Numéro national d'écoute pour les hommes victimes de violences conjugales
Question de :
Mme Maud Petit
Val-de-Marne (4e circonscription) - Les Démocrates
Mme Maud Petit interroge Mme la ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, sur la possibilité de dupliquer le 3919 « Violences Femmes Infos », le numéro national d'écoute et d'orientation pour les femmes victimes de violences (notamment conjugales, sexuelles, psychologiques ou économiques) victimes de violences conjugales. Instauré en 2007 et géré par la FNSF (Fédération nationale solidarité Femmes), le 3919 est devenu le numéro national de référence d'écoute à destination des femmes victimes de violences conjugales mais aussi de toutes sortes de violences : mariages forcés, mutilations sexuelles, etc. Ce numéro est gratuit, anonyme et, depuis 2021, accessible 24h/24 et 7/7 jours. Il est aussi accessible aux personnes sourdes et malentendantes et disponible en plusieurs langues (dont arabe, créole, espagnol, mandarin). Grâce notamment à l'écoute bienveillante et de qualité des professionnelles recevant les appels, le 3919 a, aujourd'hui, un rôle crucial dans l'accompagnement et l'aide aux femmes victimes de violences. Le 3919 est historiquement centré sur les femmes car elles représentent la majorité écrasante des victimes (86 % des cas signalés selon les chiffres du ministère de l'intérieur, en 2022). Mais des hommes aussi sont victimes de ce type de violences. Certes, ils sont moins nombreux à se déclarer, souvent par peur du ridicule, peur de ne pas être crus ou par honte, mais ils représentent tout de même 14 % des cas. Si ce pourcentage peut paraître dérisoire en comparaison du nombre de femmes victimes, il ne faut pas, pour autant, le négliger. C'est une réalité souvent invisibilisée : les hommes victimes de violences conjugales existent, mais ils sont encore mal identifiés, peu accompagnés et souvent confrontés à un tabou social. Il ne serait pas étonnant que leur nombre soit supérieur, tant l'idée d'un homme battu – par sa femme ou par son conjoint (la violence n'a pas de genre unique) – est contraire à l'image « masculine » véhiculée par la société. Il est donc fort probable que certains hommes n'osent pas parler et a fortiori porter plainte lorsqu'ils sont victimes de violences conjugales. Par leur simple qualité de victime et parce qu'ils sont aussi en souffrance, Mme la députée estime que ces hommes victimes méritent aussi écoute et accompagnement de qualité. De nombreux dispositifs d'écoute généralistes existent, comme le 3039 piloté par le ministère de la justice, le 116 006 numéro national d'aide aux victimes ou encore SOS Homophobie, mais aucun de ces numéros n'est aussi bien identifié que le 3919 et aucun numéro national spécifique n'est encore mis en place pour les hommes victimes de violences conjugales ou intrafamiliales. Mme la députée a pu observer que les hommes victimes hésitent souvent à appeler des numéros perçus comme « réservés » aux femmes. Elle l'interroge donc sur la nécessité de mettre en place un dispositif neutre ou spécifique, qui serait plus adapté. Créer ce numéro ne serait pas nier la violence faite aux femmes mais permettrait d'élargir le filet de sécurité à toutes les victimes. Elle lui demande aussi dans quelle mesure il serait possible d'apporter un soutien aux associations qui accompagnent ces hommes victimes, souvent avec peu de moyens, peu de relais et en manque de ressources spécifiques, le temps qu'un numéro national puisse être créé.
