Réforme du brevet national des métiers d'art
Question de :
Mme Olivia Grégoire
Paris (12e circonscription) - Ensemble pour la République
Mme Olivia Grégoire attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale sur les orientations envisagées concernant la réforme de la formation aux métiers d'art et en particulier la création d'un brevet national des métiers d'art (BNMA) appelé à se substituer au parcours actuel articulé autour du CAP et du BMA. Les métiers d'art, qui représentent plus de 60 000 entreprises et un savoir-faire essentiel au patrimoine et à l'économie culturels de la France, traversent une période de fragilisation marquée par une baisse d'attractivité ainsi que des difficultés de recrutement. Dans ce contexte déjà délicat, plusieurs organisations professionnelles et enseignants ont fait part d'inquiétudes quant au projet de réforme actuellement porté par l'inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche. Mme la députée interroge M. le ministre notamment sur les conséquences qu'aurait le passage d'un cycle de formation aujourd'hui long de quatre ans à un parcours unique de trois ans, qui impliquerait une réduction d'environ 885 heures de formation, une diminution des volumes d'enseignements professionnels et un raccourcissement des périodes de formation en entreprise. Une telle évolution pourrait, en effet, soulever des questions quant à la capacité du futur dispositif à garantir l'acquisition des gestes et de la rigueur indispensables à la maîtrise des savoir-faire qui fondent l'excellence des métiers d'art. Elle s'inquiète également de l'impact qu'une éventuelle suppression ou marginalisation de certains CAP métiers d'art pourrait avoir sur les parcours de reconversion, sur l'équilibre économique de nombreux établissements ou CFA, ainsi que sur la capacité globale du secteur à former une main-d'œuvre qualifiée en nombre suffisant. Par ailleurs, cette réforme s'appuierait sur un rapport de l'inspection générale daté de 2024, dont la non-publication suscite un besoin de transparence et d'information de la part des parties prenantes. Plusieurs représentants du secteur regrettent également une concertation jugée insuffisante, alors même que ces évolutions structurantes auraient des conséquences importantes sur les jeunes, sur les entreprises et sur l'ensemble des filières du patrimoine, de l'artisanat et du design. Dans ce contexte, elle souhaiterait savoir : si le Gouvernement prévoit de rendre public le rapport de l'IGÉSR de 2024 afin de permettre un débat éclairé et transparent ; quelles garanties il peut apporter quant au maintien de formations suffisamment longues, exigeantes et professionnalisantes pour répondre aux besoins réels des métiers d'art ; s'il prévoit de mettre en place, en amont de toute décision définitive, un cadre de concertation avec l'ensemble des acteurs concernés, afin de garantir que cette réforme puisse être discutée et éclairée ; et comment il entend s'assurer que cette réforme, si elle devait être mise en œuvre, ne fragilisera pas davantage une filière déjà vulnérable et pourtant essentielle à l'attractivité culturelle et économique du pays.
Réponse publiée le 24 février 2026
Du fait de sa forte croissance et d'une pyramide des âges vieillissante, l'ensemble de la filière des métiers d'art souffre aujourd'hui d'un manque de main-d'œuvre qualifiée, alors que l'insertion professionnelle des jeunes diplômés reste faible. Face à cette situation paradoxale, la transformation de cette filière dans son ensemble est devenue une nécessité. Comme d'autres travaux réalisés par l'inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche, la production du rapport remis en juin 2024 est un appui technique destiné aux administrations, il est à usage interne et n'a donc pas vocation à être publié. Il en ressort toutefois plusieurs constats allant dans le sens de la réforme qui est proposée. Actuellement, pour suivre une formation préparant au brevet des métiers d'arts (BMA), les élèves doivent d'abord avoir obtenu un certificat d'aptitude professionnelle (CAP). Le cycle de formation préparant au BMA étant de deux ans, les élèves sortant de troisième obtiennent donc un BMA après quatre ans de formation, avec une entrée obligatoire en CAP. Dès lors, demain, avec la création du brevet national des métiers d'arts (BNMA) préparé en trois ans, c'est une formation de niveau baccalauréat professionnel et spécifique aux métiers d'art qui devient accessible dès la troisième. L'objectif est de rendre la filière plus visible et plus attractive, afin d'y attirer un nouveau public. C'est un enjeu essentiel auquel le ministère de l'éducation nationale entend répondre. Dans cette nouvelle configuration, les CAP des métiers d'art perdurent dans l'offre de diplômes de l'éducation nationale pour des jeunes qui préfèrent passer par cette étape et bénéficier d'une formation progressive. Les titulaires de CAP peuvent ensuite intégrer le parcours de formation préparant au BNMA, directement en deuxième année, et ainsi obtenir le BNMA en quatre ans, de la même manière que dans l'ancien cursus. S'agissant du volume horaire d'enseignement professionnel, il est renforcé par rapport à celui du baccalauréat professionnel. Les titulaires du BNMA pourront en outre parachever leur formation par un certificat de spécialisation d'un an, notamment en apprentissage. Ce parcours, structuré sur quatre années autour d'un BNMA et d'un certificat de spécialisation, permet donc aux jeunes de bénéficier d'un renforcement de leur formation professionnelle. Par ailleurs, cette transformation ne se construit pas sans la nécessaire consultation des parties prenantes. Les organisations professionnelles représentatives siégeant à la commission professionnelle consultative arts, spectacles et médias (CPC ASM) ont ainsi été consultées durant le premier semestre 2025. Les membres de la CPC ASM ont émis un avis conforme le vendredi 10 octobre 2025. Les professionnels sont enfin associés aux travaux de rédaction en cours des référentiels de chaque spécialité de BNMA, afin de répondre pleinement aux besoins en matière de compétences, dans le respect du cadre réglementaire des niveaux de qualification et l'ambition d'excellence de cette filière. La transformation de l'offre de formations professionnelles préparant aux métiers d'art gagnera donc en souplesse à travers des parcours diversifiés afin d'attirer de nouveaux profils de jeunes. Elle permettra de relancer l'attractivité de la filière, d'améliorer l'insertion des nouveaux diplômés et de donner à l'éducation nationale toute sa place aux côtés des entreprises du secteur. Le ministère de l'éducation nationale est pleinement engagé pour mener à bien cette transformation, dont le seul objectif est de bénéficier aux élèves et professionnels de cette filière d'excellence.
Auteur : Mme Olivia Grégoire
Type de question : Question écrite
Rubrique : Enseignement technique et professionnel
Ministère interrogé : Éducation nationale
Ministère répondant : Éducation nationale
Dates :
Question publiée le 25 novembre 2025
Réponse publiée le 24 février 2026