Question écrite n° 6849 :
Nécessité d'implanter une maison des aînés et des aidants en Guadeloupe

17e Législature
Question signalée le 27 octobre 2025

Question de : M. Christian Baptiste
Guadeloupe (2e circonscription) - Socialistes et apparentés

M. Christian Baptiste alerte Mme la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles sur la nécessité d'implanter une maison des aînés et des aidants en Guadeloupe, en particulier dans la région de la Grande-Terre. La Guadeloupe connaît un vieillissement accéléré de sa population. Selon le dernier rapport annuel de l'Institut des départements d'outre-mer, en 2021, les personnes âgées de 60 ans et plus représentaient 29,2 % de la population et celles de 75 ans et plus, 9,7 %. Ce vieillissement démographique est nettement plus marqué qu'en France hexagonale. Parallèlement, la région souffre d'un taux d'illettrisme élevé : en 2022, 17 500 personnes en Guadeloupe étaient en situation d'illettrisme, soit 9 % de la population contre 4 % en moyenne nationale. Dans ce contexte, les personnes âgées guadeloupéennes, souvent isolées, vulnérables et confrontées à des difficultés dans l'accès aux droits, sont particulièrement exposées. L'absence d'un guichet unique public d'accompagnement administratif, social, psychologique et médical accentue leur précarité, tout comme celle de leurs familles. De nombreuses familles sont aujourd'hui contraintes d'avoir recours à des établissements privés souvent coûteux, faute de solution locale adaptée, alors même que ce n'est pas leur premier choix. Il lui demande donc si le Gouvernement envisage la création d'une maison des aînés en Guadeloupe dans les années à venir et selon quel calendrier ; quels leviers budgétaires, techniques et partenariaux sont mobilisables par l'État pour permettre son implantation, notamment dans une zone à fort enjeu comme la Grande-Terre et si un accompagnement spécifique est prévu pour les territoires ultramarins dans le cadre de la stratégie nationale pour le bien vieillir, notamment dans les territoires marqués par un fort taux de précarité et d'illettrisme.

