Application du règlement retour en France
Question de :
M. Sébastien Chenu
Nord (19e circonscription) - Rassemblement National
M. Sébastien Chenu interroge M. le ministre de l'intérieur sur l'application, en France, du règlement retour, approuvé par le Parlement européen. Ce texte, récemment approuvé à une large majorité avant sa probable adoption, constitue une évolution majeure du cadre européen en matière de lutte contre l'immigration irrégulière. En tant que règlement, il a vocation à être d'application directe dans l'ensemble des États membres, sans nécessiter de transposition nationale et met à disposition des autorités nationales de nouveaux leviers juridiques et opérationnels. Il prévoit notamment de renforcer l'effectivité des décisions de retour, alors même qu'aujourd'hui une part très importante d'entre elles demeure inexécutée. L'exemple le plus flagrant est celui des OQTF, dont moins de 7 % sont exécutées chaque année au regard des chiffres de 2020 à 2022. Le règlement instaure également des dispositifs visant à rendre les éloignements plus systématiques, à allonger significativement les durées de rétention administrative dans certains cas et à lever un certain nombre d'obstacles juridiques ou institutionnels qui limitaient jusqu'à présent l'action des États. Dès lors, ce règlement apparaît, en théorie, comme un outil particulièrement intéressant pour renforcer le contrôle des flux migratoires, améliorer l'exécution des mesures d'éloignement et lutter plus efficacement contre les filières d'immigration clandestine. Son efficacité dépendra toutefois directement de la mobilisation des autorités nationales et de la volonté politique de s'en saisir pleinement. Dans ce contexte, il lui demande dans quelle mesure le Gouvernement compte appliquer le règlement retour et s'il saura faire preuve de volontarisme pour lutter contre l'immigration illégale.
Réponse publiée le 20 octobre 2026
Quinze mois seulement après la publication par la Commission, le 11 mars 2025, de son projet de règlement révisant la directive « retour », le Parlement européen a adopté, le 17 juin 2026, le projet de règlement « retour » tel qu'il résulte de l'accord issu des négociations interinstitutionnelles dans lesquelles la France a joué un rôle majeur. Le texte adopté répond dans sa majorité aux priorités françaises en renforçant considérablement les outils à disposition des États membres pour assurer l'efficacité de la politique de retour. Il met notamment fin au principe de l'octroi par défaut d'un délai de départ volontaire, autorise des mesures d'investigation coercitives telles que la « fouille » des téléphones pour surmonter les difficultés d'identification des étrangers en situation irrégulière, et prend davantage en compte des profils évocateurs de troubles à l'ordre public avec notamment des durées d'interdiction de retour largement étendues. Si certaines dispositions obligatoires du règlement sont d'application directe, de nombreuses et substantielles dispositions du règlement renvoient au droit national ou laissent aux États membres la liberté de les activer ou non (« may clauses »). Des modifications législatives modifiant le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile seront donc nécessaires pour adapter notre droit au règlement « retour » et pour se saisir des outils qu'il offre aux États membres, et dont le Gouvernement entend bien se saisir.
Auteur : M. Sébastien Chenu
Type de question : Question écrite
Rubrique : Immigration
Ministère interrogé : Intérieur
Ministère répondant : Intérieur
Dates :
Question publiée le 7 avril 2026
Réponse publiée le 20 octobre 2026
