Question au Gouvernement n° 1628 :
Politique industrielle

17e Législature

Question de : M. Romain Tonussi
Bouches-du-Rhône (8e circonscription) - Rassemblement National

Question posée en séance, et publiée le 4 juin 2026


POLITIQUE INDUSTRIELLE

Mme la présidente . La parole est à M. Romain Tonussi.

M. Romain Tonussi . Lundi, le gouvernement a lancé l'édition 2026 de Choose France, avec son lot d'annonces destinées à faire croire à une France qui se réindustrialise. Mais les Français n'y croient plus. Et, une fois encore, les faits leur donnent raison. Selon le cabinet Trendeo, en 2025, la France a vu fermer davantage d'usines qu'il ne s'en est ouvert. Le solde atteint désormais moins 63, le pire résultat observé depuis plus d'une décennie. Ça, c'est votre bilan. L'industrie ne représente plus que 13,5 % de notre richesse nationale, 15 points de moins que dans les années 1960. Ça aussi, c'est votre bilan.

Et pendant que vous mettez en scène vos succès supposés, l'un des projets industriels les plus emblématiques de votre politique vient de s'effondrer : je parle de la gigafactory Carbon de Fos-sur-Mer.

Ce projet, qui devait conduire à la production de millions de panneaux photovoltaïques, créer 3 000 emplois et participer – ce sont vos propres mots – à la réindustrialisation du pays, est aujourd'hui enterré. Un tel échec est révélateur de votre Europe, incapable de protéger ses filières stratégiques face à une concurrence chinoise dopée aux subventions, comme de votre politique énergétique : des milliards d'euros d'argent public ont été engloutis dans les renouvelables, mais, lorsqu'il s'agit de produire en France les panneaux solaires que vous subventionnez, il n'y a plus personne. Les usines ferment chez nous, les emplois partent ailleurs et les industriels chinois encaissent nos bénéfices. Enfin, cet échec est révélateur de l'état d'un pays : les industriels subissent des prix de l'énergie déconnectés des coûts de production de notre parc nucléaire doublés d'une instabilité normative délirante.

Or la désindustrialisation ne se résume pas à des statistiques. Lorsqu'une usine ferme, des emplois disparaissent. Lorsqu'une usine ferme, des familles partent. Lorsqu'une usine ferme, des territoires entiers s'effondrent.

Après bientôt dix ans au pouvoir, combien de fermetures d'usines, combien d'échecs industriels et de promesses non tenues vous faudra-t-il encore avant d'admettre, enfin, votre lamentable échec ? (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

Mme la présidente . La parole est à M. le ministre délégué chargé de l'industrie.

M. Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l'industrie . Il est intéressant de remarquer que les députés du Rassemblement national soutiennent les énergies renouvelables quand les usines sont implantées dans leur circonscription, mais qu'ils cessent de le faire quand elles sont situées ailleurs. Voilà le premier paradoxe qui résulte de la question de M. Tonussi. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.)

M. Alexandre Dufosset . On parle d'emplois ! Travaillez un peu !

M. Sébastien Martin, ministre délégué . D'autre part, il est tellement intéressant, voire amusant, de constater votre incapacité à vous réjouir que ce pays soit, pour la septième année consécutive, celui qui, en Europe, attire le plus d'investissements étrangers. Je sais que cela vous fait mal au cœur, parce que vous êtes des architectes du malheur. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR. – Vives exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.) Vous vous plaisez, en effet, à compter tous les sites qui ferment, mais lorsque je me rends à l'ouverture d'une usine dans l'une de vos circonscriptions, vous n'y êtes jamais ! Le CV de M. Bardella gagnerait d'ailleurs à ce qu'il vienne un jour en visiter une : il ne l'a pas fait une seule fois.

Vous parlez d'industrie ? Vous n'avez rien réindustrialisé ! (Les exclamations vont crescendo sur les bancs du groupe RN.)

M. Emeric Salmon . C'est vous qui tenez la truelle ! Agissez un peu !

Mme la présidente . S'il vous plaît !

M. Sébastien Martin, ministre délégué . Reprenons les chiffres… (Les exclamations sur les bancs du groupe RN couvrent la voix de l'orateur.)

Mme la présidente . Écoutons le ministre : il répond à la question que vous lui avez posée !

M. Sébastien Martin, ministre délégué . Voilà la démocratie version Rassemblement national : je suis obligé de hurler. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR. - M. Iñaki Echaniz applaudit également. - Nouvelles exclamations sur les bancs du groupe RN.)

M. Emeric Salmon . Vous racontez n'importe quoi !

M. Sébastien Martin, ministre délégué . Pour continuer à répondre sur les chiffres : entre 2005 et 2015, 1 million d'emplois industriels avaient été détruits dans le pays.

M. Emeric Salmon . Tu étais LR en 2017 !

M. Sébastien Martin, ministre délégué . Entre 2018 et 2024, nous en avons recréé 180 000 dans ce pays, partout sur le territoire, en particulier dans les territoires intermédiaires forts de leur culture industrielle.

M. Emeric Salmon . Quand tu étais LR, tu crachais sur Macron – jusqu'à ce qu'on t'offre un maroquin !

M. Sébastien Martin, ministre délégué . Essayez d'être aux côtés des ouvriers, du côté de la fierté industrielle, comme Roland Lescure et moi-même l'étions hier, à Sausheim-Mulhouse, un territoire à l'histoire industrielle forte, où Stellantis annonçait 1 milliard d'euros d'investissements pour la France. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem.)

Données clés

Auteur : M. Romain Tonussi

Type de question : Question au Gouvernement

Rubrique : Industrie

Ministère interrogé : Industrie

Ministère répondant : Industrie

Date : La question a été posée au Gouvernement en séance, parue au Journal officiel du 4 juin 2026

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