Réponse publiée le 23 décembre 2025

La coordination, l'organisation de l'accès aux droits et aux parcours des personnes et la consolidation de la qualité du service public de l'autonomie, qui est au cœur des enjeux de l'accompagnement des personnes en situation de handicap, des personnes âgées et de leurs aidants, ont mené le législateur à proposer, dans le cadre de la loi du 8 avril 2024 portant mesures pour bâtir la société du bien vieillir et de l'autonomie, la création d'un Service public départemental de l'autonomie (SPDA). Son ambition est de faciliter l'accès aux droits et de simplifier la vie des personnes âgées, en situation de handicap et leurs aidants. Les acteurs qui composent le SPDA partagent la co-responsabilité d'une réponse populationnelle sur quatre blocs d'actions obligatoires, constituant le « socle de missions » du SPDA : - l'accueil, l'information, l'orientation et la mise en relation ; - l'instruction des droits ; - l'appui aux solutions concrètes et la construction d'un continuum de prise en charge ; - le repérage, la prévention et les actions « d'aller vers ». Le SPDA est présidé par les Conseils départementaux (CD) à travers l'instauration à leur niveau d'une Conférence territoriale de l'autonomie (CTA), en lien étroit avec les Agences régionales de santé (ARS) qui assurent la vice-présidence de la CTA. Le SPDA s'inscrit dans une démarche de « guichet intégré » plus que de « guichet unique » : il s'agit d'outiller les guichets déjà existants, y compris ceux au plus près des usagers (mairies, Centres communaux d'action sociale (CCAS), maisons France service…), pour pouvoir leur apporter un premier niveau de réponse uniforme. Le SPDA se veut donc davantage une méthode de coordination locale, autour d'objectifs de résultats, plus que de prescriptions sur les organisations, qui doivent être adaptées à l'existant et au contexte local. Il revient donc aux décideurs du territoire, et en premier lieu au CD et à l'ARS, de définir l'organisation optimale des acteurs en vue de faciliter l'accès aux droits des personnes. La question de la création d'une Maison des aînés (MDA) à la Guadeloupe pourrait cependant relever des adaptations locales encouragées par le législateur, et devrait donc être examinée dans le cadre du SPDA, si la collectivité départementale y souscrit. Il convient de rappeler que l'Etat soutient par ailleurs la Guadeloupe dans le cadre du programme « Territoire zéro non-recours » (TZNR) depuis le 6 juillet 2023, avec lequel toute réflexion sur une MDA devrait s'articuler. Le département est chef de file de cette dynamique, en étroite collaboration avec les services de la préfecture, ainsi qu'avec une série d'organismes notamment responsables du versement de certaines aides, qui s'engagent dans un partenariat : - la Caisse d'allocations familiales (CAF) ; - la Caisse générale de sécurité sociale (CGSS) ; - l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ; - France Travail ; - l'Union départementale des centres communaux d'action sociale (UDCCAS). Cette reconnaissance nationale s'accompagne d'un soutien financier et technique de l'État : entre 2024 et 2027, l'État apporte 150 000 € par an au département et à ses partenaires pour le déploiement de leurs actions de lutte contre le non-recours. Parmi ces actions envisagées : - la systématisation des événements « d'aller-vers » type « caravane des droits » lors desquels des bus équipés de guichets s'approchent au plus près des populations ; - l'édition d'un guide des droits multilingue distribué dans les lieux publics ; - la sensibilisation des commerçants pour l'orientation des demandeurs de droits. La Guadeloupe, comme les autres territoires ultramarins, est caractérisée par un taux d'équipement en établissements pour personnes âgées deux à trois fois inférieur à celui des régions métropolitaines. Plusieurs mesures ont donc été prises ces dernières années pour financer l'offre médico-sociale pour les personnes âgées dans les départements, régions et collectivités d'outre-mer. Le Plan de rattrapage de l'offre pour les personnes âgées dans les régions insulaires et ultramarines (PROMC), lancé en 2021 dans le cadre du Ségur de la santé, a permis de financer des projets dans 41 établissements pour un montant global de 75,6 millions d'euros. En Guadeloupe, une convention a été signée le 10 avril 2025 entre le président du CD de la Guadeloupe et le directeur général de l'ARS pour structurer et accélérer le développement de l'offre médico-sociale pour les personnes en situation de handicap et les personnes âgées. Ainsi, pour la période 2025-2028, l'Etat mobilise : - 32,4 millions d'euros du plan de rattrapage dont 16,6 millions d'euros pour le développement de solutions nouvelles, notamment de places en Etablissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) avec unités spécialisées ; - 15,3 millions d'euros au titre de l'investissement ; - 0,5 million d'euros au titre du déploiement du programme Etablissement sociaux et médico-sociaux (ESMS) numérique ; - le département engage, quant à lui, 15,8 millions d'euros pour le développement de solutions nouvelles à destination des personnes âgées. Plus récemment, un plan d'aide à l'investissement exceptionnel a été lancé en 2025 pour poursuivre les projets immobiliers déjà engagés. Dans le cadre de ce plan, l'ARS de la Guadeloupe bénéficie d'une enveloppe de plus d'1 million d'euros. Enfin, s'agissant plus spécifiquement du public des aidants, avec les stratégies « Agir pour les aidants 2020-2022 » et « Agir pour les aidants 2023-2027 », des mesures concrètes ont été mises en œuvre pour apporter un soutien au plus proche des besoins des aidants, dans toutes les dimensions de leur vie. S'agissant du déploiement des dispositifs de répit, le maillage territorial des Plateformes d'accompagnement et de répit (PFR) se développe. Fin août 2025, 370 PFR étaient ouvertes : 276 en faveur des aidants de personnes âgées et 94 PFR pour le champ relatif aux personnes handicapées étaient installées, contre 291 fin 2023. En Guadeloupe, une plateforme d'accompagnement et de répit et 88 places d'accueil temporaire sont recensées à ce jour.

Données clés

Auteur : M. Christian Baptiste

Type de question : Question écrite

Rubrique : Outre-mer

Ministère interrogé : Travail, santé, solidarités et familles

Ministère répondant : Autonomie et personnes handicapées

Signalement : Question signalée au Gouvernement le 27 octobre 2025

Dates :
Question publiée le 20 mai 2025
Réponse publiée le 23 décembre 2025

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