Question orale n° 517 :
Suppression de postes d'enseignants en Creuse à la rentrée de 2026

17e Législature

Question de : M. Bartolomé Lenoir
Creuse (1re circonscription) - Union des droites pour la République

M. Bartolomé Lenoir appelle l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale sur la suppression de 4 000 postes d'enseignants, mesure inscrite dans le budget 2026 et ses conséquences dans les territoires ruraux. La rentrée scolaire 2025 en Creuse a de nouveau été marquée par des fermetures de classes, dans un contexte national où près de 5 000 classes ont été supprimées pour l'année 2025-2026, touchant prioritairement les académies rurales. Ces décisions récurrentes, souvent annoncées tardivement, fragilisent les communes rurales, compliquent la gestion pour les équipes éducatives et remettent en cause les investissements locaux, dans des territoires où la géographie rend ces suppressions particulièrement préjudiciables. Une planification pluriannuelle et une concertation en amont, notamment sous l'égide de la préfecture, apparaissent indispensables afin de sécuriser l'évolution de la carte scolaire. Il lui demande de lui préciser ses objectifs pour la Creuse et les garanties qui peuvent être apportées en matière de visibilité et de stabilité de la carte scolaire dans ce département.

Réponse en séance, et publiée le 14 janvier 2026

SUPPRESSION DE POSTES D'ENSEIGNANTS DANS LA CREUSE
Mme la présidente . La parole est à M. Bartolomé Lenoir, pour exposer sa question, no 517, relative à la suppression de postes d'enseignants dans la Creuse.

M. Bartolomé Lenoir . Monsieur le ministre, vous avez récemment annoncé la suppression de 4 000 postes d'enseignants en France, mais les répercussions dans mon département de la Creuse ne sont toujours pas connues. Pourtant, sur le terrain, les inspecteurs préparent les esprits aux fermetures de classes, voire d'écoles.

Votre décision se fonde sur la baisse démographique, réelle mais que vous acceptez comme une fatalité, sans que le gouvernement prenne aucune décision pour soutenir les familles. Or les chiffres montrent que les couples français – et creusois en particulier – ont moins d'enfants qu'ils ne le souhaitent. Cela s'explique par la baisse du pouvoir d'achat, mais aussi par l'affaiblissement des services publics, qui n'incite pas les familles à croire en l'avenir – je pense aux soignants, dont les moyens diminuent, mais aussi aux écoles.

La Creuse a une géographie particulière : beaucoup de villages et peu de grandes communes. C'est là une richesse patrimoniale mais aussi une contrainte. Fermer une classe ou une école chez nous, c'est imposer à des enfants des temps de transport importants. Dans quelle proportion ces villages seront-ils touchés ? Je vous ai écrit à ce sujet il y a plusieurs mois, mais n'ai toujours pas reçu de réponse. Je vous repose donc ici la question : combien de classes et combien d'écoles fermerez-vous dans la Creuse ?

En tant que député, je cherche aussi des solutions ; elles doivent venir du terrain. Je vous demande donc de charger le préfet de la Creuse d'organiser, avec les maires qui seront nouvellement élus, une grande consultation et un travail d'une année afin de formuler un constat et de proposer des solutions de terrain.

Enfin, vous le savez, des agriculteurs se battent aujourd'hui partout en France, et aussi dans la Creuse. Ils ne le font pas que pour eux-mêmes, de façon égoïste : ils le font pour l'avenir de leur métier. Or pour cet avenir, il faudra des écoles – c'est fondamental pour la transmission.

Mme la présidente . La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale.

M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale . Je suis tout à fait d'accord pour dire que la démographie n'est pas une fatalité. Je crois d'ailleurs être le premier ministre de l'éducation nationale à être venu devant la commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée avec des statistiques sur les vingt prochaines années. J'ai expliqué, comme je le crois profondément, que tant que nous n'accepterons pas de partager collectivement une vision sur vingt ans, l'examen successif de chaque projet de loi de finances – certes indispensable – ne permettra pas d'appréhender le choc démographique auquel nous faisons face. Ce choc démographique représente, pour le système éducatif, 2 millions d'élèves en moins – sur 12 millions – en 2035 par rapport à 2015. Dans certains territoires, comme en Guadeloupe, on prévoit, pour le premier degré, 25 % d'élèves en moins en dix ans. La chute est donc phénoménale.

