Meurtre d'une surveillante de collège en Haute-Marne
Question de :
Mme Laurence Robert-Dehault
Haute-Marne (2e circonscription) - Rassemblement National
Mme Laurence Robert-Dehault alerte M. le ministre d'État, ministre de l'intérieur, sur la hausse inquiétante de l'insécurité dans les zones rurales, notamment en Haute-Marne. Le mardi 10 juin 2025, une surveillante d'un collège de ce département a été tragiquement tuée par un élève à l'arme blanche, lors d'une fouille organisée à l'entrée de l'établissement en présence de gendarmes. Ce drame s'inscrit dans un contexte de hausse préoccupante de la criminalité et de la délinquance dans ce département rural, autrefois préservé. En 2024, le taux d'homicides en Haute-Marne a augmenté de 400 % par rapport à 2023, avec une progression constante depuis 2017 (environ 50 % d'homicides supplémentaires chaque année). Le nombre de coups et blessures volontaires a également bondi de 33 % depuis 2017. Par ailleurs, la Haute-Marne n'est pas épargnée par l'insécurité liée à l'essor du narcotrafic. Un rapport de la Cour des comptes de 2024 souligne que « c'est dans les départements fortement ruraux [notamment en Haute-Marne] que sont observées les plus fortes augmentations de mises en cause pour trafic ». Elle souhaite alerter sur ce climat de violence qui menace la sécurité des Haut-Marnais et compromet la tranquillité qui caractérisait autrefois la ruralité. Elle l'interroge sur les mesures envisagées pour endiguer ce phénomène.
Réponse publiée le 20 janvier 2026
La prise en compte des vulnérabilités des territoires ruraux et périurbains est un enjeu stratégique au cœur des préoccupations gouvernementales, dans lequel la gendarmerie, notamment, joue un rôle déterminant en tant que force armée de couverture de l'ensemble du territoire. Le premier échelon de la lutte contre l'insécurité repose sur le maillage des unités, qui assurent au quotidien l'ordre et la sécurité par une présence visible et rassurante, ainsi que par une capacité d'intervention et de police judiciaire. Ce maillage doit ainsi être renforcé dans le cadre de la loi du 24 janvier 2023 d'orientation et de programmation du ministère de l'intérieur, qui prévoit la création de 239 nouvelles brigades territoriales de gendarmerie. Par ailleurs, les réserves opérationnelles de la gendarmerie et de la police seront respectivement portées à 50 000 militaires et 30 000 agents à court terme. Ce renforcement vise notamment à permettre l'augmentation de la présence sur la voie publique (PVP). Les mineurs constituent un public vulnérable qu'il convient de protéger et de sensibiliser afin d'empêcher un potentiel passage à l'acte et/ou d'éviter une situation dans laquelle il pourrait devenir une victime. En cas de non respect de la loi, les sanctions doivent toutefois être fermes. La gendarmerie a mis en place une chaîne de prévention de proximité avec des militaires spécifiquement formés (référents scolaires, maisons de protection des familles, formateurs relais anti-addictions, etc.) réalisant des actions de prévention et de sensibilisation à destination des mineurs. En 2024, 21 831 élèves du primaire et du secondaire ont été sensibilisés sur les discriminations, 61 070 sur les addictions et 428 932 sur les violences. L'action quotidienne des gendarmes s'inscrit dans le dispositif SaGES (sanctuarisation globale de l'espace scolaire) qui poursuit un triple objectif : rassurer la communauté scolaire, entraver la liberté d'action des délinquants et fauteurs de troubles et interpeller ces derniers pour les traduire devant la justice. Les gendarmes correspondants et référents sûreté peuvent également être mobilisés pour conseiller les chefs d'établissement afin de mieux sécuriser l'emprise de leur établissement scolaire. Dans cette même optique, les gendarmes participent aussi aux instances locales de lutte contre la délinquance et de protection des mineurs comme les conseils locaux ou intercommunaux de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD/CISPD). Pour l'année 2024, le groupement de gendarmerie départemental de Haute-Marne a enregistré 3 homicides, contre 0 en 2023. Ce même groupement a enregistré une augmentation depuis 2017 des coups et blessures volontaires (CBV) de 46,3 %. Cette évolution doit cependant tenir compte de la lutte contre les violences intra-familiales et de celles faites aux femmes qui se traduit par de nombreuses mesures visant notamment à libérer la parole des victimes et provoquer une dénonciation plus systématique des faits. Ces mesures, mises en œuvre depuis 2019, ont pu participer à l'augmentation statistique des CBV. Il convient également de mentionner une évolution positive du taux de résolution des enquêtes de CBV pour le groupement de gendarmerie départementale de Haute-Marne (97 % en 2024 contre 90 % en 2017), traduisant ainsi l'implication des unités de gendarmerie sur cette thématique. S'agissant des trafics de stupéfiants, cette activité criminelle s'ancre désormais sur l'ensemble du territoire national. À la hausse de la demande se conjugue également une hausse de l'offre. Compte tenu de la superficie et de la typologie de son territoire (95 % des communes et 51 % de la population), la gendarmerie est armée pour s'attaquer à tous les segments et tous les types de filières des trafics de stupéfiants y compris dans les zones rurales. Elle développe ainsi une approche à plusieurs niveaux : local, par la prévention auprès des publics à risque, la surveillance et le contrôle de voie publique ciblant les consommateurs, le recueil du renseignement et son traitement judiciaire. national, par la coordination des investigations impliquant plusieurs unités visant le démantèlement des organisations et infrastructures criminelles. Les enquêtes liées aux trafics de produits stupéfiants peuvent donc être réalisées par l'ensemble des personnels œuvrant au sein des 3 100 unités territoriales, 365 brigades de recherches et 43 sections de recherches et plus largement par l'ensemble des personnels affectés dans les unités de soutien et autres gendarmeries spécialisées. Enfin, un plan d'action régional spécifiquement dédié à lutter contre ces trafics dans la région Grand-Est a été diffusé le 19 mars 2024. Ce plan vise à lutter de manière efficiente en coordonnant et en homogénéisant les actions de lutte contre les stupéfiants. Cette politique volontariste se résume au travers de quatre axes : « Prévenir, contrôler, enquêter et renseigner », lesquels se déclinent en 21 actions réalisables au sein de tous les groupements de la région. Si l'offre de rue se maintient (650 points de deal recensés en ZGN), il est néanmoins constaté que la gendarmerie accroît sa pression sur les points de deal au travers d'opérations de démantèlements. Ainsi, en 2024, 1 203 opérations ont été menées ayant entraîné 895 gardes à vue et 222 incarcérations. Ces opérations de « harcèlements » des points de deal visent à sécuriser un lieu identifié tout en maintenant une pression sur les trafiquants, avec un objectif d'ordre public. La gendarmerie mène en parallèle une action répressive ciblant la demande à travers le consommateur. Il s'agit de multiplier les amendes forfaitaires délictuelles (AFD) sans nuire à la captation du renseignement. L'action de la gendarmerie apparaît à ce titre plus répressive en matière de consommation (+15.16 %). Ainsi, la répression du consommateur par voie de l'AFD a connu une augmentation de 32.2 % en 2024. L'AFD est désormais utilisée dans 65.2 % des infractions relevées aux consommateurs.
Auteur : Mme Laurence Robert-Dehault
Type de question : Question écrite
Rubrique : Sécurité des biens et des personnes
Ministère interrogé : Intérieur
Ministère répondant : Intérieur
Dates :
Question publiée le 17 juin 2025
Réponse publiée le 20 janvier 2026