poids total roulant autorisé à 48 tonnes pour le seul transport betteravier. L'augmentation du tonnage a permis de réduire de 10 % et le nombre de camions sur les routes et les émissions de CO2. Cela s'accompagne d'un impact sur les chaussées très modéré, grâce à une meilleure répartition de la masse des camions sur des pneus plus larges, une modification de l'écartement des essieux des camions et la mise en place d'un essieu autovireur sur la benne afin d'augmenter la manoeuvrabilité et réduire les efforts de cisaillement dans les virages. En conséquence, il demande quel bilan il dresse de cette expérimentation et souhaite connaître le calendrier de mise en circulation des camions de 48 tonnes pour les campagnes betteravières.
Réponse publiée le 21 juillet 2026
Le passage du poids total roulant autorisé de 44 à 48 tonnes des transports de betteraves sucrières entre les champs et les usines de transformation constitue une revendication récurrente de la filière betteravière. Dans le cadre d'un plan global de soutien de la filière sucrière, le Gouvernement avait validé la mise en place d'une expérimentation de transport de betteraves au moyen d'ensembles de 48 tonnes avec des remorques spécifiques, afin d'évaluer les impacts potentiels de tels ensembles. Cette expérimentation a été menée en association avec la filière et avec l'appui du centre d'études et de recherches sur l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema), lors de deux campagnes de récolte (2021-2022 et 2022-2023). Le bilan de cette expérimentation, qui a été partagé avec l'ensemble des parties prenantes, dont les collectivités gestionnaires de réseaux routiers et les entreprises de transport, a conduit le Gouvernement à écarter la pérennisation de la circulation à 48 tonnes pour ces transports. En effet, l'expérimentation a mis en évidence les externalités importantes pour la collectivité et les surcoûts pour les transporteurs, ceux-ci n'étant pas compensés par les gains relatifs de productivité pour la filière. Le premier impact estimé est la dégradation des infrastructures routières, avec une augmentation jusqu'à 30 % de l'agressivité sur les chaussées concernées. Celle-ci engendre un vieillissement accéléré des chaussées, une sollicitation accrue des ouvrages d'art, malgré la présence d'équipements spécifiques sur les véhicules, et donc in fine une augmentation des dépenses pour les gestionnaires de réseaux routiers, essentiellement les collectivités territoriales, dans un contexte où la question du financement des infrastructures se pose à l'ensemble des gestionnaires routiers, comme l'ont confirmé les travaux réalisés lors de la conférence Ambition France Transports. Ont également été identifiés des risques de nuisances accrues pour les riverains (20 % de vibrations supplémentaires mesurées dans les bâtiments à proximité immédiate des chaussées), un frein à l'essor des véhicules électriques et des besoins en effectifs publics pour instruire d'éventuelles autorisations dérogatoires de circulation et recueillir l'avis des gestionnaires routiers concernés. En ce qui concerne les transporteurs, la mesure impliquerait des surcoûts d'exploitation par l'achat de remorques spécifiques d'un coût supérieur aux remorques actuelles, une augmentation de la consommation de carburants et une accélération de l'usure des pièces consommables. Enfin, l'hypothèse d'une pérennisation a fait l'objet d'un avis défavorable de l'association des maires de France et l'association des départements de France a émis des réserves, demandant notamment qu'un tel régime, s'il était généralisé, ne puisse concerner que la filière betteravière. Or, une telle limitation serait contraire au principe d'égalité, le secteur ne présentant pas d'enjeu exclusif comparé à d'autres. Une pérennisation ouvrirait par conséquent la porte à d'autres demandes, décuplant les effets négatifs. A l'aune de ce bilan, et notamment au regard des contraintes identifiées en termes de dégradation des infrastructures avec les conséquences financières associées pour les gestionnaires routiers et de l'impossibilité de limiter une telle évolution aux transports de betteraves, le Gouvernement a décidé d'écarter l'hypothèse d'une pérennisation de l'expérimentation.
Auteur : M. Eddy Casterman
Type de question : Question écrite
Rubrique : Transports routiers
Ministère interrogé : Transports
Ministère répondant : Transports
Dates :
Question publiée le 9 juin 2026
Réponse publiée le 21 juillet 2026