Viticulture et pérennité de l'activité agricole face au dérèglement climatique
Question de :
Mme Karen Erodi
Tarn (2e circonscription) - La France insoumise - Nouveau Front Populaire
Mme Karen Erodi interroge Mme la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire sur la situation de grande fragilité dans laquelle se trouvent de nombreux jeunes viticulteurs, notamment dans le département du Tarn, face aux effets de plus en plus violents et imprévisibles du changement climatique. En 2024, les épisodes météorologiques extrêmes ont provoqué d'importantes pertes de récolte pour la filière viticole, fragilisant particulièrement les jeunes exploitants récemment installés, dont la situation économique était déjà précaire. La récente annonce d'une enveloppe exceptionnelle de 10 millions d'euros destinée à financer une « aide à l'arrachage » constitue un premier signal positif de reconnaissance par l'État des difficultés rencontrées sur le terrain. Toutefois, cette mesure, saluée par le réseau Jeunes agriculteurs, ne pourra pleinement remplir son rôle qu'à condition de faire l'objet d'une mise en œuvre rapide, claire et équitable. À ce titre, Mme la députée relaie les demandes portées par les Jeunes agriculteurs du Tarn, qui insistent sur la nécessité urgente d'ouvrir sans délai le guichet permettant d'accéder à ces aides, tout en précisant les critères d'éligibilité pour garantir une juste répartition des fonds : définition de l'année de référence, âge du chef d'exploitation, date d'installation, seuils de perte de chiffre d'affaires ou d'excédent brut d'exploitation (EBE) et niveau de perte de production. L'objectif est de permettre aux jeunes agriculteurs les plus exposés de bénéficier d'un soutien efficace et proportionné à la gravité de leur situation. Au-delà de l'urgence de cette aide ponctuelle, cette situation met en lumière une problématique plus structurelle : celle du maintien dans la durée des jeunes installés, dans un contexte climatique, sanitaire et économique de plus en plus instable. Si l'installation des jeunes en agriculture est une priorité clairement affirmée, leur pérennisation est tout aussi essentielle. Sans accompagnement renforcé, beaucoup risquent de quitter la profession dans les années à venir, remettant en cause le renouvellement des générations agricoles, la vitalité des territoires ruraux et la souveraineté alimentaire nationale. Mme la députée souhaite ainsi connaître les intentions du Gouvernement quant à la mise en place rapide d'un dispositif d'aide accessible à tous les jeunes viticulteurs touchés et si une concertation avec les organisations professionnelles agricoles, notamment les Jeunes agriculteurs, est prévue pour co-construire les modalités de mise en œuvre. Elle lui demande également quelles mesures plus durables seront prises pour intégrer les enjeux d'adaptation climatique dans les politiques d'accompagnement de l'installation et du maintien des jeunes agriculteurs.
Réponse publiée le 16 septembre 2025
Le Gouvernement et en particulier le ministère de l'agriculture et de la souverainenté alimentaire ont pleinement conscience des difficultés rencontrées par les viticulteurs, encore accentuées pour les jeunes installés. C'est pourquoi un fonds d'urgence doté de 9 millions d'euros (M€) soutenant spécifiquement les jeunes installés ayant subi l'accumulation d'une succession d'aléas climatiques ces dernières années est en cours de déploiement sous l'égide des préfets de région et de département, avec l'objectif de procéder très rapidement aux premiers versements. Depuis 2020, le Gouvernement a mis en place de nombreux dispositifs visant à pallier les conséquences des crises conjoncturelles traversées par la filière viticole ainsi que destinées à en résorber les causes. Parmi les dispositifs les plus récents, une aide à l'arrachage définitif a été déployée à l'automne 2024 avec un financement à hauteur de 120 M€. Cette aide, conçue en lien avec les organisations professionnelles, a pour objet de permettre l'adaptation du potentiel viticole français à l'évolution de la demande. En 2024 également, un fonds d'urgence de 80 M€ a été mis en œuvre afin d'apporter un appui à la trésorerie des opérateurs des départements les plus affectés par les aléas climatiques de l'année 2023. Concernant les enjeux d'adaptation climatique, ceux-ci constituent une priorité pour l'action du Gouvernement. Pour accompagner ces transitions nécessaires au maintien des jeunes agriculteurs, la filière viticole bénéficie notamment d'une mesure de soutien à la restructuration et à la reconversion du vignoble, financée par le fonds européen agricole de garantie (FEAGA). Par ailleurs, le Gouvernement soutient la recherche variétale via des aides aux instituts techniques et des projets innovants. Parmi eux, le projet « Vitilience », porté par l'institut français de la vigne et du vin (IFV), vise à renforcer la résilience des vignobles en tenant compte des spécificités locales, grâce à un réseau de 20 démonstrateurs territoriaux. Enfin, la filière viticole française, structurée autour des signes d'identification de la qualité et de l'origine, intègre cette évolution dans le cadre des travaux de l'institut national de l'origine et de la qualité (INAO). L'institut a ainsi validé une directive spécifique, dite « variétés à fin d'adaptation » (VIFA). Celle-ci permet aux organismes de défense et de gestion (ODG) d'évaluer de nouvelles variétés -qu'elles soient anciennes, étrangères ou dites tolérantes- susceptibles de répondre à des problématiques spécifiques, tout en maintenant le respect des cahiers des charges. Le Gouvernement est ainsi au rendez-vous face aux difficultés conjoncturelles et structurelles de la filière, et continuera à accompagner les acteurs, en particulier les jeunes installés. C'est le sens des nombreuses dispositions inscrites dans la loi d'orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en matière agricole votée en février 2025. C'est également pour soutenir les jeunes agriculteurs que la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire a annoncé le relèvement de 25 % de l'aide complèmentaire au revenu des jeunes agriculteurs pour 2026 et 2027.
Auteur : Mme Karen Erodi
Type de question : Question écrite
Rubrique : Agriculture
Ministère interrogé : Agriculture, souveraineté alimentaire
Ministère répondant : Agriculture, souveraineté alimentaire
Dates :
Question publiée le 20 mai 2025
Réponse publiée le 16 septembre 2025