Rapprochement entre l'Arménie et l'Union européenne
Question de :
M. Jérôme Guedj
Essonne (6e circonscription) - Socialistes et apparentés
M. Jérôme Guedj attire l'attention de M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères sur l'accélération du rapprochement entre l'Arménie et l'Union européenne, dans un contexte de tension avec la Russie et des intérêts économiques et sociaux avec la Turquie et l'Azerbaïdjan. Ce rapprochement s'inscrit dans un contexte régional particulièrement instable et marqué par de fortes contradictions stratégiques. D'une part, l'Union européenne renforce activement sa coopération avec l'Azerbaïdjan, comme l'illustre la visite du président du Conseil européen António Costa à Bakou en mars 2026, visant à approfondir les partenariats en matière de sécurité, de défense et surtout d'énergie, dans un contexte de tensions internationales pesant sur les marchés énergétiques. Cette dynamique confirme le rôle central de l'Azerbaïdjan dans la stratégie européenne de diversification des approvisionnements énergétiques. D'autre part, ce rapprochement intervient alors que l'Arménie et l'Azerbaïdjan sortent d'un conflit armé très récent. La guerre de 2020, suivie de l'offensive de 2023, a conduit à la prise de contrôle du Haut-Karabakh par Bakou et à l'exode massif des populations arméniennes, tandis que des forces azerbaïdjanaises demeurent présentes sur certaines portions du territoire souverain arménien, rendant la paix encore fragile malgré les récents efforts de normalisation. Cette situation est en outre aggravée par la rivalité historique avec la Turquie, alliée stratégique de l'Azerbaïdjan, alors même que l'Europe entretient avec ce pays des intérêts économiques, commerciaux et sociaux majeurs, qui nécessitent d'éviter toute dégradation des relations bilatérales. Elle s'inscrit également dans un environnement marqué par l'influence persistante de la Russie, héritée de la période post-soviétique et toujours déterminante dans les équilibres sécuritaires régionaux, ce qui appelle à ne pas fragiliser davantage les tensions déjà existantes avec cette puissance. Dans ce contexte de fortes tensions géopolitiques, il lui demande quelle stratégie le Gouvernement entend mettre en œuvre pour concilier concrètement le soutien au rapprochement entre l'Arménie et l'Union européenne avec la préservation des intérêts économiques et énergétiques français en Azerbaïdjan, tout en tenant compte du caractère encore conflictuel de la situation régionale et des influences concurrentes à l'œuvre dans le Caucase du Sud.
Réponse publiée le 14 juillet 2026
Ces dernières années, l'Arménie a entrepris un virage stratégique en direction de l'Union européenne (UE). Ce rapprochement avec l'Europe est le fruit du choix souverain du peuple arménien, qui s'est de nouveau exprimé clairement lors des élections législatives du 7 juin. L'engagement européen est très concret pour aider l'Arménie à rediriger une partie de ses exportations vers l'UE, le plus grand marché au monde. Erevan tire du rapprochement avec l'Europe des bénéfices concrets : les échanges commerciaux s'accroissent ; l'UE aide l'Arménie à moderniser ses forces armées, à sécuriser sa frontière et à lutter contre les menaces hybrides ; des négociations se sont engagées pour que les citoyens arméniens puissent voyager dans l'UE sans visa. Les 4 et 5 mai, Erevan a accueilli le huitième sommet de la Communauté politique européenne et le premier sommet UE-Arménie, qui ont placé l'Arménie au cœur du grand continent européen. Ces événements, ainsi que la visite d'État du Président de la République, ont mis en lumière la vocation européenne de l'Arménie, qui est le fruit de l'histoire, de la culture et des valeurs démocratiques que nous avons en partage. Ce rapprochement entre l'UE et l'Arménie n'est pas incompatible avec le développement de la coopération avec l'Azerbaïdjan, partenaire énergétique et économique important pour l'UE. Depuis les accords de Washington du 8 août 2025, ce rapprochement présente au contraire une opportunité historique pour le Caucase du Sud de redevenir un espace de paix et de prospérité entre Etats souverains. Deux conditions indispensables pour contrer durablement l'influence impérialiste russe et pour faire du corridor du milieu un véritable un carrefour entre l'Union européenne et l'Asie. Dans cet esprit, la France est prête à adopter une approche constructive s'agissant de l'adoption d'accords commerciaux entre l'UE et Azerbaïdjan, notamment dans le secteur des transports. Nous restons en revanche fermes sur la position que toute relance de la relation entre l'UE et Azerbaïdjan doit être conditionnée au respect de nos valeurs fondamentales, et s'accompagner d'un dialogue ferme sur les droits de l'Homme. Le Gouvernement soutient pleinement cette dynamique, qui bénéficie à toutes les populations de la région et sert les intérêts sécuritaires et économiques de l'UE.
Auteur : M. Jérôme Guedj
Type de question : Question écrite
Rubrique : Politique extérieure
Ministère interrogé : Europe et affaires étrangères
Ministère répondant : Europe et affaires étrangères
Dates :
Question publiée le 21 avril 2026
Réponse publiée le 14 juillet 2026