Question orale n° 592 :
Désertification médicale dans le Morbihan

17e Législature

Question de : M. Damien Girard
Morbihan (5e circonscription) - Écologiste et Social

M. Damien Girard attire l'attention de Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées sur la désertification médicale dans le Morbihan. La population du département rencontre, comme sur de nombreux territoires, des difficultés croissantes pour accéder à des professionnels de santé, notamment spécialisés. Au niveau national, la suppression du numerus clausus et la libération du temps médical permettront, à terme, d'améliorer l'accès aux professionnels de santé. Mais cela ne répond pas à l'urgence à laquelle sont confrontés les citoyens et les collectivités. Ainsi, entre 2018 et 2024, le nombre de médecins généralistes a diminué, creusant un « déficit médical » qui mettra du temps à se résorber. Des initiatives locales visant à répondre aux besoins de la population sont donc menées par des citoyens, des associations et des professionnels de santé. Ainsi, à Hennebont, dans la circonscription de M. le député, Boris s'engage dans un centre de santé communautaire afin de permettre l'accès aux soins à toutes et tous. À l'approche des élections municipales, il est nécessaire que le Gouvernement offre aux collectivités, notamment aux maires, les moyens de faire face à la pénurie de professionnels de santé. Le soutien de l'État est crucial pour permettre la création de centres de santé et faciliter la mise en place de mutuelles communales. Pourtant, la dotation globale de fonctionnement n'évoluera pas en 2026. L'inflation l'érodera donc, réduisant encore davantage la capacité des pouvoirs locaux à mener des politiques sanitaires à la hauteur des enjeux. Il est également possible d'agir sur la prévention : par le droit à une alimentation saine et durable, par la dépollution des sols ou encore par le renforcement des réglementations sanitaires. Autant de dossiers dans lesquels l'État et les collectivités sont complémentaires et doivent harmoniser leurs efforts. Il lui demande quels outils et quel soutien concret le Gouvernement entend mettre à la disposition des maires et des collectivités face à la désertification médicale des zones rurales et des villes moyennes.

Réponse en séance, et publiée le 18 février 2026

DÉSERTIFICATION MÉDICALE DANS LE MORBIHAN
Mme la présidente . La parole est à M. Damien Girard, pour exposer sa question, no 592, relative à la désertification médicale dans le Morbihan.

M. Damien Girard . Je souhaite par ma question attirer l'attention de Mme la ministre de la santé sur la désertification médicale dans le Morbihan. La population du département rencontre, comme dans de nombreux territoires, des difficultés croissantes pour accéder à des professionnels de santé, notamment à des spécialistes. Cela suscite un sentiment de délaissement et d'atteinte directe à la dignité qui nourrit la colère, voire le rejet du politique.

Au niveau national, la suppression du numerus clausus et la libération du temps médical permettront, à terme, d'améliorer l'accès aux soins. Mais ces mesures ne répondent pas à l'urgence à laquelle sont confrontés les citoyens et les collectivités. Entre 2018 et 2024, le nombre de médecins généralistes a diminué, ce qui a creusé un déficit médical qui mettra du temps à se résorber.

Face à cette situation, des initiatives locales se développent, promues par des citoyennes et des citoyens, des associations et des professionnels de santé. À Hennebont, dans le Morbihan, au sein d'un quartier prioritaire de la politique de la ville, un médecin, Boris, a ainsi construit avec des collègues soignants un centre de santé communautaire afin de garantir l'accès aux soins pour toutes et tous. Ce centre de soins participatif, comme vingt-cinq autres structures d'exercice coordonné participatives, devait être inscrit dans le droit commun en 2026 afin de pérenniser ses financements. Toute suspension brutale de cette expérimentation constituerait un recul pour le droit à la santé. Elle fragiliserait particulièrement les personnes socialement défavorisées, déjà confrontées à de fortes inégalités d'accès aux soins et plus largement à la santé, ce qui entraîne parfois des conséquences dévastatrices.

Début février, ces structures ont reçu un courrier de la ministre de la santé qui se voulait rassurant et annonçait le maintien du financement de l'expérimentation jusqu'à la fin de l'année. Mais au-delà, l'avenir demeure incertain. Pourtant, les résultats obtenus par ces centres sont reconnus comme particulièrement positifs. Une mobilisation nationale est en cours pour permettre la pérennisation des vingt-six centres concernés. Au regard des besoins croissants, il faudrait non seulement garantir leur maintien, mais aussi permettre l'essaimage du dispositif sur l'ensemble du territoire. Quels financements l'État prévoit-il à cette fin ?

