Chancre coloré du platane : traitements et compensations
Question de :
M. Jean-François Portarrieu
Haute-Garonne (5e circonscription) - Horizons & Indépendants
M. Jean-François Portarrieu appelle l'attention de Mme la ministre du partenariat avec les territoires et de la décentralisation sur les dégâts causés par le chancre coloré qui continue de s'attaquer aux platanes, tuant des arbres et défigurant les paysages les plus emblématiques. Récemment, une nouvelle campagne d'abattage s'est déroulée dans une commune du nord toulousain, située à proximité du canal de Garonne. Alors que cette maladie, causée par le Ceratocystis platani, s'attaque exclusivement aux platanes et peut le tuer en 2 à 5 ans, aucun remède efficace n'existe à ce jour pour endiguer sa propagation. Selon l'arrêté ministériel du 31 juillet 2000, le seul moyen de lutte reste l'abattage et le brûlage sur place afin de réduire la dissémination des spores. Le protocole de prévention et d'intervention représente une lourde tâche pour les communes et les acteurs touchés. Dans le cas de la commune du nord toulousain récemment affectée, à la demande de la préfecture, une vingtaine de platanes contaminés a fait l'objet d'une campagne d'abattage. Un lourd tribut qui n'a pas manqué d'émouvoir élus et habitants attachés à ces arbres remarquables et à ce patrimoine local naturel, plus que jamais essentiel. Si plusieurs expérimentations (traitements, platanes hybrides, etc.) ont déjà été menées, selon l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) aucun remède efficace n'existe aujourd'hui. Face à cette maladie à ce jour incurable et qui depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ne laisse pas de répit, il souhaiterait connaître l'avancée des travaux visant à mettre en place un traitement préventif ou curatif, mais aussi les compensations que l'État envisage pour toujours mieux accompagner les communes dans la replantation de ce patrimoine végétal.
Réponse publiée le 2 décembre 2025
Le chancre coloré est une maladie due à un champignon (Ceratocystis platani) qui s'attaque aux platanes, y compris lorsqu'ils sont en bonne santé. Le champignon infeste l'arbre par le biais de blessures au niveau du tronc ou des racines, colonisant rapidement les tissus. Il se propage en outre d'arbre en arbre via des contacts racinaires (anastomoses), par l'eau ou encore par l'homme, par le déplacement de bois, sciures contaminées ou encore d'outils de taille et d'engin de chantier mal désinfectés. Il s'agit d'un organisme de quarantaine soumis à ce titre à des règles de lutte strictes prévues par la réglementation de l'Union européenne. L'arrêté ministériel du 31 janvier 2025 décline les mesures de surveillance, de lutte et de prophylaxie dont la mise en œuvre est obligatoire dans les zones touchées par la maladie. En complément, l'État met en œuvre une surveillance sur le territoire en dehors de ces zones. Comme l'agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) le souligne dans son avis de 2022 actualisé en 2024, il n'existe pas de traitement curatif contre le chancre coloré du platane permettant de guérir les arbres. Le seul moyen de lutte efficace est d'abattre l'arbre infesté et de l'incinérer pour éviter la propagation de la maladie. Des mesures de prophylaxie complémentaires doivent être prises pour éviter sa propagation : il s'agit par exemple de désinfecter les outils servant à l'entretien des platanes et les outils de chantiers de voirie, lorsque ces travaux se trouvent à proximité de platanes. Une variété de platane a été sélectionnée pour être plus résistante à la maladie. Son niveau de résistance ne semble toutefois pas suffisant pour empêcher leur contamination. Leur utilisation n'est donc pas possible en zones infestées en éradication. La sélection de nouvelles variétés de platanes encore plus résistantes pourrait constituer une solution à moyen terme. À court terme, la solution la plus accessible pour les gestionnaires semble être le remplacement des platanes par d'autres espèces végétales. Le code rural et de la pêche maritime (CRPM) prévoit que les propriétaires de végétaux supportent le coût des mesures de lutte contre les organismes de quarantaine. Les municipalités ne sont pas éligibles aux mécanismes d'indemnisations prévus par le CRPM, sauf lorsqu'il s'agit de la première détection d'un organisme de quarantaine sur le territoire, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Pour aider les municipalités dans la mise en œuvre des mesures de lutte obligatoire, le ministère chargé de l'agriculture a soutenu la révision du guide des bonnes pratiques relatif à la lutte contre le chancre coloré du platane par Plante & Cité. Ce guide élaboré pour répondre aux besoins des professionnels, notamment des gestionnaires d'espaces verts publics a été diffusé largement dès la publication le 31 janvier 2025 du nouvel arrêté ministériel. Il est accompagné de supports de communication adaptés aux différents publics à sensibiliser afin de s'assurer de la bonne appropriation du guide, la prophylaxie demeurant à ce jour la méthode de lutte la plus efficace contre le chancre coloré du platane.
Auteur : M. Jean-François Portarrieu
Type de question : Question écrite
Rubrique : Bois et forêts
Ministère interrogé : Partenariat territoires et décentralisation
Ministère répondant : Agriculture, agro-alimentaire et souveraineté alimentaire
Dates :
Question publiée le 29 octobre 2024
Réponse publiée le 2 décembre 2025