Pouvoir des maires et mutualisation des antennes-relais de téléphonie mobile
Question de :
M. Denis Fégné
Hautes-Pyrénées (2e circonscription) - Socialistes et apparentés
M. Denis Fégné attire l'attention de Mme la ministre déléguée auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargée de l'intelligence artificielle et du numérique, sur les difficultés rencontrées par de nombreux maires concernant l'implantation des antennes-relais de téléphonie mobile sur le territoire de leur commune. Depuis l'adoption de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique (dite loi ÉLAN), les procédures encadrant le déploiement des antennes-relais ont été significativement simplifiées afin d'accélérer l'amélioration de la couverture numérique du territoire national et de réduire les zones blanches. Si ces objectifs sont pleinement légitimes, ils s'accompagnent toutefois d'un affaiblissement notable des prérogatives des élus locaux. En effet, le maire ne reçoit désormais qu'un dossier d'information en mairie (DIM), transmis un mois avant le dépôt de la demande d'autorisation d'urbanisme, sans disposer d'un réel levier pour s'opposer à l'implantation d'une antenne-relais, même lorsque celle-ci suscite de fortes réticences parmi la population ou qu'elle porte atteinte à la qualité paysagère de la commune. Par ailleurs, la multiplication des antennes-relais, souvent liée à l'absence de mutualisation des infrastructures passives entre opérateurs, contribue à renforcer les tensions locales. Si des dispositifs tels que le programme « zones blanches – centres-bourgs » ou le « New Deal mobile » ont encadré la mutualisation dans certains territoires ruraux, cette pratique demeure encore trop limitée ailleurs. Les maires, directement concernés par les projets d'implantation, ne disposent d'aucun moyen pour encourager ou imposer la mutualisation des pylônes. Cette situation conduit à une prolifération d'antennes, parfois implantées à proximité de monuments ou d'espaces naturels remarquables, au détriment de la cohérence de l'aménagement du territoire et de la préservation des paysages. Aussi, il souhaiterait connaître les intentions du Gouvernement quant aux mesures envisagées pour mieux associer les maires aux projets d'installation d'antennes-relais, en leur redonnant un rôle décisionnel, ou à tout le moins un rôle consultatif renforcé, ainsi que pour favoriser la mutualisation effective des pylônes et des sites entre opérateurs, dans un souci d'aménagement équilibré du territoire et de protection des paysages.
Réponse publiée le 24 mars 2026
Pour permettre à l'ensemble de la population d'accéder à des services de très haut débit, répondre à l'augmentation exponentielle des usages numériques en mobilité et favoriser le développement économique des territoires l'État, en collaboration avec l'autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep), les collectivités territoriales et les opérateurs de télécommunication mobile, a mis en place en 2018 le plan du New Deal mobile. L'acceptabilité de l'édification de sites constitue en effet un paramètre qui est pris en compte dans la mise en œuvre de la politique publique d'aménagement numérique des territoires. L'implantation d'antennes relais est réglementée afin d'assurer la meilleure utilisation possible des sites disponibles, de prévenir les brouillages préjudiciables entre utilisateurs de fréquences et de veiller au respect de valeurs limites d'exposition aux ondes. Cette réglementation des communications électroniques, qui est une police administrative spéciale relevant du ministre chargé des communications électroniques, se couple, lors de la construction de l'antenne, des réglementations notamment applicables en matière d'urbanisme et de protection du patrimoine. Afin de répondre aux éventuelles objections de la population à l'implantation de nouveaux sites, l'État, les collectivités et les opérateurs ont, dans le cadre des comités nationaux de concertation et de suivi des déploiements des réseaux mobiles établi des bonnes pratiques. Celles-ci visent, d'une part, à favoriser une information complète des populations locales sur un projet, dès son lancement et durant toutes les étapes de mise en œuvre, en encourageant l'organisation de concertations qui peuvent réunir l'ensemble des parties prenantes au projet. Elles visent, d'autre part, à rechercher la solution d'intégration du nouveau site la plus adéquate, notamment grâce à l'organisation par les maires de concertations anticipées permettant d'exposer aux riverains le contenu des projets et de recueillir leurs observations. L'agence nationale de la cohésion des territoires et les équipes-projets locales constituées pour le dispositif de couverture ciblée communiquent régulièrement ces bonnes pratiques aux collectivités territoriales. De même, les opérateurs sont tenus de fournir, dans un délai d'un mois avant le dépôt de leur demande d'autorisation d'urbanisme, un dossier d'informations des maires particulièrement détaillé (article L. 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques), afin que ceux-ci soient informés de tous les aspects des projets d'installation de sites sur le territoire de leur commune, et que les habitants puissent éventuellement formuler des observations. Ce dossier peut également comprendre, à la demande des maires, une simulation de l'exposition aux champs électromagnétiques qui serait générée par l'installation envisagée. Par ailleurs, les opérateurs de communications électroniques et les entreprises qui édifient et gèrent les infrastructures d'accueil des antennes ont des obligations ou sont incités à mutualiser les infrastructures constituant les réseaux mobiles, ce qui contribue à limiter le nombre de supports (pylônes etc.). Les acteurs du déploiement sont notamment soumis à des obligations de répondre aux demandes raisonnables d'accès à leurs infrastructures, obligations qui ont récemment été renforcées par l'entrée en vigueur du règlement européen 2024/1309 du 29 avril 2024 relatif à des mesures visant à réduire le coût du déploiement de réseaux gigabit de communications électroniques, ainsi qu'à une obligation de mutualisation des sites dans le cadre du dispositif de couverture ciblée précité. Des accords commerciaux de partage d'installations actives lient également les opérateurs. Enfin, afin de faciliter le dialogue avec les opérateurs sur les projets d'implantation de nouveaux pylônes, les maires des communes situées dans les zones rurales et à faible densité d'habitation et de population peuvent, depuis la loi visant à réduire l'empreinte environnementale du numérique en France du 15 novembre 2021, demander à ce que les opérateurs justifient leur choix de ne pas recourir à une solution de partage de leurs sites ou infrastructures. L'ensemble de ces mesures et l'intérêt économique qui peut s'attacher à la mutualisation des équipements favorisent le partage des infrastructures mobiles, 49,6 % des supports d'équipements étant mutualisés entre plusieurs opérateurs sur l'ensemble du territoire métropolitain à fin 2024 – et jusqu'à 62,7 % en zones rurales[1]. Le Gouvernement et les services de l'État demeurent pleinement mobilisés pour améliorer l'aménagement numérique des territoires, tout en préservant les intérêts des populations locales. Les comités nationaux de concertation et de suivi des déploiements des réseaux mobiles poursuivent, quant à eux, leurs travaux pour identifier les obstacles et établir des bonnes pratiques facilitant ces déploiements. [1] Arcep, La régulation de l'Arcep au service des territoires connectés, juin 2025, p.45.
Auteur : M. Denis Fégné
Type de question : Question écrite
Rubrique : Télécommunications
Ministère interrogé : Intelligence artificielle et numérique
Ministère répondant : Intelligence artificielle et numérique
Dates :
Question publiée le 25 novembre 2025
Réponse publiée le 24 mars 2026