Question écrite n° 14918 :
Difficultés d'acheminement de l'aide humanitaire dans la Bande de Gaza

17e Législature

Question de : Mme Dieynaba Diop
Yvelines (9e circonscription) - Socialistes et apparentés

Mme Dieynaba Diop attire l'attention de M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères sur les obstacles persistants à l'acheminement de l'aide humanitaire dans la bande de Gaza, dans un contexte où les opérations des organisations internationales sont fortement entravées. Le 30 décembre 2025, les autorités israéliennes ont adopté de nouvelles dispositions visant à limiter, voire à interdire, les activités de 37 organisations humanitaires internationales. Ces restrictions interviennent alors que la situation humanitaire sur place connaît une dégradation continue, extrêmement préoccupante, marquée par une insécurité alimentaire d'une ampleur considérable. Selon le rapport IPC publié à l'été 2025, une personne sur trois était contrainte de rester plusieurs jours sans s'alimenter. Plus de 20 000 enfants ont été hospitalisés pour malnutrition aiguë dans la ville de Gaza. Par ailleurs, au moins 26 % de la population de l'enclave a atteint le niveau 5 (le plus élevé) sur son échelle de l'insécurité alimentaire. Malgré la réouverture partielle du point de passage de Rafah entre Gaza et l'Egypte, l'UNRWA pointe les risques liés à l'intermittence de l'acheminement de l'aide, contraire au droit international humanitaire et inacceptable pour la santé des populations civiles. Selon le groupe de travail de l'ONU sur la discrimination à l'égard des femmes et des filles, ces dernières sont particulièrement affectées par cette situation, subissant de manière disproportionnée les privations, alors même que l'accès à la nourriture, aux soins de santé, à l'eau à l'assainissement et à un logement décent continue de se détériorer. Les jeunes filles sont exposées à des risques accrus liés à la malnutrition, aux maladies évitables, aux déplacements forcés et à la disparition des mécanismes de protection. Le blocage de l'aide humanitaire aggrave encore ces vulnérabilités, favorisant la déscolarisation, ainsi que les risques d'exploitation et de violences. Dans ce contexte, elle souhaite savoir quelles actions la France entend engager, en coordination avec ses partenaires européens et internationaux, pour garantir un accès régulier, suffisant et sans entrave à l'aide humanitaire dans la bande de Gaza. De surcroît, elle voudrait connaître les initiatives diplomatiques du Gouvernement dans la recherche d'une solution politique viable dans la bande de Gaza, quelques mois après la reconnaissance de l'État de Palestine par la France, en marge de la 80e assemblée générale de l'ONU.

Réponse publiée le 30 juin 2026

Malgré le cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre 2025, la situation humanitaire demeure catastrophique dans la bande de Gaza. Dès lors, la France réitère ses appels aux autorités israéliennes pour l'ouverture de tous les points de passage et l'entrée massive et sans entrave de l'aide humanitaire dans l'enclave palestinienne. Au plan national, la France est pleinement mobilisée depuis le 7 octobre 2023 pour apporter une assistance humanitaire à la population civile palestinienne, à Gaza en particulier. A cet égard, la France a alloué près de 100 millions d'euros par an aux acteurs humanitaires œuvrant en Palestine, qu'il s'agisse des agences des Nations unies, du Comité international de la Croix-Rouge et d'une dizaine d'ONG françaises, internationales et locales. Les financements français contribuent ainsi à l'amélioration de l'accès aux services essentiels pour la population palestinienne qui fait face à une crise humanitaire préoccupante. En outre, plus de 1 700 tonnes de fret humanitaire ont été acheminées à destination de Gaza, dont près de 400 tonnes d'intrants nutritionnels, qui ont été remis à la branche égyptienne du Programme alimentaire mondial (PAM) en février 2026 et dont une partie a pu pénétrer dans la bande de Gaza. La France poursuit ses démarches auprès du coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT) pour que la totalité de l'aide humanitaire puisse pénétrer dans Gaza dans les meilleurs délais. Enfin, la France travaille également à de nouveaux envois d'aide humanitaire au regard de l'urgence et de l'ampleur des besoins des civils palestiniens.  Le blocage de l'aide française aux portes de Gaza témoigne des nombreux obstacles qui empêchent le déploiement d'une aide humanitaire en quantité et en qualité suffisantes afin de répondre aux besoins de la population civile. Si les points de passage de Kerem Shalom, d'Allenby et de Cheikh Hussein ont rouvert, le flux de convois humanitaires autorisés à entrer dans l'enclave reste bien en-deçà des besoins réels. Nous appelons à ce que le point de passage de Rafah, pour l'instant dédié uniquement aux passagers, rouvre totalement, conformément à la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations unies de novembre 2025. Dans ce contexte, la France continue d'appeler Israël à garantir l'accès des partenaires humanitaires à la Palestine, à lever les restrictions d'entrée sur les biens qualifiés à double-usage et nécessaires aux opérations humanitaires, et à rouvrir tous les points de passage, afin d'assurer l'acheminement libre, massif et sans entrave de l'aide humanitaire dans l'ensemble de la bande de Gaza de manière impartiale et indépendante. Au plan international, et notamment européen, la France a conduit de nombreuses démarches visant à ce qu'Israël assouplisse ses positions depuis le 7 octobre 2023. Concernant le désenregistrement de 37 ONG internationales, la décision suspensive de la Haute cour de justice israélienne rendue le 27 février offre un répit aux acteurs humanitaires avant une décision sur le fond. Néanmoins, la France maintient sa mobilisation afin d'obtenir la levée définitive de la décision israélienne pour permettre le maintien des activités de ces organisations. Elle a également engagé, avec ses partenaires européens, une série de démarches auprès des autorités israéliennes et le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a adressé une lettre à son homologue israélien afin que cette décision soit réexaminée, avec effet suspensif.  Fidèle à sa position et dans la continuité de la reconnaissance de l'Etat de Palestine, la France poursuit ses efforts en faveur de la mise en œuvre de la solution à deux Etats qui doit passer par la réalisation d'un Etat palestinien viable, contigu, souverain et indépendant, vivant en paix et en sécurité aux côtés de l'Etat d'Israël. C'est le seul horizon crédible pour une paix durable et la sécurité de tous dans la région, conformément à la Déclaration de New York, adoptée en septembre 2025 par 142 Etats de l'Assemblée générale des Nations unies. Plus largement, la France est préoccupée par l'accélération de la politique de colonisation menée par le gouvernement israélien en Cisjordanie qui met en péril la perspective politique de la solution à deux Etats, et la France agit, en lien avec ses partenaires de l'Union européenne, à des mesures concrètes en réponse à ces développements sans précédent.

Données clés

Auteur : Mme Dieynaba Diop

Type de question : Question écrite

Rubrique : Politique extérieure

Ministère interrogé : Europe et affaires étrangères

Ministère répondant : Europe et affaires étrangères

Dates :
Question publiée le 5 mai 2026
Réponse publiée le 30 juin 2026

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