Question orale n° 488 :
Orpaillage illégal en Guyane

17e Législature

Question de : Mme Dominique Voynet
Doubs (2e circonscription) - Écologiste et Social

Mme Dominique Voynet alerte Mme la ministre des outre-mer sur l'aggravation de l'orpaillage illégal dont souffre la Guyane et sur la nécessité de déployer des moyens substantiels pour y faire face. D'abord pratiqué de façon dissimulée en forêt, l'orpaillage illégal se fait aujourd'hui dans le lit même des rivières, notamment les affluents du Maroni, le Tampok et l'Inini, empoisonnés au mercure et au cyanure. Les enfants naissent avec des handicaps et des malformations et il est ordonné aux habitants des villages amérindiens de ne pas manger le poisson qui constitue la base de leur alimentation, avec le manioc qu'ils lavent dans le fleuve. Dans le cadre de l'opération Harpie, des efforts importants ont été déployés pour détruire le matériel saisi sur les sites illégaux et freiner le trafic sur les fleuves. Toutefois, les résultats sont limités face à l'ingéniosité des trafiquants, à leur détermination et à leur violence, à laquelle sont exposés les agents du parc national et les forces de l'ordre, dont une dizaine d'entre eux sont morts en mission, victimes d'agressions, de guet-apens ou d'accidents. Leur tâche est très difficile, leur courage n'est pas en cause. Au moins 150 sites illégaux sont recensés, soit près de 5 à 10 tonnes d'or produits par an dans d'abjectes conditions. Le ballet des trafiquants est bien connu : les pirogues chargées du matériel nécessaire à l'exploitation de l'or remontent le Maroni au vu et au su des villageois et des militaires français, positionnés sur des points fixes. Les garimpeiros retournent régulièrement au Suriname voisin, où se trouvent leurs camps de repos, leurs familles, les comptoirs de vivres, d'alcool et de matériel, les sectes religieuses et les réseaux de prostitution. Sachant que le poste du Tampok ne dispose d'aucune embarcation rapide pour intervenir et sachant qu'aucune tentative d'interception de ce trafic pourtant interdit ne sera réalisée, des pirogues passent jour et nuit sous les yeux des villageois impuissants et des militaires du 9ème RIMA. Le poste de contrôle du Tampok n'accomplit pas sa fonction de bouclier et porte en lui le symbole de l'impuissance de l'État face à la destruction de l'Amazonie française et des peuples autochtones qui y survivent. Pourtant, le Maroni est une artère vitale, qui sert aux déplacements, là où il n'existe ni route ni desserte aérienne ; qui sert à se laver, à laver le manioc, à faire la vaisselle, à laver le linge et à pêcher le poisson essentiel à l'alimentation locale. Elle lui demande quels moyens seront mobilisés en lien avec les États voisins pour démanteler chaque étape du trafic afin de protéger les riverains ainsi que l'écosystème local.

Réponse en séance, et publiée le 14 janvier 2026

ORPAILLAGE ILLÉGAL EN GUYANE
Mme la présidente . La parole est à Mme Dominique Voynet, pour exposer sa question, no 488, relative à l'orpaillage illégal en Guyane.

Mme Dominique Voynet . Ma question s'adresse à Mme la ministre des outre-mer et concerne l'aggravation de cet orpaillage illégal qui mine la Guyane, ainsi que la nécessité de déployer des moyens substantiels pour y faire face.

D'abord pratiqué de façon dissimulée en forêt, l'orpaillage illégal a désormais lieu dans le lit des rivières. Le Tampok et l'Inini, affluents du Maroni, sont empoisonnés par le mercure et le cyanure, ce qui entraîne de lourdes conséquences sanitaires et environnementales : les enfants naissent porteurs de handicaps ou de malformations, les habitants des villages amérindiens ont interdiction de manger le poisson qui constitue la base de leur alimentation, avec le manioc qu'ils lavent dans le fleuve.

Dans le cadre de l'opération Harpie, des efforts importants ont été déployés pour détruire le matériel saisi sur les sites d'orpaillage illégal et freiner le trafic sur les fleuves. Ils produisent toutefois des résultats limités en raison de l'ingéniosité des trafiquants, de leur détermination, de leur violence – parmi les agents du parc national et les forces de l'ordre, une dizaine sont morts en mission, victimes d'agressions, de guet-apens, d'accidents comme celui qui a coûté la vie à Guy Barcarel, chef teko de Camopi. La tâche de ces personnels est très difficile, leur courage n'est pas en cause.

