Question au Gouvernement n° 1081 :
Revue stratégique américaine

17e Législature

Question de : Mme Sabine Thillaye
Indre-et-Loire (5e circonscription) - Les Démocrates

Question posée en séance, et publiée le 10 décembre 2025


REVUE STRATÉGIQUE AMÉRICAINE

Mme la présidente . La parole est à Mme Sabine Thillaye.

Mme Sabine Thillaye . La nouvelle doctrine stratégique américaine présentée vendredi marque un basculement inquiétant. Ses deux pages consacrées à l’Europe délivrent un message on ne peut plus clair.

C’est un texte choquant, une notification d’ingérence contre l’Union européenne et contre chacun de ses États membres.

M. Louis Boyard . C’est maintenant que vous le découvrez ?

Mme Sabine Thillaye . Le ton avait déjà été donné par le vice-président Vance à Munich – quelques-uns d'entre nous se trouvaient dans la salle –, mais la doctrine est plus affirmée encore.

Elle avance que l’Europe est une « civilisation en déclin » et affiche ouvertement son soutien aux forces européennes d’extrême droite. Ce n’est pas de la géopolitique, c’est de l’ingérence idéologique, une tentative de division de nos démocraties à un moment crucial, notamment pour l’Ukraine.

Personne, ici, ne souhaite affaiblir le lien transatlantique : les États-Unis ne se résument pas à l’administration Trump. Cette nouvelle donne change toutefois les équilibres sur lesquels nous avons compté pendant des décennies.

Notre réponse doit être double et sans ambiguïté. Nous refusons, pour commencer, cette ingérence idéologique : la défense de nos valeurs démocratiques n’a pas besoin de tutelle extérieure. Ensuite, l’Union européenne et la France doivent s'organiser sur le plan militaire et diplomatique. Peut-être ne devons-nous plus attendre l’unanimité des Vingt-Sept, mais agir, construire des coalitions de volontaires, mutualiser nos capacités et nos investissements.

M. Louis Boyard . Il faut quitter l’Otan !

Mme Sabine Thillaye . Il est temps de résoudre nos problèmes sans nous contenter de maudire Trump.

Monsieur le premier ministre, nous devons dire oui à l’alliance et non à la vassalisation. Face à une stratégie américaine profondément modifiée, quelle peut être la nouvelle nature du lien transatlantique ? (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem. - MM. Michel Barnier et Franck Riester applaudissent également.)

Mme la présidente . La parole est à Mme la ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants.

Mme Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants . Vous avez raison, madame la députée : la nouvelle stratégie de sécurité américaine est une clarification, extrêmement brutale, de la posture idéologique des États-Unis. C’est aussi l’accélération d'une politique dans laquelle ils sont engagés depuis longtemps – et qu’ils poursuivront –, qui consiste à faire primer leurs intérêts nationaux sur la recherche de compromis avec leurs alliés.

J’étais hier au Pentagone, à Washington, pour m’entretenir avec les responsables du Conseil de sécurité nationale. Cette stratégie suscite des débats, y compris sur la qualification de la Russie, d’autant plus qu'elle a été saluée par Moscou.

Pour notre part, nous devons accélérer le réarmement de la France et de l’Europe. Nous devons avancer à vingt-sept lorsque nous le pouvons – c'est le cas des mécanismes Safe et Edip que le Conseil a adoptés.

La compétence de la défense reste toutefois une compétence souveraine et nationale : nous devons donc aussi progresser dans le cadre de coalitions. Sur des segments comme l’artillerie, la défense aérienne et antimissile ainsi que les capacités de frappe en profondeur, c’est ce que nous avons commencé de faire, sous l’autorité du premier ministre, depuis l’adoption de la LPM.

Nous devons continuer de nous développer, en nous focalisant sur l’industrie. Les financements européens additionnels doivent renforcer l’industrie européenne ; je peux vous dire, de retour de Washington, que l’industrie est bien le nerf de la guerre.

Voilà, nous y sommes – et ça va continuer. Nous vivons dans un monde de carnivores. L’Europe n’est pas une île ; elle saura se faire respecter pourvu qu’elle apprenne à le faire. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR et sur les bancs du groupe Dem.)

Mme la présidente . La parole est à Mme Sabine Thillaye.

Mme Sabine Thillaye . Je vous remercie. Je sais que de nombreux instruments ont été mis en place ; nous devons maintenant accélérer et, pour ce qui est de la diplomatie, parler d’une même voix. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem. - M. Franck Riester applaudit également.)

Données clés

Auteur : Mme Sabine Thillaye

Type de question : Question au Gouvernement

Rubrique : Politique extérieure

Ministère interrogé : Armées et anciens combattants (MD)

Ministère répondant : Armées et anciens combattants (MD)

Date : La question a été posée au Gouvernement en séance, parue au Journal officiel du 10 décembre 2025

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