Vulnérabilité de l'usine d'eau potable d'Annet-sur-Marne face au risque de crue
Question de :
Mme Ersilia Soudais
Seine-et-Marne (7e circonscription) - La France insoumise - Nouveau Front Populaire
Mme Ersilia Soudais alerte Mme la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature au sujet de la vulnérabilité des usines de production d'eau potable face au risque d'une crue centennale et tout particulièrement l'usine d'Annet-sur-Marne, située dans sa circonscription de Seine-et-Marne. L'usine d'Annet-sur-Marne, propriété de Veolia qui en assure l'exploitation, est placée depuis janvier 2026 sous la gouvernance partagée de la SEM « Eau, Énergie et Solutions ». Elle constitue le principal poumon hydrique de Marne-la-Vallée et dessert plus de 600 000 habitants, incluant le bassin aéroportuaire de Paris-Charles-de-Gaulle et de Marne-la-Vallée. Or une cartographie de l'Institut Paris région révèle que cette infrastructure critique est située en bordure de la Marne, dans un espace où les zones inondables (submersion directe) cohabitent avec les zones de fragilité des réseaux (vulnérabilité indirecte par défaillance des infrastructures dépendantes). Cette double exposition soulève des interrogations quant à la résilience de l'approvisionnement en eau potable en cas de crue majeure. Pour office de comparaison, lors de la crue de 1910, quatre usines de banlieue parisiennes ont été noyées (Nogent-sur-Marne, Neuilly-sur-Marne, Choisy-le-Roi, Suresnes), contraignant la population à s'approvisionner en eau non filtrée puis par des moyens de fortune. Aujourd'hui, avec 600 000 personnes dépendant d'une seule usine riveraine de la Marne, celle d'Annet-sur-Marne, les conséquences d'une mise hors service seraient considérablement plus graves. L'OCDE a d'ailleurs alerté sur ce risque : une crue centennale pourrait affecter 5 millions d'abonnés en périphérie de Paris avec des coupures « pour des durées indéterminées ». La Seine-et-Marne a participé, du 13 au 17 octobre 2025, à l'exercice HYDROS 25. Cet exercice avait pour but de simuler une crue majeure de la Seine, de la Marne et de leurs affluents en Île-de-France. L'objectif stratégique de cet exercice étant de renforcer la résilience de la région face à un risque majeur et à mieux protéger et informer les Franciliens, ce qui soulève l'importance d'anticiper les problématiques de vulnérabilité relatives à cette infrastructure et de potentiels besoins en matière de mesures de protection physique (surélévation, digues, protection électrique, groupes électrogènes). Cela révèle également la nécessité d'un plan de continuité d'activité permettant d'assurer l'approvisionnement en eau potable des 600 000 habitants, en cas d'arrêt de l'usine. C'est pourquoi elle lui demande quelles sont les mesures prévues par le Gouvernement concernant l'usine d'Annet-sur-Marne, en matière d'évaluation des risques, de mesures de protection ainsi que d'un plan de continuité d'urgence en cas de crue centennale.
Réponse publiée le 6 octobre 2026
En Île-de-France, l'Etat mène depuis 2016 un important travail avec les opérateurs de réseaux (électricité, gaz, chaleur urbaine, assainissement, eau potable, transport…) afin qu'ils identifient leurs fragilités pour différents scénarios de crues. L'objectif est de connaître les impacts d'une crue pour la population au-delà des zones inondées, puis de les réduire. Les fragilités agrégées des différents réseaux, hors zones inondables, sont ainsi mises à disposition du public via le site de l'Institut Paris Région dénommé « Cartoviz ». Le travail d'identification ayant avancé, l'État incite désormais les opérateurs à partager plus largement leurs fragilités, et surtout à mener un travail de réduction de leur vulnérabilité, visant à faciliter le retour à la normale. Des exemples de réduction de la vulnérabilité de stations de pompages d'eau potable sont disponibles dans l'état d'avancement de la stratégie inondation francilienne. VEOLIA est membre du réseau de travail mobilisé autour de ces fragilités et dispose de toutes les informations pour conduire ce travail de réduction des fragilités de son réseau d'alimentation en eau potable. L'usine d'Annet-sur-Marne de production d'eau potable n'est pas directement située en zone inondable, mais apparaît effectivement potentiellement affectée par des fragilités de réseaux à partir d'une crue centennale. La SEM pourrait ainsi inciter VEOLIA à travailler en priorité sur cette station permettant de limiter l'exposition des habitants à ce risque de coupure d'eau, voire d'éviter leur évacuation en cas de crue. Cet exemple met bien en avant l'importance du travail initié par l'État et qui se poursuit en vue d'améliorer la résilience de la région Île-de-France aux inondations. Il est à noter, en outre, que : concernant la sécurisation de l'alimentation en eau potable, il existe des interconnexions avec les usines du SEDIF (notamment Méry-sur-Oise et Neuilly-sur-Marne) permettant d'assurer la continuité de l'alimentation de la population habituellement desservie par l'usine d'Annet-sur-Marne. L'usine d'Annet-sur-Marne dispose, par ailleurs, d'une prise d'eau de secours dans un étang de la base de loisirs de Jablines ; la disposition spécifique ORSEC « inondations » actuellement en cours de révision, identifie l'usine d'Annet-sur-Marne comme enjeu stratégique majeur. L'objectif de ce dispositif est d'organiser dans le département de la Seine-et-Marne, sous l'autorité du préfet, la mobilisation, la mise en œuvre et la coordination de tout service ou de toute personne publique ou privée concourant à la protection générale des populations lorsqu'il s'agit de lutter contre les inondations ; la disposition générale de l'ORSEC départemental RETAP réseaux eau potable visant à inscrire une réponse opérationnelle interservices en cas de défaillance des réseaux d'alimentation en eau potable a été adoptée par le préfet de Seine-et-Marne le 24 février 2023.
Auteur : Mme Ersilia Soudais
Type de question : Question écrite
Rubrique : Eau et assainissement
Ministère interrogé : Transition écologique, biodiversité et négociations internationales
Ministère répondant : Transition écologique
Dates :
Question publiée le 17 mars 2026
Réponse publiée le 6 octobre 2026
