Question écrite n° 12825 :
Dépendance matérielle à la Chine - Contexte Groenland

17e Législature

Question de : Mme Sandra Delannoy
Nord (3e circonscription) - Non inscrit

Mme Sandra Delannoy interroge M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères sur la dépendance de l'Union européenne et donc de la France à l'égard de la Chine pour l'approvisionnement en matières premières critiques, ce qui constitue aujourd'hui une vulnérabilité stratégique reconnue. Selon la Cour des comptes européenne et la Commission européenne, l'Union dépend de la Chine pour près de 90 % de certaines matières premières critiques et jusqu'à 98 % des aimants permanents à base de terres rares, indispensables aux technologies de défense, notamment dans les domaines des radars, des missiles, de l'aéronautique et des systèmes de guidage. Cette dépendance a conduit l'Union européenne à adopter en 2024 la législation sur les matières premières critiques (Critical raw materials Act), qui fixe notamment pour objectif qu'aucun pays tiers ne représente plus de 65 % de l'approvisionnement européen pour une matière stratégique donnée à l'horizon 2030. Toutefois, ces objectifs ne produiront leurs effets qu'à moyen terme, laissant subsister une forte dépendance dans les années à venir. Parallèlement, la Chine a formalisé, dans son Livre blanc de 2018 sur la politique arctique, son ambition de devenir un acteur majeur de la région, se qualifiant d'« État proche-arctique » et promouvant le développement d'une « Route de la soie polaire ». Cette stratégie s'est traduite par un intérêt marqué pour les ressources naturelles de l'Arctique, en particulier celles du Groenland, territoire autonome relevant de la souveraineté du Royaume du Danemark, État membre de l'Union européenne. Le Groenland dispose en effet de gisements significatifs de minéraux critiques, notamment terres rares, lithium, cobalt ou uranium, essentiels aux transitions énergétique, numérique et militaire. Dans ce contexte, la convergence entre, d'une part, la dépendance industrielle et stratégique européenne à l'égard de la Chine et, d'autre part, l'intérêt croissant de cette dernière pour le potentiel minier et géopolitique du Groenland, soulève des interrogations majeures en matière de souveraineté, de sécurité économique et de cohérence de l'action extérieure européenne. Dès lors, elle lui demande s'il peut préciser la stratégie de la France, en coordination avec ses partenaires européens, pour articuler la réduction des dépendances critiques vis-à-vis de la Chine avec la protection des intérêts stratégiques européens au Groenland. Elle lui demande également comment la France entend prévenir le risque que de nouvelles vulnérabilités industrielles ou géopolitiques ne se reconstituent, notamment par le biais d'investissements étrangers dans des secteurs stratégiques, dans une région appelée à jouer un rôle croissant dans les équilibres géopolitiques mondiaux.

Réponse publiée le 25 août 2026

La France, l'Europe, et plus largement le monde, sont fortement dépendants de la Chine pour les approvisionnements en terres rares. Le Gouvernement français a pris toute la mesure de cette dépendance et des risques qui y sont associés, depuis plus de quatre ans, à la suite du rapport Varin. La France met en œuvre une stratégie de diversification de ses approvisionnements en minerais et métaux critiques, qui implique l'ensemble des acteurs concernés : ministères, Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), industriels, Agence française de développement (AFD). Elle est coordonnée par le délégué interministériel aux approvisionnements en minerais et métaux stratégiques (DIAMMS). Le ministère de l'Europe et des affaires étrangères (MEAE) est engagé dans le déploiement du volet international de cette stratégie, avec une diplomatie des métaux critiques. Cette dernière s'articule avec une approche bilatérale, européenne et multilatérale, et vise à sécuriser et diversifier nos chaînes d'approvisionnement pour que nous ne dépendions plus d'un seul acteur. Cette stratégie a permis la signature, à date, de plus de 20 partenariats sur les minerais critiques avec des Etats affinitaires, dont le Groenland, de mettre en place des initiatives concrètes (projets AFD, Fonds équipe France…) et d'apporter notre soutien à plusieurs projets industriels français et internationaux. Concernant les terres rares, le MEAE s'engage dans l'accompagnement des projets majeurs en France, portés par Carester, Solvay, ou encore MagREEsource. Cette action s'est par exemple matérialisée par la signature d'un accord d‘approvisionnement de Carester avec une entreprise malaisienne pour des terres rares, négociations dans laquelle ce ministère a été actif. Les mesures de contrôle-export annoncées par la Chine le 4 avril 2025, puis celles du 9 octobre qui ont été reportées d'un an, sont des rappels concrets de l'urgence de l'action à mener. Le ministre délégué chargé du commerce extérieur et de l'attractivité a ainsi organisé, aux côtés du ministre de l'industrie, une réunion Etat-entreprises visant à inciter les utilisateurs finaux à davantage diversifier leurs sources d'approvisionnement, en recourant à ces offres françaises. Ces entreprises ont été appelées à fournir un plan d'action dans cet objectif. Un plan national de résilience « terres rares et aimants permanents » a également été publié début mai. La diversification de nos sources d'approvisionnement, priorité pour notre souveraineté, fait partie des priorités de la présidence française du G7 en 2026. Nous pourrons évoquer avec nos affinitaires des mesures concrètes pour y parvenir, mais aussi tenir un dialogue exigeant avec la Chine afin de convaincre ses autorités de renoncer à instrumentaliser ces éléments dans une approche coercitive qui mine la confiance et la capacité à porter notre prospérité collective dans une internationalisation des chaînes de valeur équitable et durable. L'action du MEAE s'inscrit par ailleurs dans le temps long et nous restons déterminés à maintenir ce cap de la diversification.

Données clés

Auteur : Mme Sandra Delannoy

Type de question : Question écrite

Rubrique : Politique extérieure

Ministère interrogé : Europe et affaires étrangères

Ministère répondant : Europe et affaires étrangères

Dates :
Question publiée le 10 février 2026
Réponse publiée le 25 août 2026

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