Question écrite n° 5858 :
Instauration de quotas détaxés sur les céréales ukrainiennes

17e Législature

Question de : Mme Marie-France Lorho
Vaucluse (4e circonscription) - Rassemblement National

Mme Marie-France Lorho interroge Mme la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire sur la position de la France face à l'instauration de quotas détaxés sur les céréales ukrainiennes. Le commissaire européen à l'agriculture, M. Christophe Hansen, a fait savoir que l'Union européenne devrait proposer d'ici le 5 juin 2025 un nouvel accord à l'Ukraine concernant les échanges agricoles et agroalimentaires. Ce nouvel accord devrait signer la fin de la détaxe sans limite de volume sur l'importation de céréales ukrainienne et l'instauration de quotas de céréales détaxées. Cette instauration constituerait un soulagement pour les exploitants agricoles français, qui ont souffert de l'importation massive de produits détaxés. Alors qu'avant la guerre en Ukraine, l'Europe importait en moyenne 500 000 tonnes par an, la campagne 2023-2024 s'est illustrée par une importation de cinq millions de tonnes. Le blé importé en Europe venait pour cette année-là à 70 % d'Ukraine. L'orge, le maïs, la volaille, le sucre et le miel issus d'autres pays européens ont été également affectés par de tels détaxes des produits ukrainiens. Mme la députée demande à Mme la ministre quelle sera la position de la France sur cette réinstauration de quotas détaxés de céréales ukrainiennes. Elle lui demande si elle compte faire valoir à l'Union européenne, lorsque cela s'avère possible, la primauté de l'agriculture nationale, garante de circuits courts, sur les agricultures étrangères.

Réponse publiée le 2 décembre 2025

Afin de soutenir l'économie ukrainienne face à l'agression russe, l'Union européenne (UE), avec le soutien de la France, a mis en place dès le 4 juin 2022 une libéralisation unilatérale temporaire des échanges avec l'Ukraine pour une durée initiale d'un an via le règlement sur les mesures commerciales autonomes, dit « ATM ». Cette mesure a été prolongée pour une durée d'un an une première fois en juin 2023, puis une seconde fois en juin 2024 jusqu'au 5 juin 2025. Cette ouverture des marchés a conduit à une augmentation significative des importations agricoles ukrainiennes, notamment de blé ukrainien suscitant de vives inquiétudes parmi les agriculteurs français et européens. Conscient des difficultés engendrées par cette situation, le Gouvernement a soutenu et obtenu l'intégration de mesures de sauvegarde renforcées dans la dernière prolongation du règlement ATM. Parmi ces mesures, un mécanisme dit de « frein d'urgence » a été instauré pour sept produits agricoles jugés particulièrement sensibles pour les marchés européens (sucre, viande de volaille, œufs, miel, maïs, avoine et gruaux). Ce mécanisme a permis de rétablir automatiquement des droits de douane dès que les importations atteignaient un certain seuil, fixé sur la base des volumes importés entre juillet 2021 et décembre 2023. Le 5 juin 2025, les mesures commerciales autonomes ont pris fin. Depuis le 6 juin 2025, les échanges commerciaux avec l'Ukraine sont à nouveau encadrés par l'accord de libre-échange complet et approfondi (ALECA) de 2014, avec des contingents douaniers réduits à 7/12ème pour le reste de l'année 2025. Le 4 juillet 2025, la Commission européenne a annoncé avoir conclu un accord avec les autorités ukrainiennes pour réviser l'ALECA au titre de son article 29. L'accord, qui doit être validé par le Conseil, prévoit notamment les augmentations suivantes de contingents à droits nuls par rapport à l'ALECA : pour le blé de 1 à 1,3 million de tonnes (t) annuelles, pour l'orge de 350 000 à 450 000 t, pour le maïs de 650 000 à 1 million de t, pour la viande de volaille de 90 000 à 120 000 t, pour le sucre de 20 070 à 100 000 t et pour le miel de 6 000 à 35 000 t. Par ailleurs, une clause de sauvegarde sera introduite dans l'accord afin de protéger les filières européennes en cas de déstabilisation des marchés et des mesures d'accompagnement seront mises en place pour aider l'Ukraine à conquérir (ou reconquérir) des marchés hors UE. Enfin, les concessions tarifaires supplémentaires seront conditionnées à la reprise par l'Ukraine des normes européennes les plus pertinentes d'ici 2028. Les autorités françaises se montreront très vigilantes à ce que cette reprise se réalise de manière sérieuse et complète, notamment pour assurer des conditions de concurrence équitables avec les producteurs européens.

Données clés

Auteur : Mme Marie-France Lorho

Type de question : Question écrite

Rubrique : Agriculture

Ministère interrogé : Agriculture, souveraineté alimentaire

Ministère répondant : Agriculture, agro-alimentaire et souveraineté alimentaire

Dates :
Question publiée le 15 avril 2025
Réponse publiée le 2 décembre 2025

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