Situation de la brigade "Anne de Kiev"
Question de :
M. Alexandre Dufosset
Nord (18e circonscription) - Rassemblement National
M. Alexandre Dufosset attire l'attention de M. le ministre des armées sur les questions que soulève la situation de la brigade ukrainienne dite « Anne de Kiev », partiellement formée sur le sol français. Cette unité comprend 4 500 hommes, dont près de 2 300 ont été entraînés en France dans des camps militaires du Grand Est. Elle est censée incarner la coopération stratégique entre Paris et Kiev telle qu'elle a été formalisée dans l'accord du 16 février 2024, lequel encadre le soutien de la France a un pays victime d'une invasion et d'une guerre d'agression intolérables. La brigade « Anne de Kiev » a bénéficié d'un appui militaire considérable, incluant des véhicules blindés AMX-10 RC, des canons Caesar et des véhicules de l'avant blindés (VAB), ainsi que d'un soutien politique sans équivoque, symbolisé par la visite du Président de la République dans un camp de formation de l'est de la France le 9 octobre 2024. Or, quelques semaines après son déploiement sur le sol ukrainien, fin 2024, cette brigade est au centre d'interrogations dont la presse internationale s'est fait l'écho. Elle aurait en effet été désorganisée et fragmentée sur différents fronts et aurait enregistré un nombre important de désertions, en France comme en Ukraine. M. le ministre a confirmé, en janvier 2025, 55 désertions sur le territoire français durant la phase de formation. D'autres cas font aujourd'hui l'objet d'enquêtes par le bureau d'enquête d'État ukrainien, tandis que des commandants de cette unité ont été démis de leurs fonctions. Cette situation est déroutante à deux titres au moins. Sur le plan sécuritaire, la possibilité pour des soldats étrangers en formation dans le pays d'échapper à leur encadrement, surtout dans un contexte de guerre active, d'attaques hybrides et de menace terroriste persistante, suscite l'interrogation. Sur le plan militaire, l'image des armées françaises se trouve à risque lorsque le bénéfice des formations dispensées à des soldats étrangers est compromis par une gestion du pays partenaire qui semble défaillante. Dans ce contexte, il souhaite savoir si un retour d'expérience (RETEX) officiel a été engagé sur la brigade « Anne de Kiev » et comment il entend prévenir les cas de désertions ou de désorganisation dans le cadre de nouvelles coopérations similaires, avec l'Ukraine ou d'autres pays.
Réponse publiée le 25 novembre 2025
Chaque année, la France accueille des stagiaires étrangers dans ses organismes de formation, pour des périodes plus ou moins longues. En 2025, plus de 1000 militaires étrangers sont en formation au sein des écoles de l'armée de terre. Depuis 2022, des stagiaires ukrainiens sont accueillis au sein de ces organismes au titre de l'aide apportée par la France à l'Ukraine. En avril 2024, sur demande du président Zelensky, le président de la République a accepté de former et d'équiper la 155e brigade mécanisée (brigade « Anne de Kiev ») des forces armées ukrainiennes (FAU) dans les camps de Champagne entre le 15 septembre et le 10 décembre 2024. Sur les 4 500 soldats de la brigade, 2 300 ont été formés en France. Cette formation a fait l'objet d'un long processus de préparation et d'un dialogue permanent avec l'état-major des FAU, intégrant les problématiques de sécurité. L'accord de coopération en matière de sécurité entre la France et l'Ukraine en a constitué le cadre juridique général et un arrangement technique spécifique à cette formation a été signé par les chefs d'état-major. L'organisation générale de la sécurité a été placée sous l'autorité du préfet et a associé la gendarmerie nationale, au niveau central et régional, ainsi que l'officier général de zone de défense Est. Une analyse commune de l'ensemble des menaces potentielles a été réalisée sous l'égide de la direction de la protection et de la sécurité de la défense. Les élus locaux ont été informés et ont pu effectuer une visite des sites concernés. Une chaîne de sécurité militaire franco-ukrainienne a été constituée avec la présence d'un officier de gendarmerie français. De plus, les FAU ont mis en place une police militaire, et leurs services de renseignement ont « criblé » le personnel envoyé en France. Des mesures conservatoires locales très strictes ont été mises en place : stationnement en zone sécurisée, accompagnement systématique lors des déplacements et activités d'instruction et dispositif de surveillance mixte franco-ukrainien. Grâce à ces mesures, le taux de désertion observé lors de cette formation est resté très faible (2,5%) en comparaison de formations similaires réalisées au profit de l'Ukraine dans d'autres pays. Il est rappelé que la désertion d'un militaire ukrainien ne peut être incriminée en droit pénal français et qu'il s'agit d'un sujet d'ordre disciplinaire, ce qui limite, de fait, les mesures susceptibles d'être mise en œuvre par les forces de l'ordre. S'agissant de la qualité de l'engagement au feu de la brigade « Anne de Kiev », celle-ci est aujourd'hui unanimement saluée et reconnue par l'ensemble de nos partenaires, comme par l'OTAN. Les critiques exprimées initialement ne concernaient ni la formation reçue, ni la qualité du matériel fourni. L'action des armées françaises n'a pas fait l'objet de critiques. Les formations dispensées par la France font l'objet en continu d'un processus de retour d'expérience, qui permet d'améliorer les formations suivantes.
Auteur : M. Alexandre Dufosset
Type de question : Question écrite
Rubrique : Défense
Ministère interrogé : Armées
Ministère répondant : Armées et anciens combattants
Dates :
Question publiée le 6 mai 2025
Réponse publiée le 25 novembre 2025