Question écrite n° 9881 :
Prévention du suicide chez les agriculteurs

17e Législature
Question renouvelée le 27 janvier 2026

Question de : M. Thomas Ménagé
Loiret (4e circonscription) - Rassemblement National

M. Thomas Ménagé interroge Mme la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire sur la question cruciale de la prévention du suicide chez les agriculteurs, un drame humain et social qui continue de frapper avec une ampleur préoccupante les campagnes. Selon les dernières données disponibles de la Mutualité sociale agricole (MSA) et de l'Institut national de veille sanitaire, le taux de suicide chez les exploitants agricoles et les travailleurs du secteur agricole demeure sensiblement supérieur à celui observé dans la population générale. Ce phénomène, récurrent depuis plusieurs décennies, traduit tout à la fois la fragilité économique d'une importante partie des exploitations, la solitude d'un métier aux exigences très prenantes, la pression administrative croissante, les difficultés d'accès aux soins psychologiques en milieu rural et, plus largement, la perte de repères qui frappe un univers professionnel autrefois porteur de fortes solidarités communautaires. Dans un contexte où la viticulture, l'élevage bovin, l'arboriculture ou encore le maraîchage ont connu des crises multiples, qu'il s'agisse des prix trop bas à la production, des aléas climatiques, des nouvelles contraintes environnementales et réglementaires, ou encore de la concurrence internationale exacerbée, de nombreux exploitants témoignent de l'épuisement de leur modèle économique et de leur détresse personnelle. Cette détresse fait trop souvent basculer certains vers des gestes irrémédiables, laissant derrière eux des familles brisées et des territoires entiers meurtris. Face à ce constat, les pouvoirs publics ont certes engagé, depuis plusieurs années, différentes initiatives : renforcement du rôle des cellules pluridisciplinaires « Agri'écoute » portées par la MSA, développement de numéros d'appels d'urgence, expérimentation de dispositifs locaux d'accompagnement psychologique, ou encore prise en charge financière ponctuelle de consultations psychiatriques. Pourtant, les retours de terrain mettent en évidence les limites de ces dispositifs, encore trop lourds, trop méconnus et insuffisamment financés pour répondre à l'ampleur du phénomène. Par ailleurs, l'articulation entre l'État, la MSA, les associations locales d'aide aux agriculteurs en difficulté et les réseaux de soins reste souvent lacunaire, ce qui entraîne une perte de temps précieuse dans la prise en charge des situations de crise. Il apparaît également que, malgré l'importance croissante du sujet dans le débat public, les campagnes de communication et de sensibilisation ne parviennent pas à briser le tabou entourant les idées suicidaires dans le monde agricole. Beaucoup d'exploitants continuent de craindre le regard de leurs pairs ou vivent leur détresse dans une solitude totale, sans oser recourir aux dispositifs existants. La culture du silence et de la dignité face aux difficultés économiques ou personnelles aggrave encore le risque. De plus, l'isolement géographique empêche parfois un accès rapide à un médecin, à un psychologue ou à une structure de prévention spécialisée. De nombreux acteurs du terrain, qu'il s'agisse des syndicats agricoles, des chambres d'agriculture, des associations d'entraide, des élus locaux ou des services de la MSA, réclament depuis longtemps un véritable plan d'ampleur nationale, doté d'un budget conséquent, afin de prioriser la prévention du suicide en agriculture à la hauteur de l'urgence sociale qu'elle constitue. Cela passe par le recrutement accru de psychologues dédiés au suivi du monde agricole, par l'instauration de permanences régulières au sein même des maisons des agriculteurs ou des préfectures, par la création d'un fonds national d'aide immédiate aux exploitants en détresse économique et par une meilleure formation de l'ensemble des acteurs publics et parapublics au repérage des signaux de souffrance psychologique. Dans d'autres pays européens comparables, des plans spécifiques ont déjà montré leur efficacité, en combinant aide économique d'urgence, accompagnement social, suivi médical spécialisé et campagnes ciblées de sensibilisation au sein des territoires ruraux. La France, pays à forte tradition agricole et attaché au bien-être de ses exploitants, ne saurait accuser un retard dans ce domaine où il en va de la vie et de la dignité de milliers de ses citoyens. Aussi, il souhaiterait savoir si le Gouvernement entend mettre en œuvre un plan national renforcé de prévention du suicide agricole, associant moyens financiers pérennes, soutien psychologique de proximité et simplification administrative réelle pour les agriculteurs les plus fragiles. Il lui demande de préciser quels nouveaux moyens elle entend engager pour renforcer la prévention, améliorer la détection des situations de détresse, coordonner les dispositifs existants et faire reculer durablement ce fléau silencieux qui sape depuis trop longtemps le tissu humain et social de la ruralité française.

