Prévention et le suivi épidémiologique en matière de santé bucco-dentaire
Question de :
M. Thibault Bazin
Meurthe-et-Moselle (4e circonscription) - Droite Républicaine
M. Thibault Bazin attire l'attention de M. le ministre du travail et des solidarités sur la prévention et le suivi épidémiologique en matière de santé bucco-dentaire. Depuis plus de deux décennies, aucun dispositif national consolidé ne permet de disposer d'indicateurs épidémiologiques réguliers et robustes sur l'état de santé bucco-dentaire de la population française. Les données fragmentaires disponibles, issues d'études locales ou ponctuelles, font néanmoins état d'une prévalence très élevée des pathologies dentaires et parodontales. Ainsi, entre un tiers et la moitié des adultes présentent au moins une dent cariée à traiter, tandis que la moitié des plus de 35 ans présentent une affection parodontale, dont 10 % sous une forme sévère. Ces pathologies, souvent négligées, sont pourtant associées à des risques accrus d'aggravation de maladies cardiovasculaires, de diabète ou encore de complications obstétricales. Elles touchent plus particulièrement les populations les plus précaires et vulnérables : 45 % des ouvriers non qualifiés présentent une dent manquante non remplacée contre 29 % des cadres, révélant de fortes inégalités sociales de santé. Malgré l'existence de dispositifs, tels que le programme M'T dents ou Génération sans caries, la prévention et la sensibilisation demeurent insuffisantes : selon les enquêtes d'opinion, plus de deux tiers des Français déclarent manquer d'information sur les risques liés à l'hygiène bucco-dentaire. À ce jour, aucun grand plan national n'a d'ailleurs été spécifiquement consacré à cet enjeu majeur de santé publique. Il souhaiterait donc savoir, d'une part, quelle évaluation actualisée le Gouvernement fait de l'état de santé bucco-dentaire des Français et, d'autre part, quelles mesures nouvelles il envisage afin de renforcer la prévention dès le plus jeune âge en la matière.
Réponse publiée le 12 mai 2026
La santé bucco-dentaire constitue un déterminant majeur de santé, ainsi qu'un marqueur fort d'inégalités de santé, pour lequel le ministère chargé de la santé a développé ces dernières années une approche de santé publique diversifiée par ses actions sur les déterminants de la santé orale (PNNS, PNLT) ou l'intégration de la prévention bucco-dentaire aux stratégies populationnelles (feuille de route des Assises de la pédiatrie et de l'enfance) et aux ressources de santé publique (Mon bilan prévention, nouveaux carnets de santé de l'enfant et de maternité). Elle se fait enfin selon une approche dédiée via le plan santé bucco-dentaire 2006-2009 mais également par le projet de nouvelle feuille de route pour la santé orale en cours d'élaboration. Enfin, il convient de souligner le nouveau programme Génération Sans Carie depuis 2025, avec l'annualisation des invitations des rendez-vous de dépistage M'Tdents tous les ans ! la simplification des démarches et actions « aller vers » les jeunes les plus éloignés des soins dentaires. S'agissant de l'épidémiologie, de nouvelles données ont été produites en 2025 sur la santé orale des collégiens et les lycéens (enquête européenne En CLASS : brossage des dents, consommation d'alimentation et de boissons sucrées, addictions). L'enquête européenne EHIS en cours collectera ces mêmes données pour la population adulte. Par ailleurs, dans le cadre du nouveau programme Génération sans carie et M'T dents tous les ans ! l'Assurance maladie a lancé une enquête fin 2025 avec l'Institut national de la santé et de la recherche médicale, avec le recueil d'indicateurs sur l'état bucco-dentaire issus des examens bucco-dentaires réalisés en milieu scolaire (CAOD, ICDAS, IOTN). Au-delà du recueil de données manquantes, la mise à disposition d'analyses croisées intégrant les déterminants de santé orale et l'état de santé buccodentaire est essentielle. S'agissant de la recherche en matière de prévention auprès des jeunes enfants, deux programmes de recherche bucco-dentaires sont soutenus depuis 2023 : l'un sur les actions probantes en promotion prévention de la santé bucco-dentaire chez les enfants en cycle d'enseignement primaire d'une part et une étude sur la prévention en santé orale les 1 000 premiers jours de vie en protection maternelle et infantile dans la région des Hauts-de-France d'autre part. Concernant la stratégie santé orale, le ministère en charge de la santé a engagé des travaux, dans la perspective de produire une feuille de route santé orale qui adressera, entre autres, les enjeux de prévention buccodentaire, et portera une attention particulière aux populations les plus fragiles et vulnérables. La construction de cette feuille de route s'inscrit dans la continuité de la résolution 2021 de l'Assemblée mondiale de la santé, du plan d'action santé orale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) de 2023, et la Déclaration santé orale de Bangkok « No health without oral health » énoncée lors du premier sommet santé orale OMS fin 2025 qui prend notamment en compte le lien avec les maladies chroniques. Cette réflexion stratégique s'appuie par ailleurs sur les conclusions du rapport du haut conseil de la santé publique de 2022 sur les mesures universelles d'hygiène pour la prévention des principales maladies infectieuses dans la population générale, dont la prévention bucco-dentaire, ainsi que le rapport bucco-dentaire produit par la conférence nationale de santé de 2025.
Auteur : M. Thibault Bazin
Type de question : Question écrite
Rubrique : Santé
Ministère interrogé : Travail et solidarités
Ministère répondant : Santé, familles, autonomie et personnes handicapées
Dates :
Question publiée le 2 décembre 2025
Réponse publiée le 12 mai 2026