Réponse publiée le 3 mars 2026
Les inégalités entre les femmes et les hommes demeurent structurelles dans notre société. Elles se manifestent dans l'ensemble des domaines de la vie sociale. Dans l'espace public, les femmes sont davantage exposées au harcèlement de rue, aux violences sexuelles et, plus largement, à des formes d'insécurité spécifiques. Ces violences, parce qu'elles surviennent dans toutes les sphères de la vie, constituent un continuum qui touche les femmes de manière disproportionnée. Le rapport annuel du Haut Conseil à l'Égalité sur l'état du sexisme en Frane, publié le 21 janvier 2026 et consacré à la menace masculiniste, souligne que les réseaux sociaux constituent aujourd'hui un espace de cristallisation et d'amplification des discriminations et des violences faites aux femmes et aux minorités de genre. Il identifie le cybersexisme comme la première forme de discours de haine en ligne, dont 84 % des victimes sont des femmes. Cette analyse confirme la nécessité de maintenir des dispositifs spécifiquement adaptés aux violences fondées sur le genre. Les violences subies par les hommes existent, et l'État leur apporte en tant que victimes une réponse adaptée. Toutefois, ils ne sont pas exposés à ce continuum d'inégalités et de violences dans les mêmes proportions ni dans les mêmes contextes que les femmes. C'est pourquoi, l'État a fait le choix d'une politique publique dédiée, portée par la Ministre Auore Bergé, chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, fondée sur une double approche : intégrée, afin que chaque politique publique prenne en compte l'objectif d'égalité, et spécifique, lorsque des inégalités persistantes appellent des actions ciblées en faveur des femmes. C'est dans cette logique que s'inscrit le programme 137 « Égalité entre les femmes et les hommes », qui finance les actions destinées à corriger ces inégalités. Les violences faites aux femmes en constituent l'expression la plus grave, car elles portent directement atteinte à l'intégrité physique, psychologique et à la sécurité économique des victimes. Le 3919 – « Violences Femmes Info », géré par la Fédération nationale Solidarité Femmes (FNSF), est l'un des piliers de cette politique. Gratuit, anonyme et accessible 24h/24 et 7j/7, il offre aux femmes victimes de violences un espace d'écoute sécurisé, assuré par des professionnelles spécifiquement formées. Cette spécialisation repose sur des éléments objectifs. Ainsi, en 2024, les services de sécurité ont enregistré 272 400 victimes de violences commises par un partenaire ou ex-partenaire : 84 % des victimes sont des femmes et 85% des mis en cause sont des hommes. Ces chiffres confirment la nécessité d'un dispositif spécifiquement adapté aux violences de genre subies en très grande majorité par les femmes. Son ouverture à un public mixte reviendrait à neutraliser sa vocation, à affaiblir plus de trente ans d'expertise et à remettre en cause les engagements internationaux de la France. Pour autant, les hommes victimes ne sont ni ignorés ni exclus. Ils bénéficient des dispositifs de droit commun, notamment le 116 006, numéro national d'aide aux victimes, géré par France Victimes, le 3039, piloté par le ministère de la Justice pour l'accompagnement juridique, ou les associations spécialisées, telles que SOS Homophobie, lorsque cela est pertinent. En outre, lorsqu'un homme contacte le 3919 suite à une mauvaise orientation, un pré-accueil est assuré avant une orientation vers les dispositifs compétents. Aucun appel n'est laissé sans réponse. Les situations qu'ils rencontrent relèvent de mécanismes de droit commun, qui offrent des réponses adaptées. En conclusion, l'ouverture du 3919 à un public mixte reviendrait à neutraliser son objet fondamental et à diluer la réponse spécialisée apportée aux femmes victimes. Une telle évolution risquerait également d'affaiblir le message de sensibilisation à destination du grand public, en occultant la nature systémique des violences faites aux femmes et les dynamiques de genre à l'œuvre dans les violences conjugales. Ce positionnement n'exclut en aucun cas le renforcement de la prise en charge des hommes victimes. Il souligne au contraire la nécessité de développer des parcours spécifiques et cohérents pour chaque public, en s'appuyant sur des expertises distinctes. L'enjeu n'est pas d'uniformiser les dispositifs, mais de garantir une réponse adaptée, équitable et spécialisée, à chaque situation de violence. Le Gouvernement reste pleinement mobilisé pour garantir une prise en charge efficiente et adaptée de toutes les victimes, femmes comme hommes. Il poursuivra son soutien aux associations d'aide aux victimes et d'accès au droit, dans le cadre du droit commun.
Auteur : Mme Maud Petit
Type de question : Question écrite
Rubrique : Aide aux victimes
Ministère interrogé : Égalité entre les femmes et les hommes et lutte contre les discriminations
Ministère répondant : Égalité entre les femmes et les hommes et lutte contre les discriminations
Dates :
Question publiée le 15 juillet 2025
Réponse publiée le 3 mars 2026