Plus largement, il est indispensable de donner aux collectivités, notamment aux communes, les moyens d'agir concrètement face à la pénurie de professionnels de santé. Les communes peuvent par exemple soutenir la création de centres de santé, favoriser l'installation de professionnels, développer des mutuelles communales ou encore accompagner des formes d'exercice coordonné. Elles peuvent également renforcer les politiques de prévention : promouvoir l'accès à une alimentation saine et durable, agir pour la dépollution des sols, soutenir l'éducation à la santé ou améliorer l'environnement urbain afin de favoriser le bien-être. Ce sont autant de leviers qui relèvent de l'action locale, mais requièrent un engagement financier clair et durable de l'État.

Or la dotation globale de fonctionnement n'évoluera pas en 2026. L'inflation en réduira donc l'ampleur réelle, ce qui limitera encore la capacité des collectivités de mener des politiques de santé à la hauteur des enjeux.

Face à la désertification médicale qui touche les zones rurales comme les villes moyennes, quels outils pérennes et quel soutien financier concret le gouvernement entend-il mettre à la disposition des maires et des collectivités pour garantir un égal accès à la santé sur l'ensemble du territoire ?

Mme la présidente . La parole est à M. le ministre du travail et des solidarités.

M. Jean-Pierre Farandou, ministre du travail et des solidarités . L'accès aux soins constitue bien évidemment une priorité du gouvernement et de l'agence régionale de santé (ARS) Bretagne. Si les tensions qui affectent la démographie médicale touchent l'ensemble du territoire national, il faut apprécier de manière objectivée la situation du Morbihan. Sa démographie médicale est globalement favorable, du moins relativement à la moyenne nationale : on y compte 9,9 médecins généralistes libéraux pour 10 000 habitants contre une moyenne régionale de 9,3 et une moyenne nationale de seulement 8. Entre 2019 et 2024, le département enregistre un solde positif de 47 médecins généralistes libéraux, ce qui traduit une dynamique d'installation réelle et un renouvellement des générations à la suite de la suppression du numerus clausus.

Une série d'actions est par ailleurs menée pour renforcer l'offre de soins dans votre territoire. La révision du zonage médical en Bretagne ciblera les territoires fragiles pour y concentrer les aides à l'installation des professionnels.

En outre, le pacte de lutte contre les déserts médicaux porte déjà ses fruits dans le Morbihan, avec l'ouverture d'un lieu de consultation solidaire à Gourin.

Dès novembre 2026, des docteurs juniors seront déployés en priorité dans les zones en tension grâce à la réforme de la quatrième année d'internat.

Enfin, vous appelez à renforcer l'exercice de coordination à l'échelon départemental comme à l'échelon national. C'est tout l'objectif de France Santé : rendre plus visible et lisible l'offre de soins, renforcer les lieux de soins existants pour leur permettre de prendre en charge plus de patients et créer une nouvelle offre de soins là où il n'y a plus de médecins. Ainsi, seize maisons France Santé soutenues par l'ARS Bretagne renforceront l'offre de soins locale.

L'État et l'ARS Bretagne accompagnent les collectivités pour adapter les solutions locales au plus près du terrain. Un comité de concertation s'est notamment réuni le 25 janvier en vue de renforcer cette coopération, de mieux cibler les zones en tensions dans le Morbihan et de continuer les actions engagées avec les docteurs juniors et les maisons France Santé, sans oublier les dispositifs de télésanté.

Mme la présidente . La parole est à M. Damien Girard.

M. Damien Girard . Merci pour cette réponse. Le Morbihan n'est en effet pas le plus à plaindre. Le dispositif France Santé ne répond pas pour autant complètement – loin de là – à l'exigence de pérennité et de financement des centres de santé participatifs. Nous demeurons inquiets à cet égard.

Données clés

Auteur : M. Damien Girard

Type de question : Question orale

Rubrique : Professions de santé

Ministère interrogé : Santé, familles, autonomie et personnes handicapées

Ministère répondant : Santé, familles, autonomie et personnes handicapées

Date : La question a été posée au Gouvernement en séance, parue au Journal officiel du 10 février 2026

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