Le durcissement rapide de l’environnement stratégique et le retour de la conflictualité brutale imposent une adaptation sans délai de notre outil de défense. La poursuite de la guerre d’agression menée par la Russie en Ukraine, l’intensification des tensions au Proche et au Moyen-Orient, les incertitudes sur le positionnement du grand partenaire américain de l'OTAN, la multiplication des attaques terroristes, la montée en puissance de la puissance chinoise et la massification des attaques hybrides contre les démocraties témoignent de la fin de l'ère dite "des dividendes de la paix". Dans ce contexte marqué par le retour de la guerre de haute intensité sur le continent européen, la France doit continuer à se doter des moyens nécessaires pour préserver sa souveraineté et assurer sa sécurité.
Le projet de loi d'actualisation s’inscrit dans la continuité directe de la loi de programmation militaire 2024-2030 entrée en vigueur le 1er août 2023. Comme l’a rappelé la ministre des Armées, Mme Catherine Vautrin, il constitue une accélération de la trajectoire initialement prévue. Alors que l’article 8 de la LPM 2024-2030 fixait une clause de révision en 2027, celle-ci est avancée à 2026 afin de tirer les conséquences du durcissement de l’environnement stratégique.
Cette actualisation répond à un double objectif : renforcer nos capacités pour faire face à des engagements de haute intensité, et adapter le cadre normatif afin de lever les contraintes pesant sur la montée en puissance de notre outil de défense. Cette démarche découle de la Revue Nationale Stratégique publiée en juillet 2025 et des orientations fixées par le Président de la République, qui rappelait, le 13 juillet 2025 à l’Hôtel de Brienne, que « nous vivons un moment de bascule ». Le Premier ministre a, de même, souligné le 25 mars 2026 à l'Assemblée nationale, la nécessité d’accélérer l’effort de défense, en insistant notamment sur le renforcement des stocks de munitions et l’adaptation aux nouvelles formes de conflictualité.
L’actualisation prévoit un effort budgétaire supplémentaire de 36 milliards d’euros sur la période 2026-2030. Elle permet de renforcer significativement les capacités de nos armées, notamment par la reconstitution des stocks de munitions, la modernisation de la dissuasion, le développement des capacités spatiales et de connectivité, ainsi que l’accélération des moyens en matière de drones et de défense sol-air. Elle s’accompagne également d’un effort humain avec la sécurisation d’un objectif de 275 000 équivalents temps plein à l’horizon 2030, impliquant une hausse des recrutements dès 2026.
Cet effort ne constitue pas une simple augmentation budgétaire : il s’agit d’un investissement direct dans la capacité de nos forces à agir, à se protéger et à remplir leurs missions. Donner des moyens supplémentaires à nos armées, c’est donner à nos soldats les capacités d’agir, de se protéger et de remplir leurs missions dans les conditions les plus exigeantes. Je tiens, à cet égard, à saluer l’engagement, le professionnalisme et la disponibilité des femmes et des hommes engagés dans nos forces armées qui servent la Nation.
En tant que Rapporteure pour avis de la commission des Affaires étrangères, saisie notamment sur les articles 7, 16, 19 et 20, je tiens à souligner que ces articles renforcent le cadre juridique applicable à des activités à dimension internationale susceptibles d’affecter nos intérêts nationaux. Ils encadrent les redevances liées aux exportations d’armement, durcissent les sanctions en matière de contrôle maritime, protègent les savoir-faire sensibles et stratégiques et renforcent le contrôle des coopérations internationales dans l’enseignement supérieur.
Des points de vigilance subsistent, notamment quant à la soutenabilité budgétaire, à la capacité de notre base industrielle et technologique de défense à répondre aux besoins, et à la coordination avec nos partenaires européens. Ils appellent un suivi attentif de l’exécution de la programmation.
Dans un monde structuré par le retour des rapports de force, disposer d’un outil militaire crédible conditionne directement notre liberté d’appréciation, de décision et d’action. Assurer la cohérence entre notre ambition stratégique et les moyens que nous y consacrons constitue une exigence essentielle pour garantir l’indépendance de la Nation, défendre ses intérêts et continuer à peser dans les équilibres internationaux.
Pour toutes ces raisons, je voterai en faveur de ce projet de loi d’actualisation de la loi de programmation militaire.