Réponse publiée le 3 février 2026

Dans la suite du rapport d'Olivier Damaisin et de celui des sénateurs Henri Cabanel et Françoise Férat sur les « Suicides en agriculture », les ministères chargés de l'agriculture, de la santé, du travail et des solidarités ont défini les priorités d'une politique publique de lutte et de prévention du suicide en agriculture, déclinées dans une feuille de route « Prévention du mal-être en agriculture », présentée le 23 novembre 2021. Pour piloter et mettre en œuvre cette politique publique interministérielle, l'État a ainsi choisi de mettre en place une mission resserrée (actuellement conduite par M. Olivier Damaisin nommé en 2023 et récemment renouvelé pour deux nouvelles années) qui peut s'appuyer sur les moyens et les expertises des services de l'État, de ses opérateurs, de la mutualité sociale agricole (MSA) et de l'ensemble des acteurs de la société civile qui interviennent au quotidien et sur la durée sur ces thématiques. Le mal-être en agriculture trouve ses origines dans des causes qui sont toujours multifactorielles : psychologiques certes, mais aussi sociétales, sociales et économiques pour ne citer que les plus fréquentes ; la réponse de prévention et d'accompagnement doit donc être décloisonnée et pluridisciplinaire afin de mettre en œuvre de façon adaptée et coordonnée un ensemble de dispositifs adaptés à chaque cas.  Dans tous les départements, une cellule dédiée à la question du mal-être agricole a été déployée dès 2022. Des comités de pilotage créés et placés sous l'autorité des préfets sont structurés autour de coordinateurs locaux des services de l'État, des acteurs de terrain (associations, vétérinaires, organismes agricoles, etc.) et des agriculteurs, pour une approche transversale et un suivi territorialisé de ces enjeux. Ces cellules sont appuyées par la nomination de référents au sein des cellules d'accompagnement économique (directions départementales des territoires) et social (MSA). La MSA a ainsi renforcé les effectifs dédiés à ces problématiques avec la création d'un poste de référent « mal-être agricole » dans chacune de ses caisses locales. Les dispositifs d'accompagnement mis en place ces dernières années par le ministère et permettant aux agriculteurs de prendre le recul nécessaire en cas de fragilité ont été renforcés, avec le développement du crédit d'impôt remplacement en cas de maladie ou d'accidents du travail, l'extension par la MSA de la prise en charge de l'aide au répit ou encore la création en 2024 d'une aide au répit administratif. Le dispositif d'aide à la relance de l'exploitation agricole (AREA), qui vise à apporter une réponse à des difficultés structurelles par un engagement dans un plan de restructuration de l'exploitation, a également été simplifié. Le ministère a également renforcé les dispositifs permettant d'aller vers les agriculteurs en difficulté. Le déploiement du réseau des sentinelles, chargées de repérer les agriculteurs en détresse, constitue une traduction de cet engagement : avec plus de 8 000 sentinelles déployées et formées, l'objectif initialement fixé de 5 000 sentinelles est largement dépassé. Enfin, une meilleure accessibilité de la population agricole, y compris les familles endeuillées, à l'offre d'accompagnement médico-psychologique a été déployée. Le nombre de séances de soin réalisées est adapté aux besoins du patient et elles font l'objet de remboursement par les services de la MSA.  Les priorités du ministère chargé de l'agriculture dans les prochaines années sont les suivantes : - renforcer la connaissance sur la santé mentale des agriculteurs ; - mieux prévenir les risques en agissant prioritairement sur les facteurs économiques ou socioprofessionnels, comme par exemple l'équilibre vie professionnelle et vie personnelle, l'isolement en milieu rural, la surcharge administrative etc. ; - poursuivre le développement de la prise en charge les personnes en souffrance, en facilitant l'accès aux soins y compris psychologiques et en assurant un meilleur suivi des personnes en difficulté.

Données clés

Auteur : M. Thomas Ménagé

Type de question : Question écrite

Rubrique : Agriculture

Ministère interrogé : Agriculture, souveraineté alimentaire

Ministère répondant : Agriculture, agro-alimentaire et souveraineté alimentaire

Renouvellement : Question renouvelée le 27 janvier 2026

Dates :
Question publiée le 30 septembre 2025
Réponse publiée le 3 février 2026

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