Question écrite n° 13522 :
Chemsex : pour des données fiables et une approche de santé publique cohérente

17e Législature

Question de : M. Andy Kerbrat
Loire-Atlantique (2e circonscription) - La France insoumise - Nouveau Front Populaire

M. Andy Kerbrat alerte Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées sur la réduction des risques liés à la pratique du chemsex, ainsi que sur le manque de données officielles permettant d'appréhender l'ampleur de ce phénomène. Un second rapport sur le chemsex, remis au Gouvernement par le professeur Amine Benyamina, confirme l'ampleur des vulnérabilités sociales et sanitaires associées à cette pratique, un an après une proposition de résolution sur le chemsex non-contraignante et aux objectifs flous. En France, entre 100 000 et 200 000 personnes seraient concernées et 40 % d'entre elles déclarent une consommation problématique. Dans la population des personnes pratiquant le chemsex, un tiers d'entre elles déclarent rencontrer des difficultés financières et 36 % rapportent avoir été victimes de violences sexuelles. Certaines estimations issues d'acteurs de terrain font état d'une mortalité préoccupante liée aux overdoses dans ce contexte. Pourtant, les données officielles demeurent lacunaires. L'absence de statistiques consolidées sur les décès ou complications liés au chemsex rend difficile l'élaboration d'une politique de santé publique à la hauteur des enjeux. Dans le même temps, les professionnels de santé et les associations soulignent la nécessité de renforcer les dispositifs de réduction des risques et d'améliorer l'accès aux parcours de soins. Le rapport de M. Benyamina recommande notamment le développement de centres de santé sexuelle disposant de référents chemsex, une meilleure coordination entre santé sexuelle, addictologie et psychiatrie, ainsi que le renforcement des actions de prévention et de maraudes numériques. Dans ce contexte, il lui demande, en premier lieu, si elle entend faire sienne et étudier avec le ministère de l'intérieur l'indispensable décriminalisation des usagères et usagers de drogues dans le cadre festif. Il lui demande si le Gouvernement compte reprendre cette idée telle que proposée au Sénat, qui limiterait la mise en danger de la vie d'autrui et la défiance envers les structures de prise en charge : lorsque l'over-dose survient dans le cadre festif, les pertes de chances sont dues aux peurs des poursuites auxquelles s'exposent les participants qui appellent les secours. Il lui demande également le Gouvernement entend publier des données officielles relatives aux décès et overdoses liés au chemsex afin d'améliorer la connaissance du phénomène et ainsi respecter la volonté du législateur comprise dans la proposition de résolution adoptée l'an dernier ; 'dans quel calendrier il prévoit de renforcer les centres de santé et de médiation en santé sexuelle, dont les professionnels indiquent déjà prendre en charge une part importante de personnes concernées ; si elle envisage de généraliser les dispositifs de réduction des risques et les Haltes Soins Addiction, ainsi que de renforcer la formation des professionnels de santé de premier recours et, enfin, quelles actions elle entend engager pour améliorer la prévention en ligne et renforcer la régulation des contenus facilitant l'organisation ou la promotion du chemsex sur certaines plateformes numériques.

Réponse publiée le 25 août 2026

S'agissant de la connaissance du phénomène, il convient de souligner que le ministère de la santé dispose d'ores et déjà de quelques données substantielles, notamment l'enquête « rapport au sexe » conduite par Santé publique France, l'enquête « attentes et parcours liés au chemsex » ou l'enquête « contexte des sexualités en France ». Ces dispositifs permettent de donner de premières estimations concernant les profils des personnes concernées, les modalités de consommation et les vulnérabilités associées. La mise en œuvre d'une cohorte de suivi de personnes pratiquant le chemsex, menée par l'institut national de la santé et de la recherche médicale, pourra venir compléter ces premières données afin de concevoir et évaluer les interventions à mettre en place. S'agissant des données relatives aux décès et aux overdoses, leur production relève d'une compétence interministérielle qui engage au premier chef les ministères compétents en matière de sécurité et de justice. La feuille de route 2026-2030, qui décline la Stratégie nationale de santé sexuelle 2017-2030, constitue à cet égard une avancée significative : elle réserve, pour la première fois, un axe entier dédié au chemsex, qui mettra en avant les besoins en matière de formation des professionnels, de renforcement des actions d'aller-vers et de développement des maraudes numériques. Un autre objectif est à terme l'élaboration de parcours de prise en soin des usagers de chemsex. Sur le volet de la prévention et de l'aller-vers, la ministre entend souligner l'importance décisive des actions menées au plus près des publics concernés. Le ministère soutient et finance de nombreuses associations communautaires qui développent des démarches d'aller-vers et de maraudes numériques, adaptées aux espaces et aux modes de sociabilité propres au chemsex. Ces actions permettent d'établir un contact avec des personnes qui ne s'adressent pas spontanément aux structures de soins ou de prévention classiques, et d'orienter celles qui en ont besoin vers des parcours de prise en charge adaptés. Le ministère entend par ailleurs engager un dialogue avec les plateformes numériques concernées afin d'examiner, dans le respect de leurs responsabilités propres, les leviers susceptibles de limiter la diffusion de contenus exposant leurs utilisateurs à des risques sanitaires sérieux. Concernant la protection légale des témoins d'une overdose survenant en contexte festif, communément désignée sous le terme de « loi bon samaritain », le ministère est conscient que la crainte de poursuites judiciaires constitue un obstacle réel à l'appel aux secours et peut être à l'origine de pertes de chances graves. Cette piste d'évolution législative a également fait l'objet d'une proposition du comité de pilotage de la prochaine feuille de route, de façon à travailler conjointement avec le ministère de l'intérieur et le ministère de la justice, dans le cadre d'une concertation interministérielle. S'agissant de l'offre de soins et de réduction des risques, la politique de réduction des risques et des dommages constitue un pilier fondamental de la santé sexuelle et doit s'exercer dans le cadre d'une démarche résolument non jugeante et non stigmatisante. Quatre centres de santé et de médiation en santé sexuelle sont actuellement en activité sur le territoire national, et cinq nouveaux centres ouvriront dans les prochaines années, répartis sur l'ensemble du territoire. Des actions de formation destinées aux professionnels de santé en contact direct avec ces publics seront par ailleurs mises en œuvre, afin de renforcer les articulations entre santé sexuelle, addictologie et psychiatrie.  La ministre réaffirme ainsi la mobilisation du Gouvernement pour traiter le chemsex comme un enjeu de santé publique à part entière, en s'appuyant sur l'ensemble des acteurs (professionnels de santé, associations communautaires, agences sanitaires) et dans le respect de la dignité de chaque personne concernée.

Données clés

Auteur : M. Andy Kerbrat

Type de question : Question écrite

Rubrique : Santé

Ministère interrogé : Santé, familles, autonomie et personnes handicapées

Ministère répondant : Santé, familles, autonomie et personnes handicapées

Dates :
Question publiée le 10 mars 2026
Réponse publiée le 25 août 2026

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