Question écrite n° 11355 :
État d'avancement du contrat de sécurité 2024-2028 de la Martinique

17e Législature

Question de : M. Jiovanny William
Martinique (1re circonscription) - Socialistes et apparentés

M. Jiovanny William interroge M. le ministre de l'intérieur sur l'état d'avancement du contrat territorial de prévention et de sécurité de la Martinique pour la période 2024-2028. Compte tenu de l'escalade actuelle de la violence à la Martinique, l'efficacité des mesures proposées pourrait être débattue et des mesures correctives portées. Toutefois, à ce jour, il n'existe aucune visibilité permettant le contrôle de l'action du Gouvernement et de l'action décentralisée de ce dernier. Il souhaite obtenir des précisions sur les mesures de ce contrat qui, d'une part, ont été budgétisées et réalisées, ainsi que, d'autre part, celles qui restent en attente de concrétisation conformément à un échéancier sollicité.

Réponse publiée le 29 septembre 2026

La situation sécuritaire en Martinique, marquée par une persistance des violences et une hausse de 17,5 % des homicides en 2025, constitue une priorité absolue du Gouvernement. Face à cette menace, l'État a engagé une réponse globale, fondée sur le Contrat Territorial de Prévention et de Sécurité de la Martinique (CTPSM) 2024-2028, signé le 14 mars 2024, et sur le Plan d'urgence Antilles-Guyane de 2026, présenté lors de la Conférence régionale de sécurité de la Caraïbe du 3 juillet 2026. Cette stratégie repose sur une mobilisation coordonnée des Forces de Sécurité Intérieure (FSI), dont les effectifs ont été renforcés notamment par l'ajout d'un second escadron de gendarmerie mobile en 2025, portant le total des policiers et gendarmes affectés sur le territoire à 1 500 agents. Le dispositif prévoit une sécurisation offensive des approches maritimes, portuaires et aéroportuaires. Le commandement de la Gendarmerie de Martinique (COMGEND) a déployé une stratégie de surveillance renforcée du littoral, domaine relevant à près de 90 % de sa compétence. Les opérations « Scotopélia » ont permis, en 2025, 30 interceptions d'embarcations, entraînant 57 interpellations et la saisie de quantités significatives de stupéfiants (565 kg de cocaïne, 161 kg de cannabis), d'armes (4 armes de poing, 1 725 munitions) et de marchandises de contrebande. Ce dispositif est soutenu par la pérennisation d'un second Escadron de Gendarmerie Mobile (EGM) et la création, depuis août 2026, d'une brigade nautique à Saint-Pierre, dotée d'un navire et d'un intercepteur. La Direction Territoriale de la Police Nationale (DTPN) a également structuré son action. En 2025, 21 opérations impliquant la Police Aux Frontières (PAF), la Sécurité Publique et le RAID, avec un appui technique par drones pour l'interception des vecteurs maritimes ont été menées. Pour le vecteur aérien, la police aux frontières (PAF) a réalisé 20 opérations « 100 % contrôles » à l'aéroport Aimé-Césaire en coordination avec la Douane. Par ailleurs, des contrôles systématiques en porte-à-porte des vols transatlantiques depuis Paris-CDG et Paris-Orly ont été instaurés depuis mai 2024, afin de détecter les « mules » et les stupéfiants. Ces mesures s'inscrivent pleinement dans le plan Antilles-Guyane de 2026, qui prévoit notamment l'installation de scanners millimétriques à l'aéroport et la création d'une unité nautique de la Police Nationale au port. Par ailleurs, les actions menées visent la répression ciblée de la délinquance violente et des trafics d'armes. La police nationale a intensifié ses interventions de proximité, réalisant 216 opérations « anti-délinquance » et 67 opérations « ville de sécurité renforcée » à Fort-de-France ont été conduites. La gendarmerie a renforcé son ancrage territorial sur l'île par la création d'une brigade territoriale mobile de Bras-Fusil (Saint-Benoît) en 2024. Cette unité, accompagnée d'une montée en puissance des effectifs, vise à restaurer le lien de confiance avec la population tout en assurant un contrôle accru du territoire et une répression efficace des trafics locaux. Les capacités d'investigations permettant d'interpeller et de traduire devant la justice les mis en cause sont renforcées. Ainsi l'Office Central de Lutte contre le Trafic Illicite de Stupéfiants (OFAST) Caraïbe, implanté à Fort-de-France, a bénéficié de 26 enquêteurs supplémentaires. Un bureau de liaison « armes », associant Police, Gendarmerie et Douane, a été créé début 2026. Par ailleurs, un laboratoire balistique dédié aux Antilles et à la Guyane est en cours de mise en œuvre en Guadeloupe. La lutte contre les trafics d'armes en 2025 a permis la saisie de 143 armes à feu. Une structuration spécifique a été opérée avec la création d'un groupe spécialisé à la Section de Recherches de gendarmerie de Fort-de-France, ayant conduit à l'interpellation de 11 personnes impliquées dans des réseaux de revente via messageries cryptées. Parallèlement, la lutte contre le blanchiment d'argent et la corruption s'est intensifiée, avec la préparation d'une task force dédiée et le renforcement des capacités d'enquête, notamment par la formation accrue des personnels. Le renforcement progressif du GIR en fera un allié incontournable. En outre, une coopération étroite a été développée avec le Homeland Security Investigation américain, permettant des enquêtes parallèles et des interpellations sur le territoire américain pour des trafics originaires des Antilles françaises. Des échanges structurés sont également en cours avec Sainte-Lucie, la Dominique et la CARICOM, facilités par l'installation d'un attaché de sécurité intérieure à Sainte-Lucie. Cette mobilisation, soutenue par un fort engagement financier du ministère de l'Intérieur de plus de 20 millions d'euros dans le cadre du Plan Antilles-Guyane, vise à assurer une sécurité durable et à restaurer l'État de droit sur le territoire martiniquais.

Données clés

Auteur : M. Jiovanny William

Type de question : Question écrite

Rubrique : Outre-mer

Ministère interrogé : Intérieur

Ministère répondant : Intérieur

Dates :
Question publiée le 2 décembre 2025
Réponse publiée le 29 septembre 2026

partager