Le climat de violence affecte également les communautés amérindiennes d'Élahé, de Kayodé, de Twenké, qui subissent la loi des trafiquants, leurs menaces, leur violence. Au moins 150 sites sont recensés, soit près de 5 à 10 tonnes d’or produit chaque année dans d'abjectes conditions. Le ballet des trafiquants est bien connu : les garimpeiros retournent régulièrement au Suriname voisin, où se trouvent leurs camps de repos, leurs familles, les comptoirs de vivres, d'alcool et de matériel, les sectes religieuses, les réseaux de prostitution.

Sachant que le poste du Tampok ne dispose d'aucune embarcation rapide et qu'aucune tentative d'interception n'aura lieu, les pirogues chargées du matériel nécessaire à l'exploitation de l'or remontent jour et nuit le Maroni au vu et au su des villageois impuissants, des militaires du 9e régiment d'infanterie de marine, positionnés sur des points fixes. Comme me l'a écrit un riverain, « le poste de contrôle du Tampok n’est pas un bouclier mais un décor, symbole de l’impuissance de l’État face à la destruction de l’Amazonie française et des peuples autochtones qui y survivent ».

Le Maroni constitue pourtant une artère vitale : il sert aux déplacements là où n'existent ni route ni desserte aérienne, mais aussi à se laver, à laver le manioc, la vaisselle, le linge, à pêcher le poisson essentiel à l'alimentation locale.

Madame la ministre, quels moyens entendez-vous mobiliser, en lien avec les États voisins, pour protéger les riverains et l’écosystème local et démanteler chaque étape du trafic, y compris celles qui, grâce à des complicités guyanaises, se déroulent sur le sol même de la Guyane ?

Mme la présidente . La parole est à Mme la ministre déléguée auprès du ministre de l'intérieur.

Mme Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée auprès du ministre de l'intérieur . Mme la ministre des outre-mer m'a confié le soin de vous répondre. Vous l'avez souligné, l'orpaillage clandestin en Guyane représente un défi majeur, encore accru par le doublement en deux ans du cours de l'or, lequel vaut aujourd'hui 110 euros le gramme. Entre 6 000 et 8 000 orpailleurs illégaux d'origine brésilienne, selon les estimations, sont actifs en Guyane, provoquant des dégâts écologiques. Face à cette menace, il nous faut absolument agir, ce que fait l'État au quotidien. L'opération Harpie coordonne les forces armées, la gendarmerie, la police aux frontières, les douanes ; l'année 2025 a vu le renforcement des moyens de surveillance par drones, par imagerie satellite. Des raids héliportés en profondeur dans la forêt, suivant le modèle de l'opération Anaconda, visent à démanteler les camps des orpailleurs et détruire leur matériel, tandis que l'opération Titan, grâce aux commandos parachutistes, cible les sites les plus reculés. Vous avez évoqué la base opérationnelle avancée du Tampok : le renfort de patrouilles mobiles dans les zones périphériques a permis d'y réaliser le plus de saisies en 2024.

L'autre volet prioritaire réside effectivement dans le renforcement de la coopération opérationnelle avec les pays frontaliers, spécifiquement le Brésil et le Suriname, qui sont confrontés au même fléau. Avec le Brésil, cette coopération s'articule autour de notre frontière commune ; des accords bilatéraux permettent échanges d'informations et opérations coordonnées. Malheureusement, des différences d'approche persistent, mais des discussions sont en cours afin de renforcer les patrouilles conjointes et d'harmoniser les procédures judiciaires contre les réseaux criminels, hélas transnationaux. Le Suriname est utilisé par les garimpeiros comme base arrière logistique et pour le recel de l'or : la coopération avec les autorités de cet État a permis en 2024 la signature d'un accord en vue d'opérations conjointes sur le Maroni. L'efficacité globale de ces actions demeure néanmoins contrainte par l'absence de ratification surinamaise du traité bilatéral signé en 2021 et fixant le tracé de la frontière.

Mme la présidente . Merci de conclure, madame la ministre.

Mme Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée . Enfin, la lutte contre l'orpaillage illégal nécessite de faciliter l'orpaillage légal : nous travaillerons donc en 2026 à renforcer la coordination des actions des forces de sécurité, l'approfondissement des relations avec les États tiers et le soutien à cet orpaillage légal.

Données clés

Auteur : Mme Dominique Voynet

Type de question : Question orale

Rubrique : Outre-mer

Ministère interrogé : Outre-mer

Ministère répondant : Outre-mer

Date : La question a été posée au Gouvernement en séance, parue au Journal officiel du 6 janvier 2026

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