Si nous suivions mécaniquement la démographie, nous aurions supprimé, ces trois dernières années, 15 000 postes dans le premier degré ; or nous n'en avons supprimé aucun. Si nous suivions mécaniquement la démographie, nous aurions proposé de supprimer 8 000 à 9 000 postes dans le premier degré en 2026 ; or nous proposons, dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026, d'en supprimer 4 000. Il faut en effet, d'un côté, tenir compte d'une chute démographique réelle – et que personne ne peut nier – et, de l'autre, tenter de l'amortir, notamment pour la ruralité.

Certes, ce ne sont que des chiffres, mais ils disent quelque chose. Dans le premier degré, nous avons l'habitude d'exprimer les choses sous la forme du ratio – dit P/E – du nombre de professeurs pour 100 élèves. Dans la Creuse, ce rapport s'établit, pour la rentrée 2025, à 7,79, contre 6,15 au niveau national ou 6 pour l'académie de Versailles.

Contrairement à ce qu'on lit parfois, les territoires ruraux ne sont pas défavorisés : 30 % des écoles sont implantées en milieu rural alors que 18 % des élèves seulement y habitent. L'effort en faveur de la ruralité est donc indéniable. Cependant, lorsqu'on est confronté à la situation que j'ai décrite, mécaniquement des enfants manquent dans certaines classes et nous sommes contraints d'en fermer – et parfois, malheureusement, de fermer des écoles, ce qui est un déchirement pour tout le monde.

Face à cela, je propose d'abord de généraliser les observatoires des dynamiques rurales à l'ensemble du territoire national – une décision sera prise cette semaine en ce sens – afin que, partout, les préfets et les directeurs académiques des services de l’éducation nationale (Dasen) puissent discuter avec les élus des réalités démographiques sur les trois, cinq ou idéalement dix prochaines années, et traiter parallèlement la question des transports. Il est clair que l'école est un élément d'aménagement du territoire et qu'il faut en tenir compte dans ce qu'on décide – soit de laisser ouvert, soit de recalibrer, soit hélas de fermer.

S'agissant des fermetures de classes ou des moyens distribués dans la Creuse à la rentrée 2026, je ne les connais pas. D'abord parce que, à ce stade, je n'ai pas de budget. Certes, je serai en mesure, dans quelques jours et sur la base d'un budget prévisionnel, de dire ce qu'on peut attribuer aux différentes académies. Mais la répartition se fait ensuite, entre les différents territoires, à l'intérieur de chaque académie – c'est un système très déconcentré, contrairement à ce qu'on croit. Je ne peux donc pas répondre précisément à votre question concernant le nombre de classes potentiellement touchées dans la Creuse. En revanche, je peux vous assurer que nous poursuivrons l'amélioration du taux d'encadrement et que cela se fera dans le cadre d'un dialogue nourri avec les élus.

Enfin, puisque vous évoquez la transmission agricole, j'appelle votre attention sur un point positif : depuis deux ans, nous avons réussi à inverser la tendance et à faire en sorte que de plus en plus d'élèves demandent à être orientés en voie agricole à la fin de la classe de troisième – ce n'était plus arrivé depuis vingt ans.

Mme la présidente . La parole est à M. Bartolomé Lenoir.

M. Bartolomé Lenoir . C'est tout de même assez incroyable que, pour la rentrée 2026, vous n'ayez aucun élément à communiquer pour un département entier !

M. Édouard Geffray, ministre. Nous n'avons pas de budget !

M. Bartolomé Lenoir . Vous pourriez quand même travailler en amont. Quant à la natalité, je suis d'accord avec vous.

Données clés

Auteur : M. Bartolomé Lenoir

Type de question : Question orale

Rubrique : Enseignement

Ministère interrogé : Éducation nationale

Ministère répondant : Éducation nationale

Date : La question a été posée au Gouvernement en séance, parue au Journal officiel du 6 janvier 2026

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