Pratique du "chemsex" et nécessité d'une régulation des plateformes numériques
Publication de la réponse au Journal Officiel du 26 mai 2026, page 4672
Question de :
M. Pouria Amirshahi
Paris (5e circonscription) - Écologiste et Social
M. Pouria Amirshahi appelle l'attention de M. le ministre de l'intérieur sur la question préoccupante de l'augmentation des décès liés à la pratique du chemsex, action associant consommation de substances psychoactives et rapports sexuels, qui connaît une croissance exponentielle au sein de la communauté LGBTQIA+ mais également chez les jeunes en général. Les associations engagées dans la prévention de ces pratiques, telles que l'Inter-LGBT et PlaySafe, alertent depuis plusieurs années sur les conséquences sanitaires dramatiques du chemsex. Selon les données qu'elles ont pu recueillir, cette pratique provoquerait en moyenne un décès par semaine à Paris, avec un pic de huit décès recensés lors du week-end de la Pride. Par ailleurs, près de 90 % des intubations en réanimation liées à une overdose concerneraient des cas de chemsex et les premiers donneurs d'organes seraient ceux dont le décès est lié à la consommation de GBL (gamma-butyrolactone), substance fréquemment utilisée dans ce cadre. Malgré ces alertes, les associations font face à un manque criant de données officielles, le ministère de l'intérieur n'ayant pas communiqué les chiffres demandés sur les décès ou overdoses liés à cette pratique. Cette opacité entretient un tabou autour des morts par overdose, souvent classées à tort comme des « arrêts cardiaques ». Elle empêche aussi tout suivi statistique rigoureux, ce qui rend difficile la mise en place d'une politique publique de prévention efficace. M. le député souhaite également appeler l'attention du Gouvernement sur l'implication du secteur numérique dans ce phénomène. Les pratiques de chemsex s'organisent et se diffusent massivement via des applications de rencontre et réseaux sociaux (Grindr par exemple). Or la modération de ces plateformes est largement insuffisante et leur responsabilité n'est pas encadrée. De même, les sites vendeurs de drogues de synthèse sont totalement accessibles via l'espace numérique français et pratiquent même des campagnes marketing ciblées. Il apparaît dès lors nécessaire de renforcer la coopération avec les grandes plateformes (Google, Apple) pour limiter la visibilité des contenus promouvant ou facilitant le chemsex dans les systèmes de recherche et, le cas échéant, procéder à la suppression de certains sites de l'espace numérique français. Le législateur doit se saisir de cette question afin de fixer des objectifs clairs en matière de prévention et de régulation des contenus en ligne et imposer des messages de prévention obligatoires sur les sites et applications concernés. En conséquence, il lui demande de rendre publiques les données officielles relatives aux décès et overdoses liés au chemsex, de préciser les actions envisagées pour améliorer la modération et la régulation des plateformes numériques facilitant cette pratique et de détailler les mesures que le Gouvernement compte mettre en œuvre pour soutenir les associations de prévention et renforcer la lutte contre ce fléau sanitaire et social.
Réponse publiée le 26 mai 2026
Le Gouvernement est pleinement conscient des risques sanitaires majeurs liés à l'association de la consommation de substances psychoactives et de rapports sexuels, tant en matière d'addictions que de santé mentale, de santé sexuelle et de complications aiguës pouvant conduire à des hospitalisations en réanimation. Cette problématique constitue un enjeu de santé publique identifié et suivi par le ministère chargé de la santé. À ce titre, une stratégie dédiée à la prévention et à la prise en charge des pratiques de chemsex a été intégrée dans les déclinaisons de la stratégie nationale de santé sexuelle 2017-2030 et fera l'objet d'un axe spécifique dans sa nouvelle feuille de route 2026-2030, qui sera prochainement rendue publique. Cette orientation s'inscrit dans la continuité des actions engagées dans la feuille de route 2021-2024, qui avaient déjà permis de structurer un premier cadre d'intervention et de coordination des acteurs. Le nouvel axe stratégique prévoit notamment : - le renforcement des actions de réduction des risques et des dommages, adaptées aux spécificités des usages observés ; - le développement d'actions ambitieuses de communication et de prévention ciblées ; - le déploiement de formations renforcées à destination des professionnels de santé, des acteurs du secteur social et médico-social, ainsi que des intervenants communautaires ; - l'amélioration de la coordination entre les dispositifs de santé sexuelle, d'addictologie et de santé mentale. Les associations engagées dans la prévention et l'accompagnement des publics concernés ont été étroitement associées à l'élaboration de l'ensemble des travaux, en qualité de membres du groupe de travail dédié au chemsex ou dans le cadre d'auditions conduites au regard de leur expertise reconnue. Leur connaissance fine des réalités de terrain constitue un appui essentiel à la définition de réponses publiques adaptées. S'agissant de l'environnement numérique, la stratégie prévoit l'engagement d'un dialogue avec les plateformes concernées afin d'envisager la diffusion de messages de prévention et de promouvoir des pratiques responsables. Cette démarche s'inscrit dans un cadre interministériel associant les ministères compétents, afin d'articuler les enjeux de santé publique, de régulation des contenus en ligne et de lutte contre les trafics de stupéfiants. La ministre chargée de la santé réaffirme ainsi la mobilisation pleine et entière du Gouvernement face à cet enjeu sanitaire et social, dans une approche fondée sur la prévention, la réduction des risques, l'accompagnement des personnes et le dialogue avec l'ensemble des acteurs concernés.
Auteur : M. Pouria Amirshahi
Type de question : Question écrite
Rubrique : Santé
Ministère interrogé : Intérieur
Ministère répondant : Santé, familles, autonomie et personnes handicapées
Renouvellement : Question renouvelée le 24 mars 2026
Dates :
Question publiée le 18 novembre 2025
Réponse publiée le 26 mai 2026