Sauvegarde de l'aéroport de Pierrefonds.
Question de :
Mme Émeline K/Bidi
Réunion (4e circonscription) - Gauche Démocrate et Républicaine
Mme Émeline K/Bidi interroge M. le ministre des transports sur la sauvegarde de l'aéroport de Pierrefonds.
Réponse en séance, et publiée le 14 janvier 2026
AÉROPORT DE PIERREFONDS
Mme la présidente . La parole est à Mme Émeline K/Bidi, pour exposer sa question, no 495, relative à l'aéroport de Pierrefonds.
Mme Émeline K/Bidi . Je vous présente à tous mes meilleurs vœux pour la nouvelle année.
Monsieur le ministre des transports, je souhaite vous interpeller sur la situation de l'aéroport de Pierrefonds, situé à Saint-Pierre de La Réunion, dans ma circonscription. Cet aéroport a été ouvert au trafic commercial en 1998, puis la piste aéroportuaire a connu des travaux d'extension en 2006 pour accueillir plus d'appareils, si bien qu'elle permet d'accueillir des avions Transall et le Dash 8, dont la présence est indispensable sur notre île en période sèche. Surtout, sa zone dédiée à l'accueil des passagers, qui mesure 2 500 mètres carrés, pourrait accueillir jusqu'à 500 000 passagers par an.
Pourtant, depuis le covid, l'activité de cet aéroport, sans doute le savez-vous, est à l'arrêt. Depuis fin 2025, le syndicat mixte de Pierrefonds, qui gère l'aéroport, a été placé en redressement judiciaire. La gouvernance du site aéroportuaire et son modèle économique ont été pointés du doigt par la chambre régionale des comptes, la structure affichant un déficit de 5,6 millions d'euros.
Toutefois, nous ne pouvons nous résoudre à laisser cet aéroport tomber en faillite car il est hautement stratégique pour La Réunion et l'océan Indien, sur les plans tant économique que civil et géopolitique. L'aéroport, qui peut devenir un lieu de transit et d'ouverture sur le bassin indo-océanique, présente un potentiel économique incontestable. Il accueille aussi un centre de sécurité civile et joue un rôle primordial pour La Réunion, mais aussi pour Mayotte. Ainsi, lors du cyclone Chido, c'est depuis l'aéroport de Pierrefonds que le hub aérien a été organisé pour aider les Mahorais.
Enfin, je souhaite vous alerter sur la situation militaire. Les conflits mondiaux s'amplifient et l'océan Indien est devenu le théâtre insoupçonné de tractations géopolitiques. La Russie, qui faisait preuve d'ingérence à Mayotte, œuvre désormais à Madagascar dans le but de faire de cette grande île un lieu d'échanges économiques et d'occupation géostratégique à proximité du canal du Mozambique. L'île de La Réunion, territoire français, n'est située qu'à 800 kilomètres de Madagascar, et l'aéroport de Pierrefonds, adossé au deuxième régiment de parachutistes d'infanterie de marine (RPIMa), est une infrastructure stratégique qui ne peut être vouée à la faillite dans le contexte international actuel. Il pourrait devenir un centre polyvalent de commandement militaire et de sécurité civile, tout en relançant son activité économique et commerciale.
Quels moyens vous comptez mobiliser pour sauvegarder l'aéroport de Pierrefonds ? Le gouvernement a-t-il seulement conscience de l'impérieuse nécessité, d'un point de vue tant économique, que civil et militaire, de sauvegarder cette infrastructure stratégique ?
Mme la présidente. La parole est à M. le ministre des transports.
M. Philippe Tabarot, ministre des transports. Le gouvernement a conscience de l'importance du sujet. Cet aéroport, le deuxième de La Réunion, ne relève certes pas de la compétence de l'État puisque le syndicat mixte de Pierrefonds, regroupant différentes collectivités, en assure les prérogatives de propriétaire et d'exploitant depuis 2006. Dans ce cadre, il n'appartient théoriquement pas à l'État d'en définir les options stratégiques.
L'aéroport a connu une baisse très significative de son trafic commercial depuis la crise du covid, mais cette baisse avait déjà été amorcée à l'issue de la mise en service de la route des Tamarins en 2010 ; vous pourriez en parler bien mieux que moi. Il reste néanmoins très actif aussi dans le domaine de l'aviation légère et de loisir, il continue à assurer des missions de service public telles que des vols d'évacuation sanitaire, des vols d'entraînement du deuxième RPIMa et à accueillir des avions de la sécurité civile, qui luttent notamment contre les feux de forêt.
Face au constat de la dégradation de la situation financière de l'aéroport, la chambre régionale des comptes de La Réunion, à l'issue de son contrôle de la gestion du syndicat mixte, a défini deux options pour déterminer sa stratégie. La première serait de relancer le transport commercial avec un niveau d'aide publique important. Cette option n'est pas privilégiée par la chambre, faute de perspectives de développement commercial et en raison des risques financiers associés. La seconde consisterait à renoncer aux activités commerciales permanentes, qui génèrent des coûts considérables, notamment en matière de sécurité et de sûreté, et de recentrer la plateforme sur ses activités d'aviation générale, voire d'accueil des vols d'entraînement militaire, si les services du ministère des armées le confirment.
L'État considère que la seconde option, qui consiste à spécialiser les deux aéroports du territoire et à les rendre complémentaires, plutôt que de les placer dans une pseudo-concurrence, est à privilégier, au regard de leurs activités actuelles. Ainsi, l'aéroport de La Réunion Roland-Garros se concentrerait sur le transport commercial de passagers, et celui de Saint-Pierre-Pierrefonds sur les autres activités. Une concurrence entre les deux aéroports, distants de quelques dizaines de kilomètres, ne satisferait en rien les besoins aéronautiques de La Réunion.
L'État considère que l'aéroport de Pierrefonds devrait également conserver une utilité pour le territoire de La Réunion comme infrastructure de secours, notamment en cas d'événement naturel majeur qui rendrait l'aéroport Roland-Garros inexploitable durant une longue période. Dans le cadre de la complémentarité à venir, que je souhaite, entre ces deux aéroports, l'activité d'aviation générale pourrait être poursuivie et les projets de développement de la filière aéronautique pourraient être concrétisés, notamment dans les domaines de la formation – celle des pompiers d'aérodrome par exemple – et de la maintenance aéronautique légère ou de la filière drone.
J'espère que ce développement, qui ne nécessite pas de gros investissements et dont le coût de fonctionnement est raisonnable, contrairement à l'option commerciale, sera finançable et saura répondre à vos demandes et interrogations.
Auteur : Mme Émeline K/Bidi
Type de question : Question orale
Rubrique : Outre-mer
Ministère interrogé : Transports
Ministère répondant : Transports
Date : La question a été posée au Gouvernement en séance, parue au Journal officiel du 6 janvier 2026